mardi 30 août 2011

Rose ,ô toi la majestueuse ....Rainer Maria Rilke


Rose, du  thronende, denen im Altertume
warst du  ein Kelch mit einfachem Rand.
...
___

Rose,  ô toi la majestueuse, tu n'étais,
aux  anciens  , qu'un  calice avec un simple bord.
 Par contre , à nous, tu  es l'absolu  de la fleur,
son  infini, l'objet inépuisable.

Si  riche, tu  parais  porter  robe sur  robe
d'apparat  sur  un  corps  qui n'est rien  que  splendeur;
mais à  lui  seul,  ton  pétale  aussi bien,
est  l'éviction, le démenti  de tout  costume.

Depuis  des siècles nous appelle  ton  parfum
de loin, de  tous ses noms  les plus suaves;
soudain , comme une gloire ,  il  est  couché dans l'air.

Mais le nommer, non,  nous ne saavons pas. Nous cherchons  à ..
Et  voilà  que verslui s'en  va le souvenir
Que nous quêtions des  heures  de mémoire.
Sonnets  à  Orphée

Miroirs ,Narcisse , Rainer Maria Rilke , Caravaggio...

Narcisse,  Le  Caravage



Spiegel : noch nie  hat man wissend  beschrieben
Was ihr in euerem Weisen  seid
……..
___
Miroirs, jamais  encore en  connaissance on n’a décrit
Ce qu’essentiellement  vous êtes.
Vous , comme avec rien que des trous  de  crible,
Intervalles comblés du  temps.

Prodigues  même  encore  de la salle  vide,
Vous, quand descend le soir profond  comme les bois.
Et le lustre traverse, tel  un cerf de  seize  corps,
Votre inaccessibilité.

Ce sont parfois  des peintures qui  vous remplissent.
D’aucune  sont en  vous, à  ce qu’il semble, allées ;
Mais les autres craintives, n’ont  fait que passer.

La plus  belle pourtant, va demeurer là-bas
De l’autre bord,  jusqu’à ce que, dans  ses joues lisses
Pénètre , délié,  le  clair  Narcisse.
Les  sonnets à  Orphée   seconde partie

Ralph Vaughan Williams - English Romanticism and Impressionism

lundi 29 août 2011

L'été Yanek , Tu te souviens ....'Les justes" Albert Camus

 
 
« ..L’été Yanek tu te souviens ?  mais non c’est l’éternel  hiver . Nous ne sommes pas de ce monde, nous sommes des justes. Il y a une chaleur qui n’est pas pour  nous . Ah  pitié  pour les justes ! »

«  Quelle que soit  la cause  que l’on défend  elle restera toujours déshonorée  par le massacre aveugle d’une foule  innocente »

  « Oui  j’ai honte. J’ai visé trop haut. Il faut que je travaille  à ma place . Une toute petite place. La seule dont je sois digne . » 
 
« Il y a trop de sang , trop de dure violence . Ceux qui aiment vraiment la justice n’ont pas droit à l’amour. Ils sont dressés  comme je le suis, la tête levée , les  yeux fixes . Que viendrait faire l’amour dans ces cœurs fiers ?  L’amour courbe doucement les têtes Yanek. Nous nous avons la nuque raide."

 « Oui tu es  mon frère, et vous êtes tous me frères que j’aime . Mais quel affreux goût  a parfois la fraternité ! »

dimanche 28 août 2011

Pyotr Tchaikovsky - Capriccio Italien Op 45

Capriccio  Italien  
 Poème   symphonique   écrit   par le compositeur   russe  lors d'un séjour   à  Rome  et inspiré  de mélodies populaires italiennes  .

Version orchestrale   opus  45
Le Titien  : l'homme  au gant


Tchaikovsky Capriccio Italien ( for 4 Hands Albert Tiu & Thomas Hecht)


Arrangement pour deux pianos de   Tchaikovsky (Albert  Tiu et  Thomas  Hechts

samedi 27 août 2011

Aragon/Leo Ferré Je t'aime tant.

ferrè -  leo Je t'aime tant.wmv
Je t'aime  tant 

Mon sombre amour d'orange amère
Ma chanson d'écluse et de vent
Mon quartier d'ombre où vient rêvant
Mourir la mer

Mon beau mois d'août dont le ciel pleut
Des étoiles sur les monts calmes
Ma songerie aux murs de palme
Où l'air est bleu

Mes bras d'or mes faibles merveilles
Renaissent ma soif et ma faim
Collier collier des soirs sans fin
Où le coeur veille

Est-ce qu'on sait ce qui se passe ?
C'est peut-être bien ce tantôt
Que l'on jettera le manteau
Dessus ma face

Coupez ma gorge et les pivoines
Vite apportez mon vin mon sang
Pour lui plaire comme en passant
Font les avoines

Il me reste si peu de temps
Pour aller au bout de moi-même
Et pour crier Dieu que je t'aime
Je t'aime tant, je t'aime tant
Paroles: Louis Aragon. Musique: Léo Ferré   1961

jeudi 25 août 2011

mercredi 24 août 2011

Delacroix , éléments de la biographie d'un grand homme ...

Eugène Delacroix 
1798-1863
Autoportrait
 
Delacroix par Maximilien  Gauthier  
 ( collection les plus  grands peintres  chez Larousse)

(Quelques   beaux  extraits  de   la  biographie du  peintre par  un grand   admirateur  .  )


Déboirs  et  compensations

… De son  propre  aveu,  il  aima la gloire : « Les  éloges, a-t-il  écrit sont  le  vent  qui  enfle la voile et nous pousse à aller plus loin. Il  faut être  doué  d’un furieux amour-propre pour pouvoir  se passer de  l’assentiment des autres,  et  j’avoue mon  faible à  cet égard. »

Il  eut l’amitié et   l’admiration de Stendhal, de Mérimée ;  Balzac lui a dédié  La fille  aux yeux d’or ;  Alfre d  de Musset,  qu’il  n’aimait  guère, le tint en  haute estime ;  Théophile  Gauthier le   célébra ; Sainte- Beuve  sut le deviner, le placer à  son  rang . De George Sand  à  Rachel,  de Chopin  à  Liszt,  de Cuvier à   Barye,  à peu près tous les illustres de son  temps  lui  ont  donné  ce surcroit d’assurance  et  de  courage dont il  eut la modestie de ressentir le besoin.
 Goethe  lui-même approuva son  Faust « Il faut avouer que  ce  Mr  Delacroix est un grand  talent  …Il  me  faut  convenir que  Mr Delacroix a  surpassé  les  tableaux  que je m’étais  faits des scènes écrites par moi-même. » 

Delacroix  et Baudelaire  

… en  1845 , s’était  accompli,  un des  plus hauts faits de l’histoire  de Delacroix :  sa  rencontre  avec Charles Baudelaire. Le peintre  avait   47 ans le  poète 24  C’était  donc la jeunesse  rendant  à  l’âge mûr  un hommage  aussi précieux, déjà  que capable  d’inspirer à  celui  qui le recevait une confiance  entière  sur l’avenir  .
Dans on  mémorable  salon  de 1846 Baudelaire a  écrit : «  Le romantisme  et la  couleur   me  conduise  droit à   Eugène Delacroix.  J’ignore s’il  est  fier de  sa qualité d romantique ;  mais sa  place est ici  parce que la majorité du public, l’a  depuis longtemps  , et même  depuis  sa première œuvre, constitué le  chef  de l’ Ecole moderne. »
Leurs noms sont  devenus inséparables
  …
   s’identifiant à  Delacroix   ,  il  a  transposé par  les mots, la cadence  et la  rime Le Tasse  en  prison . il y a  tant  de correspondances  entre Le  rebelle  et  la lutte  de  Jacob  et  de l’ange(terminé près  de 20 ans plus  tard )  qu’on  pourrait croire le premier directement  inspiré du  second .
Le  combat  de  l'ange  et  de   Jacob
Le rebelle
Un ange furieux fond du ciel comme un aigle,
Du mécréant saisit à plein poing les cheveux,
Et dit, le secouant : " Tu connaîtras la règle !
(Car je suis ton bon Ange, entends-tu ?) Je le veux !

Sache qu'il faut aimer, sans faire la grimace,
Le pauvre, le méchant, le tortu, l'hébété,
Pour que tu puisses faire, à Jésus, quand il passe,
Un tapis triomphal avec ta charité.

Tel est l'Amour ! Avant que ton coeur ne se blase,
A la gloire de Dieu rallume ton extase ;
C'est la Volupté vraie aux durables appas !"

Et l'Ange, châtiant autant, ma foi ! qu'il aime,
De ses poings de géant torture l'anathème ;
Mais le damné répond toujours : " Je ne veux pas !"
Charles Baudelaire
 
Entre le  génie  de  l’écrivain   et  celui du  peintre , il  existe une évidente parenté Delacroix  a pu  agir  sur Baudelaire  et Baudelaire sur  Delacroix Mais l’un  était l’ainé  et l’autre le  cadet, ce qui  explique le  ton respectueux, filial  des lettres  de Baudelaire à Delacroix  et la  réserve un  peu  hautaine  de  celui-ci  à  l’égard  de   celui-là , dont il n’approuvait  sans doute pas le  style  de  vie  …..


Les écrits  de Delacroix 

Delacroix a  beaucoup  écrit  ….
Il  n’écrivit  jamais   pour le plaisir  de  briller,  moins  encore  par passe-temps ou  pour en  retirer  quelque  avantage  matériel.  Son  seul  objectif fut de parvenir par  cet  exercice,  à se mieux connaitre lui-même :  précisant  sa pensée , analysant  ses sentiments, fixant  ses impressions  de lecture, ses observations sur la nature et sur les hommes, exprimant  son jugement  sur  les maitres d’autrefois et  les artistes de son temps, recueillant les exemples  à  suivre ou  à  ne pas suivre,  confiant au  papier le  secret  de ses aspirations, de ses projets et  de ses rêves. Cela  va de la recette  de pure technique aux  vues générales  sur la destinée humaine, du  portait particulier   à  la synthèse , du petit  rien   subtilement  choisi à des ouvertures  sur  des immensités de mystère .Ce  qu’il nous livre  en  somme, c’est la possibilité  de participer en  quelque sorte , à la vie  quotidienne  du  génie…. 


Le secret  de Delacroix  

Tel  Félix  Arvers,(1)  Eugène Delacroix  a-ti-il  stoïquement  subi  un  eternel  amour pour une  créature  douce  et  tendre , mais  qui  « à  l’austère devoir  pieusement fidèle »,  en  a  jamais rien  su ? 
  On ne s’est pas privé de le prétendre  , sans preuves  …
Loin  de  médire  du mariage ,  il a  écrit : « Une  épouse qui est  de  votre force  est le plus grand des  biens  . Je la préférerais  supérieure à moi  de  tous points, plutôt  que le contraire . »
 Cette  épouse  fidèle  ayant  omis  de  se présenter  sur  son  chemin , un labeur passionné ,  entrecoupé  de  diversions compensatrices,  , telle fut   bientôt la  règle  de son  existence  équilibrée.  Les nus  qu’il  a peints  ,  montrent  qu’il n’étaient pas insensible à  la grâce corporelle.  Mais il en  craignit  la  tyrannie  sauvage Nullement  romantique   à  cet  égard , son  idée  très haute  et  très   pure  de l’amour  véritable  fut  ce qui l’empêcha toujours  de se  jeter dans   les  aventures « folles et impérieuses « .  Malgré  l’admiration  et l’amitié  qu’il  eut pour elle ,  George  Sand   l’épouvantait  .  Il  plaignit  le pauvre Chopin Sa chance   ce fut  de rencontrer ,  Jeanne – Marie  Le Guillou, chez  des amis  où  elle  était  fille  de journée.  De  Jeanne  Marie,  anglomane  , il fit  Jenny.
  Elle n’était pas  belle,  ils  avaient  à  peu  près le même  âge , sans  que  cela  put  constituer un  péril … Cela  dura pendant  trente  ans,  il  fallut la mort pour les  séparer … Autour  de  celui  qu’elle  idolâtrait  , elle  aurait  voulu  faire le  vide. Il y  gagna  la tranquillité favorable à  la  méditation , aux  grandes entreprises,  au  repos.
Jenny  a  donné à  Delacroix le bonheur  de  connaître  et  de  dire  qu’il  existait  un être  dont  le  cœur  était  à  lui sans  réserve .

La mort  de Delacroix

Il  mourut à  soixante  cinq  ans  d’un rhume  qu’il  avait  commencé par   négliger
Le mal s’aggravant, il disait , si  je guéris comme je le pense,  je ferai  des choses étonnantes ».
Nous devons  à Théophile Silvestre le récit  de ses derniers jours. « Eugène  Delacroix,  c’était à  la fin  de  juillet, fait  appeler  son notaire, qui  ne peut  dit-il recevoir ses dispositions que  deux jours après. Mais le malade s  sans perdre  un instant,  se  fait relever sur  son   séant  avec une pile de  coussins et écrit  deux  heures ses  volontés d’une main  ferme. Puis,  malgré l’extrême  fatigue,  il parait   radieux.
« ---Hélas dit  jenny, étouffant ses pleurs, vous êtes brisé mon pauvre maître.
« ---Oui ,  mais je  suis content ;  j’ai  eu  le courage de  faire cela  pour  vous.
« le  12 aout, dans la nuit, tenant  dans ses mains   les mains de  sa servante, il respirait  difficilement, fixant  sur elle  des regards  profonds .  Son intelligence au lieu  de  défaillir , semblait prendre plus de  subtilité. »

On  entendit  sonner l’angélus  de Saint Germain des prés.
Le 13  aout  1863 à  sept heures c’était  fini
Par  son  exemple et  son enseignement, il  reste  actif, tous les jours parmi  nous.
C’était  un grand  peintre, un  grand  écrivain  et  un grand  homme  .
 ____________


(1) Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :
  Un amour éternel en un moment conçu.
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

Hélas ! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre  
Ce murmure d'amour élevé sur ses pas ;

À l'austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle :
« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.




Les femmes de Delacroix, les héroïnes de Delacroix ...

L'orpheline

La liberté  guidant le peuple

La Grèce  expirante sur les  ruines de Misssolonghi


Massacres  de Scio  (détail)

mardi 23 août 2011

Chevaux de Delacroix / poème symphonique "Mazeppa " de Liszt

Liszt - Mazeppa, Symphonic Poem Part 1 of 3

Cheval..  le mouvement ,  la force  élégante ..

Il  est bien  rare  de  ne  pas  trouver  au moins une  silhouette  de cheval  dans les  tableaux  de Delacroix  !!
Huiles,  aquarelles , dessins ,  esquisses  , scènes  de  genre   ou  scènes   historiques,  tout  est prétexte  à  représenter   ce  noble  animal  dans les  poses   les  plus  extraordinaires et  redoutables pour  l'artiste ;  un défi  à  relever  chaque fois  ...



Liszt - Mazeppa, Symphonic Poem Part 2 of 3




Liszt - Mazeppa, Symphonic Poem (Part 3 of 3

Cheval  effrayé  par  l'orage

Pour mémoire :
Mazeppa est un poème narratif Romantique écrit par Lord  Byron  en 1819, inspiré de la légende populaire d'Ivan  Mazepa (1639-1709), un noble ukrainien. Selon le poème, le jeune Mazeppa, alors qu’il était page à la cour du roi Jean  II  Casimir Vasa, à noué une relation amoureuse avec une comtesse nommée Théresa, mariée à un homme plus âgé. Ce dernier l'ayant surpris en flagrant délit d'adultère, Mazeppa est attaché entièrement nu, le corps enduit de goudron, sur le dos d'un cheval sauvage qui l'emporte au fin fond des steppes ukrainiennes. Le poème décrit la journée du héros attaché au cheval.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mazeppa_%28Lord_Byron%29

lundi 22 août 2011

Schubert : Lied auf dem wasser zu singen-cello Anne Gastinel

Schubert : Lied auf  dem wasser zu singen-cello

Schubert  par Anne Gastinel au  violoncelle   ! Encore un  CD  que j'avais  oublié ! Une véritable merveille  !

Whistler : Venise



Whistler :  Venise 

Constellation : "Stella" de Victor Hugo /Whistler Nocturne en bleu et or

Whistler: nocturne en  bleu  et  or


Pour  consoler leurs héros  , les grecs on fait  fleurir un champ d'étoiles  ...

Stella

Je m'étais endormi la nuit près de la grève.
Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve,
J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin.
Elle resplendissait au fond du ciel lointain
Dans une blancheur molle, infinie et charmante.
Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente.
L'astre éclatant changeait la nuée en duvet.
C'était une clarté qui pensait, qui vivait ;
Elle apaisait l'écueil où la vague déferle ;
On croyait voir une âme à travers une perle.
Il faisait nuit encor, l'ombre régnait en vain,
Le ciel s'illuminait d'un sourire divin.
La lueur argentait le haut du mât qui penche ;
Le navire était noir, mais la voile était blanche ;
Des goëlands debout sur un escarpement,
Attentifs, contemplaient l'étoile gravement
Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle ;
L'océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle,
Et, rugissant tout bas, la regardait briller,
Et semblait avoir peur de la faire envoler.
Un ineffable amour emplissait l'étendue.
L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue,
Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur
Qui s'éveillait me dit : c'est l'étoile ma soeur.
Et pendant qu'à longs plis l'ombre levait son voile,
J'entendis une voix qui venait de l'étoile
Et qui disait : - Je suis l'astre qui vient d'abord.
Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort.
J'ai lui sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète ;
Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette,
Comme avec une fronde, au front noir de la nuit.
Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit.
Ô nations ! je suis la poésie ardente.
J'ai brillé sur Moïse et j'ai brillé sur Dante.
Le lion océan est amoureux de moi.
J'arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi !
Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles !
Paupières, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelles,
Terre, émeus le sillon, vie, éveille le bruit,
Debout, vous qui dormez ! - car celui qui me suit,
Car celui qui m'envoie en avant la première,
C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière !

Rainer Maria Rilke : Sonnets à Orphée

médaille (1)



Les  sonnets à  Orphée

 Rainer  Maria Rilke
3
Un  dieu a ce pouvoir. Mais un  homme , dis-moi,
Comment le suivrait-il par  cette  étroite lyre ?
Discorde  est ton  esprit. Pas de  temple  dressé
Pour Apollon  à la croisée des chemins du  cœur.

Le chant de ton  enseignement n’est pas désir,
Ni la quête d’un bien  qu’on puisse atteindre  enfin.
Le chant est existence. Et le Dieu  l’a  facile.
Mais nous, Quand  sommes-nous ? A quel moment  fait-il

servir  la terre et les étoiles  à notre être ?
Ce n’est rien  de cela ,  jeune homme , quand tu  aimes,
Et même si  la voix force la bouche.  –Apprends

A oublier que tu  chantas. Cela  se passe.
Chanter  en  vérité se fait d’un autre souffle.
Rien  d’autre qu’un souffle.  Une brise en  Dieu.  Un vent  .
(Traduction de Armel Guerne )


Orphée   par Gustavve  Moreau   (détail)
(je ne suis pas germaniste  , alors  pitié  pour les  fautes !)

Ein  Gotts vermags.  Wie aber, sag mir, soll
Ein  Mann ihm folgen durch die  schmale Leier?
Sein Sinn ist Zwiespalt.  An der Kreuzung  zweier
Herzwege steht kein Templ  für  Apoll.

Gesang, wie du ihn lehrst, ist nicht Begehr
nicht Werbung um ein endlich noch Erreichtes;
Gesang ist Dasein. Für den Gott ein Leichtes.
Wann aber sind  wir ?  Und wann wendet er

an unser Sein die Erde und die Sterne ?
Dies ists nicht,  Jüngling, dass du  liebst, wenn auch
Die Stimme dann den  Mund dir  aufstösst,  - Ierne

Vergessen,  dass du aufsangst. Das  Verrinnt.
In Wahrheit singen ,  ist  ein  andrer Hauch.
Ein Hauch um  nichts.  Ein Wehn im Gott. Ein Wind.





(1) http://www.medaillescanale.com/entreprise_creation.asp

Une journée particulière/ Una giornata particolare


1977


réalisé  par  Ettore Scola

Produit par Carlo  Ponti
Musique :  Armando  Trovadjoli 
Sophia  Loren :  Antonietta
Marcello Mastroianni :  Gabriele

Rome  le 9  Mai 1938, dans l'immeuble déserté par le petit  peuple italien  , parti  ovationner Mussolini et Hitler,  une  mère de famille nombreuse délaissée par  son  mari  et un  homosexuel, deux exclus de la grande fête  fasciste,  vivent  une brève et étrange histoire d'amour. 
 La  plus émouvante et originale des  comédies italiennes,  interprétée^par  deux stars magnifiques,  Sophia Loren  et  Marcello  Mastroianni ! Le chef d'oeuvre d'Ettore  Scola.
(jaquette  DVD)




Deux solitudes







Pourquoi ....  pour quoi















Peut-être ?


Gardienne  .... de  l'ordre  établi  .


Illusions perdues 


Une journee particuliere - Ettore Scola '1977 


dimanche 21 août 2011

Mozart - Dove Sono



Dame Kiri Te Kanawa - Dove Sono

Les  Noces  de Figaro 

Phèdre de Jean RACINE

 
Grèce :  Cap  Sounnion


Phèdre 

1676

Préface de Racine



Voici encore une tragédie dont le sujet est pris d'Euripide . Quoique j'aie suivi une  route un peu différente de celle de cet auteur  pour l a conduite de l'action, je n'ai pas laissé d'enrichir ma  pièce de tout ce qui m'a paru de plus éclatant dans la sienne. Quand je ne lui devrais que la seule idée du caractère de Phèdre, je pourrais dire que je lui dois ce que j'ai pu  mettre de plus raisonnable sur le théâtre. Je ne suis point étonné que ce caractère ait eu  un succès si heureux du temps d'Euripide, et qu'il ait encore si bien  réussi dans notre siècle, puisqu'il a toute les qualités  qu'Aristote demande dans le héros de la tragédie, et qui sont  propre à  exciter la compassion et la terreur. En effet , Phèdre n'est ni tout à fait coupable , ni tout  à fait innocente. Elle est engagée par sa destinée et par la colère des Dieux,  par une  passion  illégitime dont elle  a horreur toute la première. Elle fait tout ses efforts pour la surmonter. Elle  aime mieux se laisser  mourir que de la déclarer à  personne. Et lorsqu'elle est  forcée de la découvrir elle en parle avec une confusion qui fait bien voir que son  crime est  plutôt  une  punition des Dieux qu'un  mouvement de sa volonté .
J'ai même  pris soin de la rendre un  peu  moins  odieuse qu'elle  n'est dans la tragédie des Anciens, où  elle se résout d'elle-même à accuser Hippolyte. J'ai cru que la calomnie  avait quelque chose de trop  bas et de trop noir pour la mettre dans  la bouche d'une  princesse qui a d'ailleurs des sentiments si  nobles et si vertueux. Cette bassesse  m'a  paru plus concevable  à une nourrice, qui pouvait avoir des  inclinations  plus serviles, et qui  néanmoins n'entreprend cette  fausse accusation que pour sauver la vie et l'honneur de sa  maîtresse. Phèdre n'y donne les  mains que parce qu'elle est dans  une agitation  qui  la met  hors d'elle-même, et elle vient un  moment après dans le dessein de  justifier l'innocence et de déclarer la vérité.
Hippolyte est accusé dans Euripide et dans Sénèque  d'avoir en effet violé sa belle-mère. mais il n'est accusé ici que d'en avoir eu le dessein. J'ai voulu épargner à Thésée une confusion qui  l'aurait rendu  moins agréable  aux spectateurs. 
Pour ce qui est du  personnage d'Hippolyte, j'avais remarqué dans les Anciens qu'on reprochait à  Euripide de l'avoir représenté comme un  philosophe exempt de  toute  imperfection. Ce qui faisait que la  mort de ce jeune  prince causait beaucoup  plus d'indignation que de pitié. J'ai cru devoir lui donner quelques faiblesses qui  le rendrait un  peu  plus coupable envers  son père, sans  pourtant lui rien ôter de cette  grandeur d'âme avec laquelle il épargne l'honneur de Phèdre, et se laisse opprimer sans l'accuser . J'appelle faiblesse la passion qu'il  ressent malgré lui  pour Aricie,  qui est la fille et la soeur des ennemis  mortels de son  père.
Cette  Aricie n'est point un  personnage de mon  invention. Virgile dit qu'Hippolyte l'épousa et en eut un fils après qu'Esculape l'eut ressuscité. Et j'ai lu encore dans quelques auteurs qu'Hippolyte avait épousé et emmené en  Italie, une jeune  Athénienne de grande naissance qui s'appelait Aricie, et qui avait donné son  nom  à une petite ville d'Italie.
Je  rapporte ces autorités car je me suis scrupuleusement attaché à suivre la fable. J'ai même suivi  l'histoire de Thésée telle qu'elle est dans  Plutarque.
C'est dans cet historien que j'ai trouvé que ce qui avait donné  occasion de croire que Thésée fut descendu dans les enfers pour enlever Proserpine, était un voyage que ce prince avait fait en  Epire vers la source de l' Achéron,  chez un roi  dont Pirithoüs voulait enlever la femme, et qui arrêta Thésée prisonnier après avoir fait mourir Pirithoüs. Ainsi j'ai tâché de conserver la vraisemblance de l'histoire, sans rien  perdre des ornements de la fable, qui fournit extrêmement à la  poésie. Et  le bruit de la  mort de Thésée  , fondé sur ce voyage fabuleux, donne lieu à Phèdre une déclaration d'amour,  qui devient une des  principales causes de son malheur, et qu'elle  n'aurait jamais osé faire  tant qu'elle aurait cru que son mari était vivant.
Au reste je n'ose encore assurer que cette  pièce soit en  effet la meilleure de mes tragédies. Je laisse au lecteur et au  temps ,  à décider de son  véritable  prix. Ce que je peux assurer, c'est que je  n'en ai  point fait où  la vertu  soit plus mise à jour que dans celle-ci.  Les moindres fautes y sont sévèrement  punies. La seule  pensée du crime y est regardée avec autant d'horreur que le crime même. Les faiblesses de l'amour y passent  pour de vraies faiblesses. Les  passions ne sont  montrées aux yeux que pour  montrer le désordre dont elles sont causes;  et le vice  y est  peint  partout avec des couleurs qui  en font connaître et haïr la difformité. C'est  là  proprement  le but que tout homme qui travaille  pour le  public doit se proposer. Et c'est ce que les premiers  poètes tragiques avaient  en vue sur toute chose. Leur théâtre était  une école où la vertu n'était pas  moins bien  enseignée que dans  les écoles des philosophes. Aussi Aristote a bien voulu donner des règles du poème  dramatique;  et Socrate le plus sage des philosophes, ne dédaignait pas de  mettre la main  aux tragédies d'Euripide. Il serai à souhaiter que nos  ouvrages fussent  aussi  solides et aussi  pleins d'utiles  instructions que ceux de ces  poètes.   Ce serait  peut-être un moyen de réconcilier  la tragédie avec quantités de  personnes célèbres par leur  piété et  par leur doctrine, qui l'ont condamnée dans ces derniers temps, et qui en jugeraient sans  doute  plus favorablement, si les auteurs songeaient  autant  à instruire leurs spectateurs qu'à les divertir,  et s'ils  suivaient en cela  la véritable  intention de la tragédie .

 Il m’a semblé intéressant de retenir la  préface de Racine où il  présente sa pièce comme s’il  en pressentait les critiques  (à bon droit je crois) .
Tout d’abord il tient à préciser sa fidélité aux Anciens et à justifier ses écarts par rapport à ses sources où les quelques libertés qu’il s’est autorisé ont pour effet de donner quelques poids supplémentaires à l’intrigue menacée par l’évolution des mœurs et les habitudes de pensée de son siècle qui auraient pu risquer de les appauvrir ou de les trahir  . Sans toutefois perdre de cette  part qu’il jugeait importante la poésie produite par les récits mythiques : «  Ainsi j'ai tâché de conserver la vraisemblance de l'histoire, sans rien  perdre des ornements de la fable, qui fournit extrêmement à la  poésie ».
Racine se veut classique et poète.

S’il appuie  sur la moralité de sa pièce,  c’est pour répondre aux attaques des Jansénistes dont  les  plus extrémistes , condamnaient le théâtre pour sa  perversion en tant que divertissement détournant  le fidèle du souci du salut de son  âme. Racine  insiste sur le rôle éducateur des tragédies à la manière des Anciens .
Il se veut moral  et pédagogue .   

C’est sans doute  ce qui lui a  valu sa tenace réception jusqu’au XIX ème siècle  d’écrivain  soucieux de la morale  et de  la tradition , poète du beau et du bien raisonnable .(Lucien  Goldmann : Racine)

 Il  a fallu  en effet attendre le XX ème siècle  pour entendre dans ses tragédies les accents des grandes passions et des grands désordres et redonner aux héros  maudits leur place de premier plan.
Sans pousser très avant dans  l’analyse psychologique on peut  facilement découvrir  Racine aux passions exacerbées  par un sentiment de culpabilité  au regard de son  éducation janséniste  dont il ne s’éloigne  que durant les années d’écriture de ses plus grandes pièces . Durant cette période son art culmine avec Phèdre torturée,  plus  coupable qu’innocente  mais dont la culpabilité se mesure à  l’aune d’une  morale  plus humaine ou  sociale  que religieuse . Car c'est bien l’honneur de Phèdre qui est en cause  ,  et si elle  est coupable d’aimer Hippolyte c’est par une convention  sociale qui  en tant que femme  de Thésée la situe dans l’inceste…plus encore que dans l’adultère . C’est la flétrissure de sa mémoire qu’elle  craint plus que la trahison de ses vœux.  
La compassion  de Racine pour Phèdre ,  tragiquement condamnée  par les dieux  à cette existence sans autre issue dans ce monde que le suicide ,  apparaît tout au long du déroulement de la pièce  Ne l’a -t-il pas délibérément rendue moins odieuse que dans les anciens textes  "J'ai même  pris soin de la rendre un  peu  moins  odieuse",  n’a-t-il pas ajusté à sa mesure l’inaccessible Hippolyte ? "J'ai cru devoir lui donner quelques faiblesses qui  le rendrait un  peu  plus coupable envers  son père".   
Racine condamne la  passion  , taxe l’amour de vraie faiblesse, mais c’est de  Thésée qu’on regrette le retour, d’Hippolyte  la froideur et d’Aricie  la fadeur. On  maudit la  cruauté des Dieux   et on souffre avec Oenone .Vénus  comme le soleil demeurent  impitoyables, inflexibles aux  prières de Phèdre sur qui ils font  peser tout le poids de loi vendettale et  on peut oser se demander , dans une transposition religieuse de ce  drame païen, quelle pourrait  être la place du dieu augustinien .



Phèdre dans la Mythologie

En remontant  au  jour, Thésée  trouva une situation fort troublée,  dans son palais  et dans la cité. Sa femme Phèdre,  était en son absence devenue amoureuse d’Hippolyte, le fils de  l’Amazone Antiopé, et lui avait révélé son amour. Hippolyte,  très ennemi des passions de l’amour, l’avait repoussé avec indignation. Lorsque Thésée revint,  Phèdre déchira ses vêtements, prit le deuil et feignit de se désoler accusant Hippolyte d’avoir voulu la violer. Thésée entra dans  une violente colère . Autrefois Poséidon  avait promis de réaliser trois vœux qu’il formulerait. Thésée n’osant tuer  lui-même  son fils , demanda au Dieu d’envoyer contre celui-ci  un  monstre qui le mettrait à  mort. Effectivement, alors que le jeune  homme conduisait son char auprès de Trézène, un monstre sortit de  la  mer effraya les chevaux et Hippolyte fut tué. Phèdre se  pendit.

RACINE : Phèdre ,Maria CASARES



Phèdre Maria CASARES 1958 TNP
Phèdre  (acte  II sc  5) L’aveu de Phèdre 

…. 
Ah ! cruel,  tu m’as trop entendue.
Je t’en  ai dit assez pour te tirer d’erreur.
Hé bien connais donc Phèdre et toute sa fureur.
J’aime. Ne pense pas qu ‘au moment que je t’aime,
Innocente à mes  yeux  , je m ‘approuve  moi-même,
Ni que du fol amour qui trouble ma raison
Ma  lâche complaisance ait nourri le  poison.
Objet infortuné des vengeances célestes
Je m’abbhorre encore plus que tu ne me détestes.
Les Dieux  m’en sont témoins, ces Dieux qui dans  mon flanc  ,
Ont allumé le feu fatal  à tout mon sang,
Ces Dieux qui se sont faits une gloire cruelle
De séduire le cœur d’une faible  mortelle.
Toi même en ton esprit  rappelle  le passé.
C’est peu de t’avoir fui, cruel,  je t’ai chassé.
J’ai voulu te paraître  odieuse,  inhumaine.
Pour mieux te résister j’ai recherché ta haine.
De quoi  m’ont  profité  mes inutiles soins ?
Tu me  haïssais plus , je ne t’aimais  pas moins.
Tes malheurs te prêtaient encore de nouveaux charmes.
J’ai langui ,  j’ai séché, dans les feux, dans  les larmes.
Il suffit de tes  yeux  pour t’en persuader.
Que dis-je ?  Cet aveu que je viens de te faire,
Cet aveu si  honteux, le crois-tu volontaire ?
Tremblante pour un fils que je n’osais trahir,
Je te venais prier de ne le point haïr.
Faibles projets d’un cœur trop plein de ce qu’il aime !
Hélas ! Je ne t’ai  pu parler que de toi-même.
Venge-toi !  Punis-moi d’un odieux  amour
Digne fils du héros qui t’a donné le jour,
Délivre l’univers  d’un  monstre qui  t’irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
Crois-moi, ce monstre affreux ne doit  point t’échapper.
Voilà mon cœur. C’est là  que ta main doit frapper.
Impatient déjà d’expier son offense,
Au-devant de ton  bras , je le sens qui s’avance.
Frappe. Ou si tu le crois  indigne de  tes coups
Si ta haine m’envie un supplice si doux,
Ou si d’un sang trop vil ta main serait  trempée,
Au défaut  de ton bras prête-moi  ton épée.
Donne.

samedi 20 août 2011

Max Bruch Romanze, Op. 85, for viola and orchestra

Miles Hoffman plays Bruch Romanze, Op. 85, for viola and orchestra

Mallarmé : Tristesse d'été./ F. Leighton :Flaming June

 

Tristesse  d’été

Le soleil  , sur le  sable,  ô lutteuse endormie,
En  l’or  de  tes cheveux,  chauffe un bain langoureux
Et consumant l’encens  sur  ta joue  ennemie,
Il  mêle avec les pleurs un  breuvage  amoureux.

De ce  blanc   flamboiement l’immuable accalmie
T’a fait dire, attristée, ô mes  baisers peureux
« Nous ne serons jamais une seule momie
Sous l’antique  désert et les palmiers heureux ! »

Mais  ta chevelure est une  rivière  tiède,
Où  noyer   sans  frissons l’âme  qui  nous obsède
Et  trouver  ce Néant  que tu  ne connais pas.

Je goûterai le  fard  pleuré par tes paupières,
Pour  voir s’il sait  donner au  cœur  que  tu  frappas
L’insensibilité de l’azur  et  des pierres.

Stéphane  Mallarmé


Flaming june   de  Frederic  Leighton  (1895)



jeudi 18 août 2011

Franz Hals : La bohèmienne

La bohémienne  de  Franz Hals 
Ce n'est pas  si  courant  : joie de vivre et gaité  !

Quand la vague a frappé sur la roche indocile.... (Pablo neruda)


Quand la vague a frappé sur la roche indocile
Qu’éclate la clarté en instaurant  sa rose
Le cercle  de la  mer s’amasse en une grappe
Et  pend en une  seule goutte de  sel bleu.

Oh radieux  magnolia délié dans l’écume,
Voyageur  magnétique et  fleuri  dans la mort,
Dans l’éternel retour de l’être  et  du  non-être :
Sel  brisé, éblouissant mouvement  marin.

Mon amour, tous les deux, nous scellons le  silence,
La mer  a  beau  ruiner ses statues  incessantes
Et  renverser  ses tours de  folie , de blancheur,

Nous, dans la  trame  de cette étoffe  invisible
Que  font l’eau  emballée et le  sable  éternel,
Nous  maintenons  la tendresse unique et  traquée.
Pablo  Neruda
Traduit  par   Jean  Marcenac et André  Bonhomme