samedi 29 septembre 2012

Le Déluge Indien dans le Mahâbhârata


Matsya-avatar  in the  great   Deluge

Le Déluge indien ou Histoire du poisson

- Mahâbhârata III / 185 -

Présentation
L'histoire du déluge existe aussi en Inde. Il se dit :"sampraksâlana" d'un verbe KSHAL signifiant "laver, nettoyer, rincer, purifier".Un poisson - le dieu Brahma - avertit Manu (d'une racine signifiant "l'homme" . Cf. les Manouches dont le nom est si évidemment sanscrit) de cette catastrophe parce qu'il a su prendre soin d'un petit poisson menacé d'être dévoré et ensuite ne cessant de grandir (il faut chaque fois lui trouver un récipient adéquat). Manu construit son arche: il est accompagné des sept Richis (êtres mystérieux assurant la transmission des Védas), il y loge les "semences" de toutes les "êtres qui se meuvent et qui ne se meuvent pas ". Le Déluge dure très longtemps. Le poisson devenu gigantesque a une corne où s'amarre l'arche, il la conduit sur le sommet de l'Himalaya, et là se manifeste sous sa réelle forme, celle du dieu Brahma. A Manu d'imaginer les êtres et d'user d'ascèse (tapas: d'une racine signifiant chaleur, c-à-d énergie et pouvoir accumulés) pour les rendre vivants. Le Mahâbhârata en livre ici une version ; une version similaire se trouve aussi dans le ShatapathaBrâhmana (1-8-1)(cf. Mythes et Légendes extraits des Brâhmanas, trad. J. Varenne, Paris, 1967, p. 37-38). Il faut rappeler que l'Inde a une conception cyclique du temps : il y a quatorze "Age de Manu" ou "manvatara", d'une durée chacun de 306 720 000 ans ; les quatorze Ages ou kalpa forment un jour de Brahma ou 4 320 000 000 ans ; nous sommes au septième avec ce Manu Vaivasvata et c'est notre Age. Tous les Ages sont nommés (1 Manu Svayambhu 2 Manu Svarochisa ... 7 Manu Vaivasvata 8 Manu Savarnya ... 14 Manu Visvakesna). La spéculation indienne attirée par l'infini poussera l'expertise jusqu'à nous donner les noms des rois et hommes les plus importants de ces quatorze Ages (à noter que le nom d'un Age n'est pas forcément celui du seul survivant comme c'est ici le cas, mais du Manu le plus marquant de ces 306 720 000 ans.( Cf. Mârkandeya Purâna,Varanasi, 1969, translated by E. Pargiter; Matsya Purâna, Allahabad, 1916, in coll. "Sacred Bools of the Indus" 27)
(Citadelle –fr.com 2005


(Mahâbhârata III / 185, § 39-47, Vyâse, IIIe s av J-C):

Avec l'arche, ô roi Bhârata, Manu traversa l'océan qui dansait de ses vagues et grondait de ses flots.

Poussée par les grands vents, l'arche vacillait en tous sens sur l'immense océan comme une prostituée ivre.

La terre, l'horizon, les points cardinaux avaient disparu. Tout l'espace et le ciel n'étaient qu'eau, ô puissant guerrier.

Et dans ce monde ainsi bouleversé, n'existaient plus que les sept Grands Anciens, Manu et le poisson, ô Bhârata.

Ainsi, ô roi, le poisson tira l'arche pendant de nombreuses années sur l'immensité des eaux.

Il la tira jusqu'à l’unique sommet de l'Himavant (Himâlaya) qui dépassait l’onde, ô vaillant descendant de Puru.

Puis, souriant légèrement, il dit aux Grands Anciens : "Amarrez l'arche sans tarder à ce sommet de l'Himavant."

Sur le conseil du poisson, les Grands Anciens amarrèrent aussitôt l'arche au sommet de l'Himavant, ô vaillant Bhârata.

Sache, ô fils de Kuntî, qu'aujourd'hui encore, ce sommet le plus élevé de l'Himavant est appelé "l'amarrage de l'arche".


Les déluges en Grèce : Ogygès et Deucalion


Turner  :Déluge   vers   1805 

Le déluge   d’Ogygés

Du  nom  du  Roi  de  Thèbes  en  Béotie  ,  aurait   précédé  celui  de Deucalion .

Leon Comerre :Déluge (1890)

 

Déluge  de  Deucalion


Un soir, Lycaon, roi d'Arcadie, fut l'hôte de Zeus. Pour le mettre à l'épreuve Lycaon lui servit la chair de l'un de ses cinquante fils. Zeus s'en aperçut. Furieux et indigné, il quitta la table en la renversant et foudroya Lycaon ainsi que sa famille. Remonté dans les cieux, Zeus convoqua les siens, résuma la situation et jura sur le Styx de détruire le genre humain afin de préserver les nymphes, satyres et autres divinités secondaires. Après avoir d'abord pensé à foudroyer la Terre, il se ravisa, se souvenant que le destin du monde était de périr embrasé ; aussi préféra-t-il la noyer
Les flots envahirent la terre et emportèrent hommes, animaux et constructions. Certains tentèrent de se réfugier sur des hauteurs ou dans des barques. Même Les oiseaux ne trouvant plus de perchoir se noyèrent. Les nymphes de la mer pouvaient évoluer dans les maisons, parcs et jardins des villes. Les dauphins se heurtaient aux arbres des forêts.
La faim tiraillait les derniers survivants. Pourtant deux personnes survécurent, Deucalion et Pyrrha. En effet, Prométhée leur avait conseillé de construire une arche ou ils embarquèrent seuls. Après neuf jours et neuf nuits de dérive, ils accostèrent sur l'une des deux cimes du Mont Parnasse en Thessalie. À peine débarqués, il rendirent hommage aux nymphes de la montagne et à Thémis Zeus satisfait fit cesser le déluge. Notos retourna auprès de ses frères tandis que Poséidon déposa son trident et ordonna à Triton de souffler dans sa conque le signal de la retraite. Toutes les eaux se retirèrent et le monde réapparut. Deucalion et Pyrrha, qui se rendirent rapidement compte de leur solitude, décidèrent de se rendre sur les bords du Céphise afin d'y interroger les oracles. Là, ils se purifièrent et implorèrent Thémis dans son temple en lui demandant comment remédier aux dégâts subis par les mortels. La réponse fut surprenante : ils devaient s'éloigner du temple, la tête voilée et lancer en marchant les os de leur grand-mère. De quelle grand-mère pouvait-il bien s'agir ? Après mûre réflexion, il s'avéra que cette grand-mère n'était autre que la Terre, dont les os étaient les pierres. En suivant les conseils de Thémis, il s'exécutèrent.  Peu à peu, les pierres prirent forme humaine. Les pierres lancées par Deucalion engendrèrent des hommes, et celles lancées par Pyrrha, des femmes. Quant aux autres espèces, la Terre les engendra d'elle-même au fil du temps.

Turchi   Alessandro   Déluge

Le Déluge  de   Deucalion  dans  

les Métamorphoses  d’ Ovide

Livre I   ; v.257
[…]
Les dieux approuvent les paroles de Jupiter, ceux-ci par de bruyantes acclamations, et en excitant son courroux, ceux-là par un muet assentiment ; mais la perte du genre humain est pour tous un sujet de douleur. Que deviendra la terre, veuve de ses habitants ? Qui désormais brûlera l’encens sur leurs autels ? Va-t-il donc livrer le monde à la fureur des bêtes féroces ? Le souverain des Dieux se charge de pourvoir à tout : il fait cesser leurs demandes et leur inquiétude, en leur promettant une nouvelle race, différente de la première, et dont l’origine sera merveilleuse.
Déjà prêt à foudroyer toute la terre, il craint que tant de feux partout allumés n’embrasent la voûte des cieux, et ne consument l’axe du monde dans toute son étendue. Il se souvient que les Destins ont fixé dans l’avenir un temps où la mer et la terre et le palais des cieux seront dévorés par les flammes, où la machine merveilleuse du monde s’abîmera dans un vaste embrasement. Il dépose ses traits forgés de la main des Cyclopes, et choisit un autre genre de châtiment : il veut engloutir le genre humain sous les eaux, qui, de toutes les parties du ciel, se répandront en torrents sur la terre. Il enferme soudain dans les antres d’Éole l’Aquilon et tous les vents qui dissipent les nuages, et ne laisse que l’Autan en liberté. L’Autan vole, porté sur ses ailes humides : son visage terrible est couvert d’un épais et sombre nuage, sa barbe est chargée de brouillards, sur son front s’assemblent les nuées ; l’eau ruisselle de ses cheveux blancs, de ses ailes et de son sein. Dès que sa main a pressé les nuages suspendus dans les airs, un grand bruit se fait entendre, et des torrents de pluie s’échappent du haut des cieux. La messagère de Junon, parée de ses mille couleurs, Iris aspire les eaux de la mer et alimente les nuages. Les moissons sont renversées, les espérances du laboureur détruites sans retour, et, dans un instant, périt tout le fruit de l’année et de ses longs travaux. Les eaux qui tombent du ciel ne suffisent pas à la colère de Jupiter : le roi des mers, son frère, lui prête le secours de ses ondes. Il convoque les dieux des fleuves, et, dès qu’ils sont entrés dans son palais : « Qu’est-il besoin de longs discours ? dit-il. Il s’agit de déployer toutes vos forces : allez, ouvrez vos sources, renversez vos digues, et donnez carrière à vos flots déchaînés ». Il parle : on obéit, et les fleuves, forçant les barrières qui retiennent leurs eaux, précipitent vers la mer leur course impétueuse. Neptune lui-même frappe la terre de son trident : elle tremble, et les eaux s’élancent de leurs gouffres entr’ouverts. Les fleuves débordés roulent à travers les campagnes, entraînant ensemble dans leur course les plantes et les arbres, les troupeaux, les hommes, les maisons et les sanctuaires des dieux, avec leurs saintes images. Si quelque édifice reste encore debout et résiste à la fureur des flots, l’onde en couvre bientôt le faîte, et les plus hautes tours sont ensevelies dans un profond abîme. Déjà la terre ne se distinguait plus de l’Océan : la mer était partout, et la mer n’avait pas de rivages. L’un gagne le sommet d’une colline, l’autre se jette dans un esquif, et promène la rame dans le champ où naguère il conduisait la charrue. Celui-ci passe dans sa nacelle au-dessus de ses moissons ou de sa maison submergée ; celui-là trouve des poissons sur la cime d’un ormeau. Si l’ancre peut être jetée, c’est dans l’herbe d’une prairie qu’elle va s’arrêter ; les barques s’ouvrent un chemin sur les coteaux qui portaient la vigne ; les phoques monstrueux reposent dans les lieux où paissaient les chèvres légères. Les Néréides s’étonnent de voir au fond des eaux, des bois, des villes, des palais ; les dauphins habitent les forêts, et bondissent sur la cime des chênes qu’ils ébranlent par de violentes secousses. On voit nager le loup au milieu des brebis ; les flots entraînent les lions et les tigres farouches ; également emportés, les sangliers ne peuvent trouver leur salut dans leur force, ni les cerfs dans leur vitesse. Las de chercher en vain la terre pour y reposer ses ailes, l’oiseau errant se laisse tomber dans la mer. L’immense débordement des eaux couvrait les montagnes, et, pour la première fois, leurs sommets étaient battus par les vagues. La plus grande partie du genre humain périt dans les flots : ceux que les flots ont épargnés deviennent les victimes du supplice de la faim.
L’Attique est séparée de la Béotie par la Phocide, contrée fertile avant qu’elle fût submergée ; mais alors, confondue tout à coup avec l’Océan, ce n’était plus qu’une vaste plaine liquide. Là s’élève jusqu’aux astres un mont dont la double cime se perd au sein des nues : le Parnasse est son nom ; c’est sur cette montagne, seul endroit de la terre que les eaux n’eussent pas couvert, que s’arrêta la faible barque qui portait Deucalion et sa compagne. Ils adorent d’abord les Nymphes de Coryce, les autres dieux du Parnasse, et Thémis, qui révèle l’avenir, et qui rendait alors ses oracles en ces lieux. Jamais homme n’eut plus de zèle que Deucalion pour la vertu et pour la justice, jamais femme n’eut pour les dieux plus de respect que Pyrrha. Quand Jupiter a vu le monde changé en une vaste mer, et que de tant de milliers d’hommes, de tant de milliers de femmes qui l’habitaient, il ne reste plus qu’un homme et qu’une femme, couple innocent et pieux, il écarte les nuages, ordonne à l’Aquilon de les dissiper, et découvre la terre au ciel et le ciel à la terre.
Cependant le courroux de la mer s’apaise, le souverain des eaux dépose son trident et rétablit le calme dans son empire. Voyant, au-dessus des profonds abîmes, Triton, dont les épaules d’azur se couvrirent en naissant d’écailles de pourpre, il l’appelle et lui commande d’enfler sa conque bruyante, et de donner aux ondes et aux fleuves le signal de la retraite ; soudain, Triton saisit ce clairon creux et recourbé, qui va toujours s’élargissant par d’obliques détours, ce clairon terrible, qui, lorsqu’il sonne du milieu de l’Océan, fait retentirde sa voix les rivages où le soleil et se lève et se couche. Dès que la conque eut touché les lèvres humides du Dieu dont la barbe distille l’onde, et transmis en résonnant les ordres de Neptune, les flots de l’Océan et ceux des fleuves l’entendirent, et tous se retirèrent. Déjà la mer a retrouvé ses rivages ; les fleuves décroissent et rentrent dans leur lit, assez large pour les contenir tout entiers ; les collines semblent sortir des eaux, la terre surgit par degrés, et paraît s’élever à mesure que les eaux s’abaissent ; si longtemps cachés sous les flots, les arbres découvrent leurs têtes dépouillées de feuillage, et chargées encore de limon. Le monde était enfin rendu à lui-même. À l’aspect de cette solitude désolée, où règne un profond et morne silence, Deucalion ne peut retenir ses larmes, et, s’adressant à Pyrrha :
« Ô ma sœur ! ô ma femme ! s’écrie-t-il ; ô toi qui seule survis à la destruction de ton sexe, unis jadis par le sang, par une commune origine, et bientôt par l’hymen, que le malheur resserre aujourd’hui ces nœuds. Du couchant à l’aurore, le soleil ne voit que nous deux sur la terre ; nous sommes le genre humain, tout le reste est enseveli sous les eaux. Je n’ose même encore répondre de notre salut ; ces nuages suspendus sur nos têtes m’épouvantent toujours. Infortunée ! si le ciel t’eût sauvée sans me sauver, quel serait aujourd’hui ton destin ? Seule, qui t’aiderait à supporter tes alarmes ? qui consolerait tes douleurs ? Ah ! crois-moi, chère épouse, si la mer t’avait engloutie sans moi, je t’aurais suivie, et la mer nous eût engloutis tous les deux ! Ne puis-je, à l’exemple de Prométhée mon père, faire naître une nouvelle race d’hommes, et, comme lui, souffler la vie à l’argile pétrie de mes mains ? Nous sommes, à nous deux, les seuls débris de l’espèce humaine ; les dieux l’ont ainsi voulu ; ils ont sauvé en nous un modèle des hommes ». Il dit, et tous deux pleuraient, résolus d’implorer le secours des dieux, et de consulter l’oracle. Ils se rendent sur les bords du Céphise, dont les flots, limoneux encore, coulaient déjà dans leur lit ordinaire. Quand ils ont arrosé de son eau sainte leur tête et leurs vêtements, ils dirigent leurs pas vers le temple de la déesse ; le faîte était souillé d’une mousse fangeuse, et le feu des autels éteint. Dès que leurs pieds ont touché le seuil du temple, prosternés l’un et l’autre la face contre terre, ils baisent le marbre humide avec une sainte frayeur.
« Si les dieux, disent-ils, se laissent fléchir aux humbles prières des mortels, s’ils ne sont pas inexorables, apprends-nous, ô Thémis, quelle vertu féconde peut réparer la ruine du genre humain, et montre-toi propice et secourable au monde abîmé sous les eaux ». Touchée de leur prière, la déesse rendit cet oracle : « Éloignez-vous du temple, voilez vos têtes, détachez les ceintures de vos vêtements, et jetez derrière vous les os de votre aïeule antique ». Ils demeurent frappés d’un long étonnement. Pyrrha, la première, rompt le silence et refuse d’obéir aux ordres de la déesse ; elle la prie, en tremblant, de lui pardonner, si elle n’ose outrager les mânes de son aïeule en dispersant ses os. Cependant ils cherchent ensemble le sens mystérieux que cachent les paroles ambiguës de l’oracle, et les repassent longtemps dans leur esprit. Enfin, Deucalion rassure la fille d’Épiméthée par ces consolantes paroles : « Ou ma propre sagacité m’abuse, ou l’oracle n’a point un sens impie, et ne nous conseille pas un crime. Notre aïeule, c’est la terre, et les pierres renfermées dans son sein sont les ossements qu’on nous ordonne de jeter derrière nous ». Bien que cette interprétation ait ébranlé l’esprit de Pyrrha, son espérance est encore pleine de doute, ou bien le doute combat encore son espérance, tant il leur reste d’incertitude sur le sens véritable de l’oracle divin ! Mais que risquent-ils à tenter l’épreuve ? ils s’éloignent, et, le front voilé, laissant flotter leurs vêtements, selon le vœu de Thémis, ils marchent en jetant des cailloux en arrière. Ces cailloux (qui le croirait, si l’antiquité n’en rendait témoignage ?), perdant leur rudesse première et leur dureté, s’amollissent par degrés, et revêtent une forme nouvelle. À mesure que leur volume augmente et que leur nature s’adoucit, ils offrent une confuse image de l’homme, image encore imparfaite et grossière, semblable au marbre sur lequel le ciseau n’a ébauché que les premiers traits d’une figure humaine. Les éléments humides et terrestres de ces pierres deviennent des chairs ; les plus solides et les plus durs se convertissent en os ; ce qui était veine conserve et sa forme et son nom. Ainsi, dans un court espace de temps, la puissance des dieux change en hommes les pierres lancées par Deucalion, et renouvelle, par la main d’une femme, la race des femmes éteinte. C’est de là que nous venons : race dure et laborieuse, nous témoignons sans cesse de notre origine.
La terre enfanta d’elle-même et sous diverses formes les autres animaux. Quand les feux du soleil eurent échauffé le limon qui la couvrait et mis en fermentation la fange des marais, les germes féconds qu’elle renfermait dans son sein y reçurent la vie comme dans le sein d’une mère, se développèrent par degrés et revêtirent tons une forme différente. […]

mercredi 26 septembre 2012

John Martin 1789-1854


Sodome and   Gomorah


Le Déluge

Satan  Rises   the  burning   lake

The  bard
Autres tableaux du  peintre John   Martin   sur ce site ( Magnifique ! )
Egalement ici  (n et b)

Le déluge dans l'Epopée de Gilgamesh

Martin John :  le Déluge (1834)



Dans une île, au-delà des eaux de la Mort, vit d'une vie éternelle Outa-Napishtim que les dieux ont sauvé du déluge. Il raconte cette aventure au héros Gilgamesh qui est parti en quête de l'immortalité.

Dans la vieille ville de Shurrupak, au bord de l'Euphrate, habitaient les dieux : Anu, le maître du ciel, le guerrier Enlil, le sage Ea... En ce temps-là, les hommes n'existaient pas. Les dieux devaient accomplir tous les travaux pénibles : dépierrer les champs, nettoyer les rigoles, creuser les canaux... et ils n'aimaient pas du tout ça !
Au bout de trois mille six cents ans, ils en eurent assez et affrontèrent Ellil, le possesseur de la tablette où est inscrit le sort des dieux. Ellil convoqua l'assemblée de grands dieux pour entendre les griefs des mécontents. Tous décidèrent de créer une race de mortels pour effectuer le travail à leur place.
Belet-ili, la déesse-mère, prit quatorze poignées d'argile. Elle plaça sept poignées à droite, sept poignées à gauche ; au milieu, elle posa une brique. Ea, à genoux sur une natte, ouvrit le nombril des figurines et, des deux groupes, sept produisirent des femmes et sept produisirent des hommes. La déesse qui crée les destins les compléta par paire et Belet-ili dessina les formes humaines. Tout se passa si bien que six cents ans plus tard la population des hommes devint trop nombreuse et surtout trop bruyante.
La terre alors était riche, les hommes se multipliaient et le monde mugissait comme un taureau sauvage si bien que la rumeur réveilla les dieux. Enlil, indisposé par un tel tumulte alla se plaindre aux grands dieux : l'humanité l'empêchait de dormir. Alors, pour se débarrasser des hommes, Ellil leur envoya trois fléaux successifs : la peste, la sécheresse et la famine. Au bout de six années, les hommes en furent réduits à dévorer leurs filles. Ils ne purent plus effectuer les travaux pour lesquels ils avaient été créés. Ellil décida alors, malgré la volonté des autres dieux, d'envoyer un Déluge afin d'anéantir ce qui restait de l'humanité.
Mais Ea, le seigneur de l'eau sous la terre, source de toutes les connaissances magiques, m'avertit en songe. Il m'ordonna de construire un bateau et me prévint que le déluge durerait sept jours. Sur ses conseils, je démolis ma maison de roseaux et construisis un bateau couvert où je rassemblai la semence de tous les êtres vivants. Les enfants apportèrent la poix pour le calfatage, les charpentiers préparèrent la quille et le bordage. Je construisis sept ponts superposés, divisés par des cloisons. On rangea les provisions dans les cales.
Chaque jour, je tuai des boeufs et des moutons, et pour les travailleurs je fis couler à flots le vin rouge, le vin blanc et le vin nouveau. Je me parfumai la tête ; c'était la fête, comme au temps de l'année nouvelle. Au septième jour la construction du bateau était terminée.
Je portai dans le bateau tout l'or et l'argent que je possédais, je fis monter toute ma famille et mes parents, toutes les bêtes domestiques et les animaux de la plaine. Je fis monter aussi tous les artisans. Shamash, le dieu-soleil, m'avait fixé le moment précis et m'avait dit : " Lorsque le soir qui tient les tempêtes fera tomber la pluie du malheur, entre dans ton bateau et ferme la porte ! "
Le jour venu, je regardai le ciel. Il était sombre et terrifiant. J'entrai alors dans le bateau et je fermai la porte. Aux premières lueurs de l'aurore, un nuage noir monta des profondeurs du ciel, au-dessus de l'horizon lointain. A l'intérieur du nuage, le dieu Adad, dieu des orages et de la pluie, tonnait et devant lui marchaient ses messagers. Le déluge mugissait comme un taureau furieux, les vents hurlaient comme les braiments d'un âne. Le soleil avait disparu, les ténèbres étaient totales. Certains dieux, eux-mêmes terrifiés, fuyaient, rampant le long des murs comme des chiens.
Les nuages s'avançaient en menaçant à travers les montagnes et les plaines. Nergal, le dieu de la peste et de la guerre, arracha les piliers du monde. Ninourta, le dieu chasseur et guerrier, fit éclater les barrages du ciel. Les dieux du monde d'en bas, les dieux Anounnaki, enflammèrent la terre tout entière. Les tonnerres du dieu Adad montèrent au plus haut des cieux et transformèrent toute la lumière en ténèbres opaques. La terre immense se brisa comme une jarre. Les tempêtes du sud se déchaînèrent un jour entier. Les flots couvrirent même le sommet des montagnes. Tous les hommes furent massacrés.
Les tempêtes du Déluge soufflèrent pendant six jours et sept nuits. Le septième jour, l'armée des vents du sud qui avait tout massacré sur son passage, s'apaisa enfin. La mer se calma. La clameur du déluge se tut.
Je regardais le ciel. Un grand silence régnait sur le monde. Je vis que les hommes étaient redevenus de l'argile. Les eaux lisses formaient un toit sur la terre invisible. J'ouvris une petite fenêtre. La lumière inonda mon visage. Je tombai à genou et me mis à pleurer. Au loin, vers l'horizon, j'aperçus une bande de terre. Le bateau accosta au pied du mont Niçir. Je restai là pendant six jours entiers.
Lorsqu'arriva le septième jour, je lâchai une colombe. Elle prit son envol et, comme elle ne trouva où se poser, elle revint au bateau. Je lâchai une hirondelle. Elle prit son envol et, comme elle ne trouva où se poser, elle revint au bateau. Puis je lâchai un corbeau. L'oiseau prit son envol. Il vit que les eaux s'étaient retirées. Il trouva de la nourriture, se posa sur la terre et ne revint plus. Alors je lâchai aux quatre vents tout ce que le bateau avait sauvé des eaux du Déluge puis j'offris un sacrifice aux dieux.
Légende babylonienne,Origine sumérienne 

selon les traditions sumérienne, babylonienne et akkadienne, comportant  quelques variantes , le sage , le protégé des dieux s'appelle  Outa-Napishtim, Ziusudra ou Ziusura (trad. sumérienne) ou Atrahasis
(publié  sur   Cidadelle -fr.com) 

Mésolithique ou la naissance des mythes


Mesolithique

Arrivée   dans le  mesolithique   avec   le  paleontologue   Jean-Paul  Demoule   dont la  plus grande  qualité (à  mon sens)  est  d'explorer   sans   vraiment  choisir   les  différentes   théories sur  cette  époque   .  
Généralement   on  passe   sans  solution  de  continuité  du  Paléolithique   au  Néolithique,  de  l'âge  des  cavernes  aux  première  cités   de  l'Orient   Ancien  ?     Or    il  me semble  que   cette  période  qui   s'échelonne  grosso  modo   entre le   -15 000  et    -8 000 /6 000 ~~ ?  , (n'ayant pas   de prétentions  d'expertise, on n'est   pas  à  quelques   milliers d'années près  )  est  surement une  des  périodes   les  plus  déterminantes dans  la  marche  de  l'évolution de  l'homme  social    !  La plus  difficile  d'accès  aussi   peut  être,  d'abord  parce  qu'on  est  toujours  dans  les  temps  préhistoriques  , tributaires du  hasard  des  fouilles  et  de  la conservation  des  témoignages,  sans écritures encore ,    mais  aussi  parce que  la  terre elle -même   se met  en  place  modifiant  notablement   le climat  des régions   où  l'homo sapiens   sapiens  commençait   à se  manifester   et  à  se  répandre  dans toutes  les  directions . Neandertal  et  Cro-magnon  du  Moyen  Orient   ont  tendance   à  se séparer ,  l'un  remontant   avec  le gros gibier   vers  le   nord   jusqu'en  Sibérie,   les autres,   toujours  un peu mélangés,  s'en  vont contournant  les Alpes,  par   le nord   jusqu'en   Bretagne   où  ils  sont  rejoints via le  Sud ,  par  ceux  qui  ont préféré  le pourtour  de  la méditerranée  ;  ils  inventent  l'arc  et  les  flèches, sortent  des   profondeurs  des  cavernes pour  construire  hutttes  et  abris ,  taillent  leurs pierres,  et  façonnent  leurs  outils  .. mais chacun   à  sa   manière , " rompant avec  l'academisme  du paleolithique " (dixit J-P  Demoule   )


Heraklès de  Bourdelle

 Le climat  se  réchauffant ,  ils optent    pour une vie  plus sédentaire  mais  sont  toujours    chasseurs -cueilleurs -pêcheurs . Ils sculptent  de  plus  en  plus  la  pierrre, l'os et  le  bois  et  commencent  même   à  cuire l'argile   en  ceramique   !  Au Sud   apparemment  (croissant  fertile  )  le  climat  est  plus  capricieux ,   alors ils  seront les premiers   à se  soumettre  aux  contraintes  de   la   plus  grande  révolution  de  tous  les  temps  le  Néolithique  avec  l'élevage  et  l'agriculture   auxquels ,  petit  à  petit   ils  convertiront   les  autres   peuples   jusqu'à   éliminer   notre   frère   néandertalien  ...

Ici  se situent  précisément   nos grands  questionnements et  les  grandes  théories   divergent    !
Dans une  sphère  geographique  relativement  homogène   qui  va du Sud  au  nord : du  Sud  du  croissant    fertile   à la Norvège et  la Sibérie,  et  de  l'est  en  ouest  : de   l'Inde-Chine   jusqu'à  la  Bretagne  , on  trouve  une incroyable  diversité de  cultures   attestant  de   schémas de  cultures  et  de  civilisations différents.   On n'ose  plus  trop affirmer aujourd'hui   si la sédentarisation  est   à  l'origine   de  l'agriculture   : certains  peuples   pratiquaient   l'agriculture  sans   l'élevage   et  continuaient  de   se  deplacer   avec  le gibier  )  d'autres   domestiquaient  les  animaux   sans   agriculture   ( les   pasteurs avec   domestication  du  chien,auxiliaire de chasse  et  gardien  de  troupeaux) ,  on  ne sait  plus à quel  type  d'économie  attribuer l'apparition d'une  organisation  sociale  ,  et  encore  moins  fixer  des généralités   dans  l'émergence   du  divin et du religieux . (très embêtant  pour  la tripartiton   Dumézilenne des indo-européens  qui  devrait  voir   son  champ se  reduire à  quelques cultures ;sa  précieuse théorie   sera probablement   maintenue   pour  des  temps plus récents ?)  .

fin  du  paleolithique   (Espagne)

On s'accorde  sur  l'  interaction  constante de  tous  ces  facteurs mais toutes  causes  ne produisant   pas  systématiquement    ou  immédiatement  les  mêmes  effets , leur  apparition  chronologique   détermine  un ordre   de  dé-naturation conduisant   à des   visions   du  monde   très   différentes   variant  de  l'immanence à  la  transcendance  et  qui pourraient  être   à l'origine   des  voies   differentes  qu'ont   empruntées les philosophies  orientales  et  occidentales   et  des  voies de  socialisations   plurielles. 


Cette  période du  mésolithique  dont les  limites   restent  fluctuantes   selon  les  regions  du  globe  et  selon  les  théories  de  spécialistes   dans  une  même  discipline  ou  dans  des  disciplines  complémentaires  , n’a pas  été  elle-même   constante   , avec   des  épisodes   plus  ou  moins  sensibles  de   réchauffement  et  de    refroidissement   climatique  . A voir  ce  que  le  Moyen  Age  a subi  en  Europe    on  pourrait  aussi  trouver  beaucoup  d’exemples  de  cette  relative   instabilité  jusqu'à  nos jours .
Je vais  oser  sans prendre trop  de risques, mais  c’est  tout  à  fait  gratuit  ,  y situer  les  origines  de  l’un   de  nos  plus  vieux   mythes  le  déluge ..  

HOME par Arthus- Bertrand



Une  nouvelle  étape  de  l'Aventure  humaine   . En   espérant  qu'elle  ne sera  pas  la dernière  !

lundi 24 septembre 2012

Chaman de Cristina Castello

Automne


Crepusculo matinal tus  ojos peregrinos
Chaman de todas  mis  corolas
Convocas el  polen de cada savia mia
Fluis entre mis algas de  glicinas
Florecemos enhebrados a la espuna
Y el  universo se  detiene en  tu  folllaje.
Siento tu  ser  tal una cosmogonia
Y como una siesta soleada del   otono.
Fecundas mis  abejas sin  colmillos 
Sacudis mis  raices cristalinas
Renaces mi  poesia taciturna
Resucitas mi  palabra vagabunda
Halito, soplo,brizna, filamento,
Vendaval,  serenidad estremecida.
Chaman de  infinitudes y  de  olympos
No  huyas,  no  me huyas, no te  huyas.
Yo  nos   sobrevivo. 

Cristina Castello  5de julio 2006 du recueil  Tempestad/Orage

(pardon  pour  les  accents  qui  font  défaut  ) 

Chaman 

Crépuscule  matinal tes  yeux pèlerins
Chaman  de  toutes mes corolles
Tu convoques le pollen  de  chacune  de  mes  sèves
Tu flues  entre mes  algues de  Glycines
Nous  fleurissons tissés dans  l'écume
Et  l'univers   fait  halte sur  ton  feuillage.
Je sens ton être  telle  une  cosmogonie,
Et comme une  sieste  ensoleillée de l'automne.
Tu fécondes mes abeilles sans  crocs
Tu secoues mes  racines cristallines
Tu fais renaître ma poésie  taciturne
Tu ressuscites ma  parole  vagabonde
Haleine, souffle, brin ,  filament,
Tornade,  sérénité frémissante.
Chaman  d'infinitudes et  d'olympes
Ne  fuis  pas ,  ne me  fuis pas,  ne te fuis pas
Je nous survis.

Traduit de l'espagnol  (argentin) par  Pedro Vianna

dimanche 23 septembre 2012

Préhistoire > Paléolithique : petite bibliographie


(Edition   1997 )

"Les  chroniques que   Stephen  Jay   Gould a publié  dans le   Naturel History  Magazine  ont sans  doute  fait  davantage  pour expliquer la  théorie  de l'évolution  que des montagnes  d'ouvrages  savants
l'étonnant  mélange  "gouldien" de   sciences  , d'histoire  et  de  littérature a passionné  les  lecteurs   du  Sourire  du  flamant  rose  ..... Avec  Darwin  et  les grandes  énigmes  de la vie ils découvriront le premier  recueil  de cette  série  de chroniques où  la palourde  pêcheuse , l'élan  d'Irlande et  le bambou  qui  fleurit tous les   120 ans témoignent  des   bizarreries  de l'évolution , tandis  que  les  arguments racistes,  le déterminisme  biologique ou  la notion  de  quotient   intellectuel  illustrent  les  errements   auxquels peut  mener  l'interprétation  de l'évolution .
Un  inimitable  cocktail conçu  par  l'auteur  comme   un  antidote à  notre  arrogance universelle "



(Edition   2002 )
Eugène   Bonifay Collection  " Histoire  de  la   France  préhistorique , dirigée  par  Jean  Clottes 


( Edition  1997 )
Jacques  Pernaud   D'Orlac 





(Edition   2009 )
Pascal  Picq 


(éditions   2003)  Claudine   Cohen 




 Edition  2011
Marylène Patou-Mathis



(édition  2009) 
L'homme  est un mangeur  de  viande. Par  nécessité  physiologique, par  goût, de la viande  animale,  mais aussi  de la chair humaine lors de reps  cannibales. Certains  chercheurs a affirment  que la consommation  de viande a déclenché l'hominisation ; pour  d'autres  c'est  la chasse et  ses rituels  hiérarchisés qui  auraient  favorisé l'émergence   de l'homme sociétal..
Marylène  Patou-Mathis, au  cours de  ses  travaux  sur  la  préhistoire  dont  elle  est  un de  nos meilleurs spécialistes, a étudié le  rôle  et l'impact  de  la viande sauvage  dans les  sociétés humaines jusqu'à notre époque. A travers la viande ,  c'est  bien  évidemment  de la place  de  l'animal  dont  il  s'agit. Une  relation  complexe  s'est  étable  au  fil  du  temps. En  témoignent l'art  préhistoriques,  les  récits  mythologiques, les  croyances... où  la figure  animale  est omniprésente. Cette  théâtralisation  de  la Nature  semble  tomber  dans l'oubli.
Pourtant  la chasse,  vieille  de  plusieurs centaines de millions d'années,  fait partie  de notre  capital culturel. Seules quelques pratiques perdurent  dans  nos  sociétés  telle la chasse   à  courre  ou la tauromachie, avatar  ancien  du   culte  du  taureau ,  mais  elles  font  désormais  polémiques Signe sue l'animal , aujourd'hui  comme  hier, occupe  une place centrale  dans notre monde et  dans  notre imaginaire qui  s'en  nourrit inlassablement .

".... En  fait  conscient   de  l'existence  d'une  consubstantialité entre lui  et l'animal , comme  l'a  suggéré le  psychiatre  et  anthropologue Philippe   Brenot, la plus grande  peur  (ou  honte  ) de  l'Homme  ne serait-elle pas   celle  de ses origines   animales?
Pour  la vaincre , il  tente  d'enfouir  au  plus profond  de  lui ce  fonds  animal, sorte  de  "péché originel" , en se   "cultivant" pour  ainsi  s'extraire  de  la  nature.  Progressivement, en   se  civilisant,  l'homme  s'est  dégagé de  cette  animalité  pour  prouver  son  identité, son humanité.  Les  Ecritures  ,  lui  adjoignant de  dominer  la nature l'ont  conforté dans  cette  démarche. C'est probablement  ce  rejet de l'animalité  qui  entraîna  au   XIX siècle celui  des   idées  transformistes   puis  évolutionnistes, car   l'homme  ,  la créature  de   Dieu la plus aboutie, ne peut  accepter  quelque  filiation  animale. La théorie  de l'évolution,  transformation  des  espèces fait  resurgir  de  vieilles  légendes  de  métamorphoses(être   mi homme ,  mi  animal  comme  le  loup  garou) et  avec  elle , cette  vieille  peur  ancestrale  de  devenir   "autre",  de  se  déshumaniser. C'est  au  cours  de  ce   siècle  que les expéditions coloniales  rapportent  une  vision  négative des  "Sauvages", considérés comme des  être   inférieurs  , voire  des animaux. L'idée  d'une  filiation, d'une   origine  commune  est  alors pour  la plupart     inacceptable; comme  celles  de  descendre  d'hommes   préhistoriques  perçus alors  comme  simiesques. Aujourd'hui, la réintroduction  d'espèces sauvages (ours,  loup)  provoque   chez les populations, le  retour  de peurs  irrationnelles ; survivance  d'une pensée originelle   où les animaux  sont perçus comme  dangereux., liés  au  monde  surnaturel . 
L'Homme  veut être un être  unique,  libéré  de ses origines  animales, souvent perçues  comme  responsable  de  ses  faiblesses. En  réalité ne  se  sert-il  pas  de  cette  part  d'animalité   comme  alibi  pour  justifier  ou  excuser ses  défaillances et  ses  déviances. ?
L'animal  n'est pas  "intrinsèquement  mauvais" il  est un  animal, un être  vivant ni  inférieur ni  supérieur   à  nous,  mais simplement  différent  ."

Marylène Patou-Mathis


(édition 2009 )
Anne-Marie  Tillier 

samedi 22 septembre 2012

Le feu




Ce qui   caractérise l'homme pourrait  bien  être sa  capacité à   transformer  tout  ce qui  l'entoure et surtout  sa volonté à  le faire . Il  le fit  d'abord  par nécessité  , puis  par  goût et  son  évolution suit   son son  ambition dans  la maîtrise des éléments , la domination  de la nature,  des  animaux  et  de  ses   semblables.


Il  y a quelques  années   on estimait  la découverte  du  feu   à  320  000 ans   Aujourd'hui  il  est  attesté  dès  1 500 000 ans sporadiquement  ou accidentellement mais  définitivement  maîtrisé depuis  500 000 ans
"Le feu  qui  protége et réchauffe,  qui  permet  dans toutes les   mythologies de passer  du  cru  au  cuit , de  la  nature  à  la culture, du  sauvage  au  civilisé.  " (JPDemoule)

Avec le feu  nous avons bien  envie  de rouvrir   une porte du   Rêve où  nous croiserions  Prométhée   ou  le  Phénix   , et  ce  cortège  de  symboles ,  d'allégories  ou  de  métaphores  peuplant   l'histoire de tous  les  continents  .

Comme bien d'autres  puissances de la nature  , le  feu  a sans doute  d'abord effrayé nos ancêtres  avant  de  provoquer    vénération et  admiration . Sa banalisation dans son  aspect  utilitaire   n'a pas  réussi  à  éteindre  sa magie  au  fond    de  notre   inconscient   et  chez  les  poètes   dont  le role  de passeur  agit   pour   réunir  nos  différents  niveaux  de  conscience
"Il nait ,  il  meurt ,  il  est  un  drame"   dit  Bachelard   dans la psychanalyse du  feu .
gaston-bachelard-le-feu


Sa dialectique est infinie  :" Sa chaleur  est source de  vie   mais il  est  aussi   destructeur quand  il  brûle  et consume  et sa force destructrice  porte  en  elle  la purification .
Sa  lumière    qui  tient   à  l'écart   les bêtes  sauvages    a illuminé  les grottes profondes  pour que  l'homme en  couvre leur  parois,   laissant là  les premiers témoignages   mystérieux   d'art  , de religion  ou  de   chamanisme  .
En même temps  il  a fait  jaillir   l'ombre       et  de  ses  jeux  peut être,   cette  conscience de l'irréel  , de la puissance   du  spirituel  ou  de  l'illusion .

vendredi 21 septembre 2012

Polovtsian Dances with Chorus (from 'Prince Igor')

Naissance de la figure


Naissance  de  la figure

L' art  du  paléolithique  à  l'âge  du  fer  



A la fois   livre de spécialiste   -( JP Demoule)  et  livre  d'art (photos de     Erich  Lessing)

Présentation  de  l'éditeur :
"l'homme   s'est  représenté lui-même à  partir  du  moment   où  il  est   apparu  sous   sa forme  d'homme moderne -celle  d'homo  sapiens  sapiens- , même  si  l'on  discute aussi  sur  la  possibilité  et  l'interprétation d'éventuelles figurations plus anciennes . Et pour l'essentiel ,  l'homme  a  d'abord  représenté  la femme . Mais  ces images  sont  longtemps restées minoritaires  :  ce  sont  d'abord  les animaux  qui   ont été figurés, dans une grande variété de styles, comme  si  la   représentation  devait  rester   exceptionnelle  ou périphérique.(1) Puis la révolution  néolithique , qui  voit  agriculture et élevage  remplacer  chasse  et  pêche,  s'accompagne  d'une révolution  des  images au sein  de  laquelle  la figure  humaine  se   libère  en  Orient des  canons  inexpressifs et  codés  du  paléolithique à  travers  des figurines d'argile  cite,  mais  aussi  de  pierre et  de chaux  .   
Ces premières figurations humaines, étudiées  par  J.P.  Demoule , apparaissent  dans  un  espace  cohérent  et  homogène,  celui  du  Proche-Orient   ,  de  la  Méditerranée,  de  l'Europe, qui  évoluent  de  conserve tout  au long  de  ces   trente  millénaires.  L'auteur  retrace la naissance  et  l'évolution  de la figure  humaine aux  périodes  préhistoriques et protohistoriques, jusqu'à  l'apparition   de l'esthétique propre aux organisations  étatiques. Cette  histoire  globale  de la figure,  illustrée   par  les clichés   d'Erich  Lessing,  n'a sans doute  jamais  été racontée  sous  cette  forme  . "

(1) Question  sur  l'absence  de  représentation   autrement  que schématique : Abstraction ?  exception ? Superstition ? Dépréciation   de soi ?




Venus  de   Galgenberg
Découverte sur  un site  de   basse Autriche datant  de  l'aurignacien   (30 000 ans  bp environ  ) 7 cm 
Serait  la  plus ancienne représentation  humaine  connue.

Vénus  de     Grimaldi


Des  grottes de   Baoussé Roussé (Balzi Rossi Vintimille  Frontière  italienne : 6 cm


Venus de  Laussel  
Bas-relief  50 cm de  h  Dordogne 


Vénus  de Willendorf 

Gravettien   25 0000 environ  Provient  d'un  site  de plein  air  près  de  Krems en  basse  Autriche 


Venus  de Brassempuy 
La Dame à  la capuche   du  site de  Brassempuy  dans les landes  Gravettien   6cm environ 

Une représentation   extrèmement  rare  d'un visage   ,  rare  également  par   sa facture  gracile . On pourrait  émettre  l'hypothèse   que  cette  statuette   n' avait  pas  les  mêmes  fonctions  que  les  représentations  de  la féminité  dans  ses  caractères exagérés  de     fécondité  dont les  formes  seraient   à  interpreter  moins  comme une  représentation  de  la femme   mais comme des symboles  de   : Fécondité ?  Sexualité ? Continuité  ?  Role  de  gardienne  ? 


Les   grands thèmes du  Paleolithique  Figurations  animales  où  le cheval  est  associé  à  'lhomme et  le bison   à  la femme  


Cheval  du Mas  D'azil  Magdalenien 




Bison  du  site   de la  Madeleine  (Dordogne)
Magdalénien    vers 15 000 environ 10 cm 


L'humain  avant l'image  et  la naissance  du  symbolisme


Dès   qu'elles surgirent , femmes chevaux, lions, bisons, les  premières images humaines parlèrent  surtout  du  sexe  et de  la  mort. Et  ce  surgissement  parut  si  soudain , si  limité  aussi dans  l'espace, comme   si  le  génie  était  né d'un  seul coup , apportant  brusquement la  lumière au  fond  des crânes et  des cavernes   .
C'est  évidemment un  biais  de  notre  regard  moderne , ou  plutôt  trois. D'une part nous écrasons le  temps  et  ce  qui mit  des  millénaires, des  dizaines de  millénaires  à  se produire, et qui  n'est  toujours  pas  achevé, nous semble un  instant  . D'autre part  nous  isolons  sous  le  nom d'"art" un segment  restreint  et  variable des créations  des sociétés  humaines qui  n'était  certainement pas  perçu comme  tel.  Ce que  nous appelons  "art"  ne fut dans la Préhistoire  ,qu'un symptôme supplémentaire de  la complexification , progressive  et  en  partie aléatoire, du  psychisme  humain . Enfin  seules  les productions réalisées  dans les matériaux les plus durables, parois  rocheuses, objets de  pierre ou de terre cuite ont  pu  parvenir jusqu'à  nous et  souvent  au  gré  de hasards  successifs et  favorables   .
( Jean Paul  Demoule)

mercredi 19 septembre 2012

Musique au paléolithique



Musique des cavernes au Muséum d'histoire naturelle

Quelques trésors de l'art pariétal du paléolithique



Paléolithique  supérieur 

Entre Aurignacien  et  Gravettien  (environ   36  à  22000 ans bp)

La grotte  Chauvet : Vallée  de l'Ardèche (31 000 bp ~~)

Chevaux

Grande  fresque
Site :     Grotte Chauvet Jean  Clottes




 Gravettien 30 000  à 22 000 bp  et Solutréen 21 000 à  18 000 bp


Grotte  Cosquer  , calanques près de   Marseille   entre   27 000 et 19 000 bp

http://fr.wikipedia.org/wiki/Grotte_Cosquer



Magdalénien  environ  18 à 10 000 ans bp


Grotte  de Lascaux  entre   17 000 et 16 500 ans bp



http://fr.wikipedia.org/wiki/Grotte_de_Lascaux



Grotte d'Altamira Espagne  entre 15000 et 13 000 bp




samedi 15 septembre 2012

La musique universelle ....

 

 Ce qu'il  reste  de  cette  très belle  vidéo  qui  hélas a été, depuis, supprimée

(ouverture  de  la flûte  enchantée  , dans   la   mise  en  scène  d' Igmar   Bergman)


Il  nous faut  attendre   l'invention de  l'écriture  pour que  parviennent  jusqu'à   nous   les premières  notations  musicales  ....Et  si  peu  de  temps pour  atteindre  un  tel  aboutissement   et enchanter  l'homme  moderne  de  toutes les  latitudes   .

l'expédition du Kon Tiki




Thor Heyerdahl  1947 

Une hypothèse qui   à  l'époque  a soulevé beaucoup  de  controverses  . Le monde  scientifique  s'accorde  aujourd'hui   sur  la  forte improbabilité  du  peuplement  de  l'Amérique  du  Sud    par   la traversée  du Pacifique  mais  bien plus tôt  par  le  Nord  à  la  faveur  des  glaciations  .
Cependant   dans son livre  Pascal  Picq  avance  que  le cabotage   était  déjà  pratiqué  il  y  a  110 000 ans et  à  priori   même  des  expériences  en  haute  mer   . Aventure,  pénurie  alimentaire  ,  naufrage,  accident ?  il  a  fallu que des " hominidés" contemporains  de  Neanderthal,  franchisssent  des  détroits   larges de   80 km.  

"  Qu'est-ce  qui  poussent   des hommes   à franchir  l'horizon  des mers  et  avec  quels  types  d'embarcations ?
 Celà  fait plus de   110 000 ans que des  Homo sapiens se  déplacent par  cabottage  le  long des  côtes d'Afrique.  Ils  traversent  la  mer   de  Timore  pour atteindre  l'Australie   -et celà  à  plusieurs  reprises - depuis au  moins   50 000 ans. C'est  de la navigation  hauturière car  cette mer  ne fait  pas   moins  de   80 km   de largeur , même  au cours des périodes  glaciaires. " (Au commencemnet était l'homme  p. 183)

jeudi 13 septembre 2012

Hommage à Charles Darwin :Creation (Soundtrack) - 14 Humiliy And Love

La grande aventure humaine : Etape I

Si  l'objectif  poursuivi   est   bien  l'évolution  de  l'art  dans la  grande  Aventure  humaine    au travers  de   "la  représentation  de l'humain  et  la  représentation  du  sacré" (Ecole  du  Louvre   session   2012 ),  il   est   précieux d'aborder  le  sujet par  une   révision de  nos  connaissances , modestes  pour  ce  qui  me  concerne,   et  l'actualisation  des   théories,    savantes mais  aussi  variées   pour  ce  qui  est  de  nos  experts  en ces  domaines   .
 Ma première   approche  est  avec  Pascal  Picq dont  l'érudition  ne se   départit  jamais  de  l'humour ,  une manière  bien agréable  de   nous  faire   "effleurer" sans nous décourager ,  des  disciplines  ardues  aux  noms  rébarbatifs  en nous  laissant le  choix  d'un  approfondissement  qui  demanderait  un  engagement  en spécialisation sur  le  long  terme   ou le  survol  en dilettante tout comme moi   pour tenter de  ne   retenir  que  l'essentiel  .


La planète  des singes  

Une  manière  abrupte   de  situer  le  débat  :  l'homme  est un  singe

  Pascal  Picq /Kafka /Pierre  Boulle/ Charlton  Heston 







L'homme  est  un singe  



Après  avoir  éliminé   la   bipédie , le  langage  , la taille  du  cerveau ,  les outils  comme  critéres  exclusifs  et  distinctifs   pour  séparer  le  singe  de  l'homme   , le  goût pour  le   politique ne    pourrait -il   être retenu   comme  facteur  déterminant  ?? 

Pascal Picq - L'homme est-il un grand singe politique ?





Partant  de cette   hypothèse    audacieuse   ,  l'histoire   contée  par   Pierre   Boole   et   son adaptation  cinematographique   de   1967-1968 peut  être   regardée  avec  un certain  sérieux    bien  qu'elle   pêche  par   un  regard   en  miroir bien  trop simpliste .         




La nouvelle  de  Kafka  qui   inspira   Pierre  Boulle  


Franz Kafka
Rapport pour une académie
Éminents Académiciens,
Vous me faites l’honneur de me demander de fournir à l’Académie un rapport sur mon passé simien.
Je ne saurais malheureusement déférer à cette invitation telle que vous la formulez. Je suis séparé de ma vie de singe par près de cinq années, un temps peut-être très court sur le calendrier, mais qui est infiniment long quand on le passe à galoper comme je l’ai fait par-ci par-là, accompagné d’hommes excellents, de conseils, d’applaudissements, de musique d’orchestre, seul au fond car ma compagnie, pour ne rien perdre du tableau, se tenait loin de la barrière. Mes exploits n’auraient pas été possibles, si j’avais voulu m’opiniâtrer à songer à mes origines et à mes souvenirs de jeunesse. Le premier des commandements que je m’étais dictés était justement de renoncer à toute espèce d’entêtement ; moi, singe libre, je m’imposais un joug. En revanche mes souvenirs s’effacèrent de plus en plus. Au début j’aurais pu encore revenir si les hommes l’avaient voulu, par la grande porte que le ciel forme au-dessus de la terre, mais elle devenait de plus en plus basse et de plus en plus étroite à mesure que mon évolution avançait, activement stimulée ; je me sentais mieux, plus encadré dans le monde des hommes ; la tempête qui soufflait de mon passé s’apaisa ; aujourd’hui ce n’est plus qu’un courant d’air qui me rafraîchit les talons, et le trou de l’horizon par où il vient, et par lequel je suis venu un jour, est devenu si petit que je m’arracherais la peau du corps à le traverser, en admettant que j’eusse encore assez de force et de volonté pour y retourner. Franchement parlé - si volontiers que j’use d`images pour ces choses - franchement parlé : votre vie de singes, messieurs, si vous avez déjà vécu une existence de ce genre, ne peut pas être plus loin de vous que la mienne ne l’est de moi. Mais elle démange aux talons tous ceux qui marchent sur cette terre ; le petit chimpanzé comme le grand Achille. Cependant, en un sens extrêmement étroit, je puis peut-être répondre à votre invitation, je le fais même avec grand plaisir. La première chose qu’on m’a apprise a été la poignée de main ; la poignée de main est un geste de franchise ; puisse donc, en ce jour où je me trouve au sommet de ma carrière, la franchise de ma parole accompagner cette première poignée de main. Cette franchise n’apportera à votre Académie rien d’essentiellement nouveau, mes paroles resteront bien loin de ce qu’on m’a demandé et de ce que je ne saurais dire malgré ma meilleure volonté ; elles montreront tout de même la direction par laquelle un ancien singe a pénétré dans le monde des hommes et comment il s’y est fixé. Pourtant je ne pourrais même pas dire le peu qui suivra si je n’étais complètement sûr de moi et si ma position ne s’était consolidée sur toutes les scènes de cabaret de l’univers civilisé jusqu’à ne plus pouvoir être ébranlée :
Je suis originaire de la Côte de l’Or. Comment y fus-je capturé ? Sur ce point j’en suis réduit au témoignage des autres. Une troupe de chasseurs de la maison Hagenbeck - avec le chef de laquelle j’ai vidé d’ailleurs depuis mainte bonne bouteille -, une troupe de chasseurs se tenait à l’affût dans les taillis du rivage un soir où j’allais boire au milieu de ma bande. On tira, je fus le seul touché ; je reçus deux balles. L’une à la joue ; blessure sans gravité ; elle m’a laissé tout de même une grande cicatrice rouge sans un poil qui m’a valu le surnom de Peter le Rouge - surnom répugnant, parfaitement immérité et inventé par un vrai singe - comme si je ne me distinguais que par cette tache rouge de ma joue de Peter le singe savant qui a crevé dernièrement et qui jouissait par-ci par-là d’une réputation locale. Ceci entre parenthèses.
La seconde balle m’atteignit au-dessous de la hanche. Blessure grave, c’est à cause d’elle que je boite encore un peu. J’ai lu dernièrement dans l’article d’un des dix mille chiens qui se déchaînent à ma poursuite dans les journaux, que ma nature de singe n’était pas encore complètement étouffée ; et que la meilleure preuve en était que, lorsqu’il me vient des visites, j’ai l’habitude de retirer mon pantalon pour montrer le trou de ma balle. Je voudrais qu’on fasse sauter un par un à ce bonhomme chacun des doigts de la main qui a écrit cela. Quant à moi j’ai le droit d’ôter mon pantalon devant qui bon me semble ; on ne trouvera jamais qu’une fourrure soignée et la cicatrice d’un coup criminel. Tout se montre là au grand jour, il n’y a rien à cacher ; quand il s’agit de vérité, les plus hautains laissent le protocole en plan. Si le scribe en question ôtait son pantalon quand il lui vient une visite, le tableau serait évidemment tout différent et j’admets fort bien que la raison lui interdise ce geste. Mais alors qu’il me fiche la paix avec son tact.
Après ces coups je me réveillai - et c’est ici que vont commencer mes propres souvenirs - dans une cage de l’entrepont du vapeur de Hagenbeck. Ce n’était pas une cage à quatre grilles ; on s’était contenté d’adapter des barreaux sur trois côtés d’une caisse ; la caisse elle-même formait donc la quatrième paroi. C’était trop bas pour s’y tenir debout et trop étroit pour s’y asseoir. Je restais donc accroupi là-dedans, les genoux rentrés et constamment tremblants, tourné du côté de la caisse, avec les barreaux de la grille qui me coupaient la peau du dos, car au début je ne voulais voir personne et je tenais à rester dans le noir. On estime ce genre d’encagement avantageux en général avec les animaux sauvages dans les tout premiers temps, et je ne saurais nier aujourd’hui, après l’expérience que j’ai faite, que ce ne soit effectivement exact au sens humain.
Mais, alors, je n’y pensais pas. Pour la première fois de ma vie je me trouvais dans une situation sans issue ; en tout cas, s’il y en avait une, elle n’était pas devant moi ; devant moi c’était la caisse, et ses planches étaient solidement jointes. Une fente, à la vérité, la traversait d’un bout à l’autre, et lorsque je la découvris je la saluai du cri heureux de la candeur ; mais elle ne suffisait même pas pour passer la queue et je ne pouvais l’élargir malgré toutes mes forces de singe.
D’après ce qu’on m’a dit plus tard je devais faire extrêmement peu de bruit, d’où l’on concluait que je ne tarderais pas à trépasser ou que, si je dépassais la période critique, je me prêterais parfaitement au dressage. Je survécus. Sangloter sourdement, chercher péniblement mes puces, lécher avec lassitude une noix de coco, taper sur la paroi de la caisse avec le crâne et tirer la langue quand on m’approchait, telles furent les premières occupations de ma nouvelle existence. Mais, au milieu de tout cela, un seul sentiment : pas d’issue. Je ne saurais naturellement reproduire aujourd’hui avec des mots humains ce que je sentais alors en singe et je le déforme forcément, mais, bien que je ne puisse plus retrouver la vérité simienne d’autrefois, mon récit n’en indique pas moins la véritable direction dans laquelle il faut la chercher, c’est une chose qui ne fait pas de doute.
J’avais eu tant d’issues jusqu’alors ! Je n’en avais plus aucune. J’étais pris. Si l’on m’eût cloué, ma liberté domiciliaire n’en aurait pas été réduite. Et pourquoi ? Gratte-toi jusqu’au sang entre les orteils, tu n’en trouveras pas la raison. Enfonce-toi le barreau dans le dos jusqu’à ce qu’il te coupe presque en deux, tu ne trouveras rien de plus. Je n’avais pas d’issue, et il m’en fallait une, je ne pouvais vivre sans issue. Toujours contre cette cloison de caisse - j’en serais crevé. Mais les singes d’Hagenbeck sont faits pour être mis contre des cloisons de caisse... Eh bien, je cesserais d’être un singe ! Belle pensée, raisonnement lumineux qui a dû se former je ne sais comment au fond de mon ventre, car les singes pensent avec le ventre.
J’ai peur que l’on ne comprenne pas bien ce que j’entends par issue. J’emploie le mot dans son sens courant et dans toute son amplitude. J’évite intentionnellement de parler de liberté. Ce n’est pas ce grand sentiment de la liberté dans tous les sens auquel je songe. Comme singe je le connaissais peut-être, et j’ai vu des hommes qui en éprouvent le désir. Mais, en ce qui me concerne, je n’ai jamais réclamé ni ne réclame la liberté. Avec la liberté, je le dis en passant, on se trompe trop souvent entre hommes. Comme la liberté compte au nombre des plus sublimes sentiments, la duperie qui y correspond passe pour sublime elle aussi. J’ai souvent vu, dans des music-halls, avant mon propre numéro, des artistes travailler à des trapèzes volants. Ils s’élançaient, se balançaient, sautaient, volaient dans les bras l’un de l’autre, et l’un des deux portait son compagnon par les cheveux avec les dents. « Cela aussi, c’est la liberté humaine, pensais-je, c’est le mouvement souverain. » O dérision de la sainte nature ! Nul bâtiment ne pourrait tenir sous le rire de la gent simienne en présence de ce tableau.
Non, ce n’était pas la liberté que je voulais. Une simple issue ; à droite, à gauche, où que ce fût ; je n’avais pas d’autre exigence, même si l’issue devait être elle-même duperie ; mon exigence était petite, la duperie ne serait pas plus grande qu’elle. Avancer, avancer ! Surtout ne pas rester sur place, les bras levés, collé contre une paroi de caisse.
Aujourd’hui, je vois clairement que sans le plus grand calme intérieur je n’aurais jamais pu échapper. Et, de fait, tout ce que je suis devenu je le dois peut-être au calme qui s’empara de moi là-bas, dans le bateau, une fois les premiers jours passés. Et ce calme, ce fut sans doute aux gens du bateau que je le dus.
Ce sont de braves gens malgré tout. Je me souviens encore volontiers aujourd’hui du bruit pesant de leurs pas qui résonnait alors dans mon demi-sommeil. Ils avaient l’habitude de tout faire très lentement. Quand ils voulaient se frotter les yeux ils levaient la main comme un sac de sable. Leurs plaisanteries étaient grossières, mais cordiales. Leur rire se compliquait toujours d’une toux qui sonnait dangereux, mais qui n’avait pas de signification. Ils avaient toujours dans la bouche quelque chose à cracher et il leur était indifférent de savoir où le crachat tombait. Ils se plaignaient toujours que mes puces sautaient sur eux, mais ils ne m’en voulaient jamais sérieusement ; ils savaient que les puces prospéraient dans mon poil et que les puces ont besoin de sauter, ils s’en arrangeaient ainsi. Quand ils n’étaient pas de service ils s’asseyaient parfois en demi-cercle autour de moi, ils ne parlaient pas, ils s’envoyaient simplement les uns aux autres de sourds raclements de gorge ; fumaient la pipe, étendus sur des caisses ; se tapaient sur le genou au moindre de mes mouvements ; de temps en temps l’un d’eux saisissait un bâton et me chatouillait là où j’aimais. Si l’on m’invitait aujourd’hui à faire un voyage sur ce bateau je déclinerais certainement l’invitation, mais il n’en est pas moins certain qu’il n’y aurait pas que de mauvais souvenirs pour me hanter dans l’entrepont.
La paix que j’acquis au milieu de ces gens me retint surtout de chercher à fuir. Il me semble, à voir les choses avec mes yeux d’aujourd’hui, que j’avais au moins pressenti que je devrais trouver une issue si je voulais vivre, mais que cette issue ne pourrait pas être dans la fuite. Je ne sais plus si la fuite était possible, mais je le crois, la fuite doit toujours être possible à un singe. Avec mes dents d’aujourd’hui je suis obligé d’être prudent pour casser une simple noix, mais à cette époque j’aurais forcément réussi avec le temps à couper à coups de dents la serrure de ma porte. Je ne le fis pas. Qu’y eussé-je gagné ? A peine aurais-je sorti la tête qu’on m’aurait repris et enfermé dans une cage encore pire ; à moins que je ne me fusse enfui sans être vu chez d’autres animaux, comme les serpents boas d’en face qui m’eussent donné la mort dans leurs embrassements ; peut-être aussi aurais-je pu réussir à me sauver jusque sur le pont et à sauter, par-dessus bord, auquel cas je me serais balancé un moment sur l’océan et me serais noyé. Actes de désespoir. Je ne raisonnais pas aussi humainement, mais sous l’influence de mon entourage je me comportais comme si j’eusse raisonné.
Si je ne raisonnais pas, j’observais tranquillement. Je voyais ces hommes aller et venir avec toujours le même visage, avec toujours les mêmes mouvements, il me semblait souvent qu’il n’y en avait qu’un. Cet homme ou ces hommes se mouvaient donc librement. Je commençai à voir poindre un grand but. Personne ne me promettait que la grille s’ouvrirait si je devenais comme eux ; on ne promet rien en échange de réalisations qui semblent impossibles ; mais, les réalisations opérées, les promesses apparaissent après coup juste là où on les avait cherchées en vain. Ces gens n’avaient rien en eux-mêmes qui me séduisît vivement. Si j’avais été partisan de la fameuse liberté dont nous parlions, j’aurais certainement préféré l’océan à l’issue qui se faisait voir dans le trouble regard de ces hommes. Je les avais observés bien longtemps avant de penser à ces choses, ce furent même ces observations répétées qui me poussèrent dans la direction que j’adoptai.
Il était si facile d’imiter les gens et je savais déjà cracher depuis les premiers jours. Nous nous crachions réciproquement à la figure ; la seule différence était que je me débarbouillais ensuite en me léchant alors qu’ils ne le faisaient pas. Je ne tardai pas à fumer la pipe comme un ancien ; si par surcroît je plantais le pouce dans le fourneau tout l’entrepont était en liesse, je ne mis longtemps que pour apprendre à distinguer une pipe bourrée d’une pipe vide.
Ce fut la bouteille de schnaps qui me donna le plus de mal. Son odeur me martyrisait, je me faisais une horrible violence ; mais il s’écoula des semaines avant que je pusse me dominer. Fait curieux, les gens prenaient ces luttes morales plus sérieusement que toutes les autres distractions que je leur offrais. Je ne distingue pas entre ces hommes, même dans mon souvenir, mais il y en avait un qui revenait toujours, seul ou avec des camarades, de jour, de nuit, et aux heures les plus diverses, s’installait avec la bouteille en face de moi et me donnait une leçon. Il ne me comprenait pas, il voulait résoudre l’énigme de mon être. Il débouchait lentement la bouteille et me regardait ensuite pour voir si j’avais compris ; j’avoue que je le regardais toujours avec une attention passionnée ; et vorace ; nul professeur d’hommes ne trouvera jamais pareil élève-homme sur tout le globe ; quand la bouteille était débouchée il la levait dans la direction de sa bouche ; moi, de la suivre du regard jusque dans le fond du gosier ; content de moi, il fait un signe de la tête et porte la bouteille à ses lèvres ; moi, ravi de comprendre alors petit à petit, je me gratte en couinant, et en long et en large, où le hasard mène ma main ; il est content, tète le goulot et boit une gorgée ; moi, désespérément impatient de l’imiter, je me souille dans ma cage ; ce qui lui cause de nouveau une grande satisfaction, et alors, éloignant la bouteille d’un grand geste et la ramenant d’un mouvement rapide et vigoureux, il la vide d’un seul coup, en se renversant en arrière d’une façon exagérément instructive. Moi, épuisé par l’excès de mon désir, je ne peux plus suivre et je reste pendu faiblement à ma grille pendant qu’il termine mon instruction théorique en se frottant le ventre avec une grimace de plaisir.
C’est alors seulement que commencent les exercices pratiques. Ne suis-je pas déjà trop épuisé par la théorie ? Si, sans doute, bien trop épuisé. C’est dans mon destin. Cependant, j’attrape du mieux que je peux la bouteille qu’il me tend ; la débouche en tremblant, le succès me procure insensiblement de nouvelles forces ; je lève la bouteille, je ne me distingue déjà presque plus de mon modèle ; j’embouche le litre et... je le rejette avec horreur, avec dégoût bien qu’il soit vide et que le parfum seul l’emplisse maintenant, je le rejette avec dégoût sur le sol. Au grand deuil de mon professeur, au plus grand deuil encore de moi-même ; je ne me réhabilite ni à ses yeux ni aux miens du fait qu’après avoir jeté la bouteille je me caresse parfaitement le ventre en faisant une grimace de plaisir.
La leçon ne s’écoulait que trop souvent ainsi. Et je dois dire à l’honneur de mon maître qu’il ne m’en voulait pas ; il me tenait bien quelquefois sa pipe allumée contre le poil jusqu’à faire roussir ma toilette en quelque endroit difficile à atteindre, mais il éteignait tout de suite de sa bonne main gigantesque ; il ne m’en voulait pas, il reconnaissait que nous combattions tous deux du même côté contre la nature simienne et que c’était moi qui avais le lot le plus dur.
Mais quelle victoire, et pour lui et pour moi, lorsqu’un soir, devant un grand cercle de spectateurs - il y avait peut-être fête, un gramophone jouait, un officier se promenait entre les hommes - lorsqu’un soir, dis-je, où l’on ne m’observait pas, je saisis une bouteille de schnaps oubliée par inadvertance devant ma cage, la débouchai selon tous les principes aux yeux de la société dont l’attention s’éveilla, la portai à mes lèvres et, sans hésitation, sans une seule grimace, en véritable professionnel, roulant des yeux ronds et le gosier tremblotant, je la vidai réellement, littéralement, et la jetai, non plus en désespéré, mais en artiste ; j’oubliai bien de me caresser le ventre, mais en revanche, parce que la chose s’imposait, parce que c’était un besoin, parce que mes sens étaient ivres, bref pour une raison ou une autre, je poussai un « hallo ! » humain, entrai d’un bond par cette exclamation dans la communauté des hommes, et l’écho qu’elle me renvoya : « écoutez ! il parle ! » se répandit comme un baiser sur mon corps ruisselant de sueur.
Je le répète : je n’étais pas séduit par l’idée d’imiter les hommes ; j’imitais parce que je cherchais une issue et non pour quelque autre raison. Cette victoire ne m’avançait d’ailleurs pas encore à grand-chose ; la voix me manqua aussitôt ; je ne la retrouvai qu’après des mois ; ma répulsion pour la bouteille de schnaps me revint même avec plus de force. Mais la direction m’était donnée une fois pour toutes.
Quand je fus remis à Hambourg à mon premier dresseur, je ne tardai pas à reconnaître les deux possibilités qui s’ouvraient à moi : jardin zoologique ou music-hall. Je n’hésitai pas. Je me dis : essaie de toutes tes forces d’aller au music-hall ; c’est là l’issue, le jardin zoologique n’est qu’une nouvelle cage grillée ; si tu y vas tu es perdu.
Et j’appris, messieurs. Ah ! comme on apprend quand il faut, comme on apprend quand on veut une issue ! on apprend sans égard pour rien ! On se surveille soi-même du fouet ; on se déchire à la moindre résistance. Ma nature simienne s’échappait de moi grand train, elle filait la tête la première en culbutant, si bien que mon premier professeur en devint lui-même simiesque et dut bientôt renoncer aux leçons pour entrer dans un asile. Heureusement, il ne tarda pas à en sortir.
Mais je consommai beaucoup de professeurs et même plusieurs à la fois. Quand mes capacités se furent un peu affirmées, que le public se mit à suivre mes progrès et que mon avenir commença de s’éclairer, je retins moi-même mes maîtres, les installai en enfilade dans cinq pièces différentes et pris mes leçons avec tous en même temps en bondissant sans arrêt d’une pièce à l’autre.
Ah ! ces progrès ! Cette pénétration du savoir dont les rayons viennent de tous côtés illuminer le cerveau qui s’éveille ! Je ne le nie pas : j’en faisais mon bonheur. Mais, je l’avoue aussi, je ne me surfaisais rien, même pas à cette époque, et combien moins maintenant ! Par un effort qui ne s’est pas encore renouvelé sur terre j’ai acquis la culture moyenne d’un Européen. Ce ne serait pas grand-chose en soi ; c’était cependant un progrès en ce sens que cela m’aida à sortir de la cage et me procura cette issue-là, cette issue d’homme. Vous connaissez tous l’expression : « prendre la poudre d’escampette », c’est ce que j’ai fait, je me suis esquivé, je n’avais pas d’autre solution puisque nous avons écarté celle de la liberté.
Quand je jette un regard sur mon évolution et sur le but qu’elle a poursuivi jusqu’ici, je ne me plains ni ne me réjouis. Les mains dans les poches, la bouteille sur la table, je me tiens à demi couché, à demi assis dans le rocking-chair et je regarde par la fenêtre. Une visite m’arrive-t-elle, je la reçois comme il se doit. Mon impresario se tient dans l’antichambre ; quand je sonne il vient et écoute ce que j’ai à dire. Le soir, il y a presque toujours représentation et mes succès ne peuvent sans doute plus être dépassés. Quand je reviens à une heure avancée de banquets, de sociétés savantes ou d’un tête-à-tête agréable, une demoiselle chimpanzés à demi dressée m’attend chez moi et je m’abandonne avec elle aux plaisirs de notre race. Le jour, je ne veux pas la voir ; elle montre en effet dans ses yeux l’égarement de la bête dressée ; je suis seul à le remarquer et je ne peux pas le supporter.
Dans l’ensemble, je suis arrivé à ce que je voulais obtenir. Qu’on ne dise pas que ce n’était pas la peine. D’ailleurs, je ne veux pas du jugement des hommes, je ne cherche qu’à propager des connaissances, je me contente de relater, même avec vous, Éminents Messieurs de l’Académie, je me suis contenté de relater.
Publié le mardi 17 Juin 2008