samedi 28 mai 2011

Orphée de Jean Cocteau : "Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va."

Orphée - Jean Cocteau- Dernier part 

 - Tu me brûles  comme  de la glace 

- La mort  d'un  poète  doit  se  sacrifier pour le  rendre immortel 

- Remontez le  temps;  il  faut  que  ce qui  a été ne  soit  plus 

Autres  dialogues

Orphée :
(dialogue entre Orphée et l’ancien  poète)

Ancien poète :  Elle est étrangère et elle ne peut pas se passer de notre milieu. Voilà sa revue.
Il tend à Orphée un album de pages blanches

Orphée Je ne vois que des pages blanches !
Ancien poète Celà s'appelle «NUDISME».
Orphée :  Mais c'est ridicule !
Ancien poète : Moins ridicule que si ces pages étaient couvertes de textes ridicules ! Aucun excès n'est ridicule !
Orphée, votre plus grave défaut est de savoir jusqu'où on peut aller trop loin.


Dialogue  entre Orphée et Cegeste

le poète : Cégeste !
cégeste : C'est toi qui m'a nommé.
Le poète : J'ai peine à te reconnaître. Tu étais blond.
Cégeste :  Pour un film. Cette fois, ce n'est plus un film. C'est la vie.
 Le poète :  Tu étais mort.
Cégeste :  Comme tout le monde.
Le poète :    pourquoi reviens-tu par la mer ?
Cégeste Pourquoi. Toujours pourquoi. Vous cherchez trop à comprendre. C'est un grave défaut.
Le poète :  J'ai déjà entendu cette phrase.
Cégeste Vous l'avez écrite. Prenez cette fleur...
Le poète :  Mais cette fleur est morte !
Cégeste :  N'êtes-vous pas expert en phénixologie ?
Le poète : Qu'est-ce que celà ?
Cégeste : C'est la science qui permet de mourir un grand nombre de fois pour renaître.
le poète :  Je n'aime pas cette fleur morte.
Cégeste :  On ne ressuscite pas toujours ce qu'on aime. En route...
Le poète :  Où allons-nous ?
Cégeste Ne m'interrogez plus.

Dialogue entre la  Princesse  (la  Mort) et Orphée)

La  princesse :  Décidement, vous dormez !
Orphée : Oui, oui, je dors. C'est très curieux.  Mais enfin, m'expliquerez-vous ?
la princesse : Rien. Si vous dormez, si vous rêvez, acceptez vos rêves. C'est le rôle du dormeur.
 Orphée :  J'ai le droit d'exiger des explications !
la princesse :  Vous avez tous les droits cher Monsieur, et je les ai tous.
Nous sommes quitte.


Dialogue entre Heurtebise et   Orphée

Heurtebise : Orphée ! Orphée ! Vous connaissez la mort !
Orphée : Ah!... J'en parlais, j'en rêvais, je la cherchais. Je croyais la connaître. Je ne la connaissais pas.
heurtebise, secouant Orphée : Vous la connaissez, en personne.
orphée, abattu : ...en personne.
Heurtebise : Vous êtes allé chez elle !
Orphée : ... chez elle ?
Heurtebise : Dans sa chambre, dans sa propre chambre.
Orphée, s'exclamant :  La princesse. Mon Dieu... Le miroir !
Il se lève et va vers le miroir de la chambre

Heurtebise :  Je vous livre le secret des secrets. Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va. Du reste, regardez-vous toute votre vie dans un miroir, et vous verrez la mort travailler, comme des abeilles dans une ruche de verre.
Orphée : Et comment savez-vous toutes ces choses redoutables ?
Heurtebise : Ne soyez pas naïf ! On n'est pas le chauffeur que je suis, sans apprendre certaines choses redoutables.
Orphée Heurtebise ! Il n'y a plus rien à faire !.
Heurtebise : Si ! La rejoindre !
Orphée : Aucun homme ne le peut ! Sauf s'il se tue.
Heurtebise :  Un poète est plus qu'un homme.
Orphée :Mais ma femme est morte ! Morte sur son lit de mort !
Heurtebise : C'est une forme d'elle, comme la Princesse est une des formes de la mort ! Tout cela est faux. Votre femme habite un autre monde, où je vous invite à me suivre.
Orphée, passionné :  Je la rejoindrais...aux enfers !
Heurtebise, pragmatique :  On ne vous en demande pas tant.

Dialogue entre Orphée et la Princesse
Orphée et La Princesse, attendant que la Princesse soit jugée par le tribunal de l'Autre Monde.

Orphée : Tu es toute puissante !
La princesse :  A vos yeux. Chez nous, il y a des formes innombrables de la mort : des jeunes, des vieilles, qui reçoivent des ordres.
Orphée :  Et si tu désobéissais à ces ordres ! Ils ne peuvent pas te tuer : c'est toi qui tues.
La princesse :  Ce qu'ils peuvent est pire.
Orphée :  D'où viennent ces ordres ?
La princesse :  Tant de sentinelles se les transmettent, que c'est le tam-tam de vos tribus d'Afrique, l'écho de vos montagnes, le vent dans les feuilles de vos forêts.
Orphée :  J'irais jusqu'à celui qui donne ces ordres.
La princesse :  Mon pauvre amour, il n'habite nulle part ! Les uns croient qu'il pense à nous. D'autres, qu'il nous pense.  D'autres qu'il dort, et que nous sommes son rêve, son mauvais rêve...

 

2 commentaires:

  1. Psst ! « D'autres, qu'il nous pense. », pas « nous pensent ». Petite faute de frappe; Sinon, très belles citations :-)

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