vendredi 30 septembre 2011

Loin , très loin au nord ...

Mari  Boine

Le Kalevala 
Elias Lönnrot

Chant  VII 
(Dans la   1ère  traduction   en  vers  de Jean  Louis  Perret )

[...]
Un aigle s'envola du  nord
Il  n'était vraiment pas  très grand,
Ni  petit  parmi  les petits :
Son aile  effleurait les nuages, 
L'autre  aile  balayait  les  flots
Sa queue  s'attardait sur la mer,
Son  bec  frôlait les longs  écueils.
L'aigle volait  d'un  vol  plané,
Observait  la  terre  sous lui;
Il vit le vieux  Väinämöinen
Au sein des  flots de la mer  bleue :
"Homme que  fais-tu  dans la  mer  ,
Héros  à  la merci  des vagues ?"
Le ferme   et  vieux Väinämöinen
Répondit  de  cette  façon:
"Voici  pourquoi  je suis dans l'eau,
Héros  à  la merci  des  vagues :
Je me rendais  à Pohjola
Chercher une  vierge pour  femme;
Je voyageais à  bonne allure
Sur  les  flots de la mer sans  glace ;
Alors, au bout de quelques jours,
Une certaine matinée,
Je  parvins jusqu'à  Luotola,
Sur le  fleuve de Jukola
Mon cheval  fut tué sous moi,
Mais  c'était moi  que l'on visait.
"Alors j'ai roulé dans les ondes,
Des  doigts me  retournant dans l'eau,
Pour  être  bercé par le vent 
Ballotté par les grosses vagues.
"Le vent  souffla  du  nord-ouest
De  l'est  surgit  un  ouragan
Qui  très longtemps me  transporta 
Loin  de le  terre  vers le  large ;
Pendant  bien  des jours  j'ai  guetté
Pendant  bien  des jours j'ai  nagé
Au-dessus  des  vastes  abîmes
Au sein  des ondes infinies
Et j'ignore complètement
Je ne peux  vraiment  deviner
Quelle mort  va fondre  sur  moi
 Quel  trépas viendra  le premier :
L'épuisement par la  famine,
La disparition sous l'eau."
L'aigle, l'oiseau  de l'air  parla:
"Ne  cède point  au désespoir,
Viens prendre place sur mon dos
Grimpe  vite   au  bout  de mon aile,
Je te sortirai  de la  mer
Pour  te mener  où  tu  voudras;
Je  me souviens  d'un  autre jour
Me  rappelle  des temps meilleurs,
Quand  tu  défrichais   Kaleva,
Abattais  les bois d'Osmola :
Tu laissas  croître le  bouleau,
Prospérer  cet arbre  superbe
Pour le repos des oisillons,
Pour que je  vienne  m'y  percher."
     Alors  le  vieux Väinämöinen
Souleva  promptement la tête,
Le héros  sortit  de la  mer,
L'homme  se  délivra des vagues,
S'installa  vite sur les ailes,
Au  bout des pennes  du  bel  aigle.
Alors l'aigle, l'oiseau de l'air
Porta le  vieux Väinämöinen
le  long de la route des  vents
Sur le chemin du   fort  norois
Au fond  de l'obscur  Pohjola,
Dans le  sinistre   Sariola;
Il  y déposa le  héros,
Lui-même  s'éleva dans l'air
Là-bas, Väinämöinen pleura
Il  pleura  puis il  sanglota
Sur le  rivage de la mer
Dans l'endroit  au  nom inconnu,
Le flanc   meurtri  de  mille  plaies
De cents  coups donnés par le  vent,
La  barbe bien  mal arrangée.
Les  cheveux  tout  embroussaillés.
Deux nuits , trois  nuits il sanglota,
Et  pendant  tout  autant  de  jours ;
Il ne savait quel  chemin  prendre
Ignorait,  étranger, que faire
Pour retourner  dans son logis
Pour regarder  les champs connus,
Sa résidence précédente
La courte  serve de  Pohja
La domestique  aux cheveux blonds,
Avait  un  pacte avec la  lune,
Un  accord  avec le  soleil
[...]


Prevert ,Mouloudji "Un jour je m'en irai ......"


 

Mouloudji - Un Jour Je M'en Irai - Poème de Jacques Prévert

 Un  jour je m'en irai sur un bateau   tout  blanc

Aux  iles  sous le vent   , au  pays des enfants..

jeudi 29 septembre 2011

Hymnes à la nuit de Novalis


Friedrich  : Nuit de  lune  avec bateaux sur la Baltique
Hymnes à  la  nuit  
de  Novalis  

III

"[...... ] Souvenirs et regrets confluèrent  dans un  monde nouveau,  insondable. C'est ainsi  que tu me  subjuguas,  ô extase  de la Nuit, endormissement  du  ciel. Le site  se souleva doucement, et mon  esprit planait au-dessus, délivré  par une nouvelle aisance.  Le tertre  funéraire devint  nuage de poussière - à travers le  poudroiement, je vis les traits  transfigurés de la  Bien-Aimèe. Léternité reposait  dans   ses  yeux.  Je lui  pris les mains, et nos larmes formèrent  un  lien  étincelant, indissoluble. Des  millénaires passèrent, s'éloignant  comme une suite d'orages. A son cou, je versais  des pleurs  délicieux devant  cette  vie  neuve. Ce  fut  le premier, l'unique rêve,  et c'est depuis lors  que j'éprouve une foi  éternelle, inébranlable,  en  le  firmament  de la  Nuit et sa  clarté qui  l'illumine, la  Bien-Aimée..

mardi 27 septembre 2011

L'univers de Corot (dessins)

Par  Léonard Saint  Michel

Portrait de  femme   mine de plomb






Jeune garçon

dimanche 25 septembre 2011

Les femmes de Corot

La moissonneuse à la faucille


De  son  vivant ,  Corot n'a  pratiquement   exposé  aucune  de ses  "figures"  . Delacroix et  Baudelaire, grands admirateurs  de  Corot   ne les auraient  donc pas vues dans les Salons   !! .... Qu'auraient-ils dit  de  la modernité  et de la présence  mélancolique  de  ces images féminines ...
Jeune femme à la mandoline

Jeune femme assise

La belle  gasconne

Haydé
La femme  à la perle

La lettre  ou la lecture interrompue


La dame en bleue  , dernier portrait  de  Corot


 La Dame en bleu
"Appartenant  à  ce que l'on pourrait appeler le cycle des   "Madame  Bovary" ou  des bourgeoises  , que peint   Corot  dans les dernières années de sa vie de 1865 à 1875, la dame en  bleu s'inscrit  dans la série  des  figures solitaires  et pensives inauguré  en  1826 avec l'italienne mélancolique suivie  vers  1835 de l'émouvante  Femme à la  poitrine  dévoilée, tableaux  emblématiques d'un  thème d'inspiration revenant  comme  un  Leitmotiv dans toute l'oeuvre du peintre. D'une force d'expression et  d'une acuité psychologique encore peu  communes dans le portrait  à l'époque, cette toile  (de ce petit format  qu'affectionnait le peintre) apparait comme un  testament.
Loin de tous les poncifs et  de toutes  les conventions  dans lesquels  le genre restera  longtemps empêtré au   XIXème s,  la Dame en bleu, ultime portrait  de  l'artiste  , témoigne  ,tant par la liberté de la facture  (empâtements  et  larges coups de  brosse)  que par l'émotion  qui  s'en dégage , de l'extraordinaire modernité de  Corot.  On  y voit le talent  du  génial portraitiste que  fut  ce   "miracle  du  coeur et de l'esprit  "(Baudelaire) sachant  comme personne  faire effleurer  sur un visage  les pensées  secrètes et l'intériorité d'un  personnage.  (Même si  celui-ci  reste  anonyme .." (Stephanie  Dulout pour Muséart )

vendredi 23 septembre 2011

L'arbre de Lumière ...

Après  l'arbre  rouge , voici l'Arbre  d'or  :

Alors  Palùrien  se  leva  et  dit  aux  dieux :
"Recueillez maintenant la  lumière  qui  goutte  en  forme liquide de ce bel  arbre et  entreposez-la  dans  Silidrin , et ne lui  permettez  de la quitter  qu'avec frugalité. Voici,  cet  arbre   ,  lorsque  les  douze heures  de  sa pleine  lumière  seront   passées, décroîtra  à nouveau, et  à ce  moment la lumière  de  Laurelin éclatera à nouveau;  mais  pour  qu'il ne  puisse  s'épuiser, arrosez-le  encore  et toujours   à  partir  du  chaudron  de  Kukullin à l'heure  où   Silpion  s'affaiblit, mais à  Silpion  vous  ferez de même,  versant   à  nouveau  la  lumière  recueillie de  la  profonde   Silidrin  à  chaque  décroissance  de l'arbre  d'or.
La lumière  est la  sève de ces  arbres et  leur   sève  est la  lumière !"

Et  avec  ces mots  elle  signifiait que  bien  que  ces  arbres dussent  être   arrosés  de lumière pour  avoir  de la  sève et  vivre, pourtant  de par leur  croissance et leur   être, ils fabriquaient  sans   cesse  de la lumière en  grande  abondance encore par-dessus  et  au-delà de ce que leurs   racines  aspiraient;  mais les  dieux ouirent  sa  commande et Vana fit que  l'une  de ses demoiselles,  Urwen  elle-même,s'occupât  de cette  tâche d'arroser  Laurelin , tandis  que  Lorien ordonna  à  Silmo ,  un  jeune homme  qu'il  aimait, d'être  toujours  attentif  au  rafraîchissement de  Silpion. C'est  pourquoi  il  est  dit   qu'à chaque  arrosage des  arbres, il  y eût  un  merveilleux  crépuscule d'or  et  d'argent et  de  grande  beauté de  lumières  mêlées avant  que  l'un  des  arbres ne pâlit  tout  à  fait ou que l'autre  n'arrivât  à  sa pleine gloire....

J.R.R. Tolkien , La  venue  des  Valar  et la  construction  de Valinor   du  Livre  des   Contes  perdus  

IF...Kipling

IF    Par  Bernard  Lavilliers

Tu seras  un homme  mon  fils 
 
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir,
Si tu peux être amant sans être fou d’amour ;
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et , te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,
Sans mentir toi-même d’un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser, sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront ;
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui  vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un Homme, mon fils.
Rudyard KIPLING( traduction  d'André  Maurois)

 IF,
If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you;
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too:
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise;
If you can dream—and not make dreams your master;
If you can think—and not make thoughts your aim,
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same:
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build ’em up with worn-out tools;
If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss:
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: "Hold on!"
If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings—nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much:
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds’ worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And—which is more—you’ll be a Man, my son!

Plaisir d'amour ...


Les sanglots longs des violons ... Verlaine

L'arbre  rouge (2007)
Chanson d'automne

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur  
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

(Verlaine   poèmes  saturniens )

mardi 20 septembre 2011

Baudelaire et Gustave Moreau

Quel  plaisir  donc  d'associer  ce   poème   à l'aquarelle  de  Gustave  Moreau  "Le soir et la douleur"
La voix ici,    est  celle de Daniel  Mesguish  .  Comme  j'aime  cette manière   d'appuyer  sur  le  dernier  vers !




 

 
Recueillement

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.


Charles Baudelaire, Les fleurs du mal (les  Nouvelles  fleurs  du  mal 1868)

Grieg - Holberg Suite, Op. 40 -

Un  plaisir en continu  ..Merci ...

Prelude  1/5

 Grieg - Holberg Suite, Op. 40 - Part 2/5 Sarabande

 3/5 Gavotte

 
Air Part 4/5

5/5 Rigaudon

Gustave Moreau

Gustave  Moreau  par  Edgar  Degas

Maison Gustave Moreau :La chambre 

Musée National Gustave Moreau à Paris

La fée  aux griffons  (détail)





Les  chimères

Les chimères  (détail )

 Magie  du  Détail  !!

Les Licornes

)
Les licornes (détail

Voix  du  soir
Le soir  et la  douleur

 Aquarelle    qyui  s'inspire  du   poème  de  Baudelaire  "Recueillement " :
  Sois  sage  ô  ma douleur ,et  tiens -toi plus tranquille  
Tu réclamais   le soir :  il  descend ; le voici ...
Villa  borghèse

lundi 19 septembre 2011

Petrarque et Lamartine



Petrarque   vu par  Lamartine 
(Posface de  l'Edition  Orphée:  La vertu  et la  grâce)

""...Aucun hommage cependant   n'a été  mieux marqué , aucune  filiation spirituelle plus  affirmée que  celle  de Lamartine...."

Pétrarque  : son  amour , ses livres  et  ses   vers 


"Il y a deux amours : l'amour  des sens  et l'amour  des âmes.  Tous les dux  sont dans l'ordre de la  nature,  puisque la perpétuité de la race  humaine a été attachée à cet  instinct dans les  êtres  vulgaires et à ce  sentiment  dans les êtres d'élite. En cherchant bien  la  différence esssentielle   qui  existe entre  l'amour  des sens  et l'amour  des âmes,  on  arrive  à  conclure  ceci :  C'est  que l'amour des sens à pour mobile et pour  objet le plaisir, et  que l'amour  des âmes  a pour  mobile et  pour   objet la passion  du  beau;  ainsi le premier n'inspire-t-il que  des  désirs  ou  des appétits, et le  second  inspire-t-il   des admirations, des enthousiasmes et pour  ainsi  dire des cultes. Il  y a  plus,  l'amour  des sens inspire souvent  des  vices  et  des  crimes, l'amour  des  âmes  inspire  souvent  des chefs-d'oeuvres et des  vertus: C'est  ainsi  que vous voyez  dans l'antiquité l'amour sensuel   caractérisé  par  Hélène, Phèdre,  Clytemnestre ; et que  vous  voyez dans les temps modernes l'amour  des âmes  se caractériser   dans la  chevalerie, dans  Héloïse, dans  Laure , par l'héroïsme , par la fidélité, par la sainteté  même la  plus idéale  et  la  plus mystique (...)
Cet amour  des  âmes ou cette passion  du  beau, sentiment  qui  se  rapproche le plus du  pieux enthousiasme pour la beauté  incréee, devait par sa nature même  inspirer çà la terre sa  plus céleste poésie , car ce sentiment  est une  sorte de piété par  reflet ; piété qui  traverse la  créature comme un rayon  traverse l'albâtre pour s'élever  jusqu'àla contemplation infinie, Dieu.

Cette  pité transpire   dans les vers de l'amant  de Laure , Laure pour lui n'est pas une femme  , c'est une incarnation  du  beau, dans laquelle il  adore la divinté de l'amour  ....
Quant  à moi , je  considère  Petrarque   , sans  aucune  comparaison possible, comme le plus  parfait poète de l'âme de  tous  les  temps  et  de  tous les pys, depuis la mort  du  doux  Virgile....Toutes les  vagues de  l'Adriatique , toutes les collines de l' Arquà, toutes les grottes de Vaucluse, toutes les brises d'Italie, roulent  avec les larmes  ou les soupirs des amants  un vers de  Pétrarque. Ses sonnets  sont les  médailles du  coeur   humain  (...)
A dater  de  l'heure  où il vit  Laure , l'âme  de Pétrarque ne fut plus  qu'un  chant  d'enthousiasme, de désir, d'amour  de  regrets consacrée  à  cette  vision . Elle  était pour lui   la Béatrice  du  Dante  sortie  de l'enfance et du  rêve et  arrivée  à la réalité de laperfection de la beauté .   Cette publicité  de  culte  n'offensait  ni  la vertu de son idole ni la susceptibilité de son  époux. Laure  était  au-dessus de  tout  soupçon Hughes de  Sades   au-dessus  de la jalousie  . Un  tel  amour divinisé par  de  tels vers  était, à cette  époque , une gloire  et non un  affront pour  la famille...."

La retraite  de  Pétrarque   à  Fontaine  de Vaucluse  :

"Combien  de  fois  pendant  les nuits  d'été , à la  douzième  heure, après  avoir  récité  mon  bréviaire, je suis  allé  me  promener dans les montagnes  au clair  de la  lune.! Combien de fois même  suis-je entré seul , malgré les ténèbres intimidantes de  la  nuit, dans cet antre  terrible où,  le jour  même, et  en compagnie  d'autres  hommes , on  ne pénètre sans un  secret  saisisissement! J'éprouvais  une sorte  de plaisir en y  entrant ; mais je  l'avoue ce plaisir  n'était pas sans une certaine  voluptueuse  terreur.
Je trouve  tant  de  douceur  dans  cette  solitude, une si  douce  tranquillité,  qu'il  me  semble  n'avoir  véritablement  vécu que  pendant le  temps  que  je l'ai  habitée; tout le  reste de ma vie n'a été  qu'un  continuel  tourment. "

Son amours,  ses  livres  et  ses  vers  suffisaient  à sa vie Voici  comment il  parle  à  ces  amis mondains, qui  lui  reprochaient  sa fuite du  monde  :
" Ces  gens  là regardent les plaisirs   comme le  souverain  bien; ils ne comprennent pas qu'on  puisse y  renoncer . Ils  ignorent mes ressources J'ai  des amis dont la   société est  délicieuse pour moi. Mes livres  ce sont  des gens de tous les pays   et  de tous les  siècles  : distingués à la  guerre ,  dans la robe  et dans les lettres; aisés  à vivre , toujours  à  mes ordres; je les fais  venir quand je  veux, et je les   renvoie de  même;  ils  n'ont  jamais  d'humeur  et répondent  à  toutes mes questions.
 Les uns  font  passer en  revue  devant  moi,  les évènements des siècles passés; d'autres me  dévoilent les secrets de la  nature; ceux-ci  m'apprennent à  bien vire  et à  bien  mourir, ceux-là  chassent  l'ennui  par leur  gaîté, et m'amusent par leur  saillies;  il  y en  a  qui  disposent  mon  âme à  tout  souffrir, à ne  rien  désirer, et me  font  connaître à  moi-même. En  un mot  ils m'ouvrent  la  porte  de tous les arts  et  de toutes les sciences ;  je les trouve dans tous mes besoins.
Pour  prix de  si  grands  services ils ne demandent qu'une chambre bien  fermée  dans un coin de ma  petite maison, où ils soient   à l'abri  de leurs ennemis. Enfin,  je les mène  avec moi dans les champs, dont le  silence convient  mieux  que le tumulte des cités."

[...]
-

dimanche 18 septembre 2011

WILHELM FURTWÄNGLER THE MOLDAU (Smetana)

WILHELM FURTWÄNGLER  THE MOLDAU (Smetana)

C'est ...L'Automne ....( Lamartine)



Bouleaux

L'automne
Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards !

Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire,
J'aime à revoir encore, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois !

Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
A ses regards voilés, je trouve plus d'attraits,
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui !

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ;
L'air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d'un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel !
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel ?

Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu ?
Peut-être dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme, et m'aurait répondu ? ...

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphir ;
A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux ;
Moi, je meurs; et mon âme, au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.

Alphonse de Lamartine

samedi 17 septembre 2011

Donizetti: Lucie de Lammermoor

[ Part 12 ] Donizetti: Lucie de Lammermoor  Natalie   desaay


Ecosse

 

Jose Carreras - Lucia di Lammermoor - Tu che a Dio spiegasti

vendredi 16 septembre 2011

Albert Roussel, Soir d'été, Alphonse Osbert


Albert Roussel, Soir d'été, Alphonse Osbert
Alphonse   Osbert  La  muse  au  lever  du  soleil

jeudi 15 septembre 2011

Diderot par Roger Pol Droit

Diderot par  Van  Loo


" IL  n'y a qu'une  vertu,  la  justice;  qu'un  seul devoir   celui  de se rendre heureux  ; qu'un corollaire,  de ne pas  se  surfaire la  vie et  de  ne pas  craindre  la mort  ". 
                                                                                                                        (Diderot )

Ce qu'en  dit  Roger  Pol  Droit
Diderot l'enchanteur
(préface  du Monde philosophique)   

....Voilà  en quoi  ,  philosophiquement ,  diderot  est  un enchanteur :  il  réanime le monde, lui rend une  sensibilité que  l'on  croyait  effacée par la science. Au "désenchantement  du  monde" qu'entraine le  déclin  des croyances religieuses, il répond par une  animation  universelle de toutes les molécules, une vie  partout présente.

Un  maître  à  vivre 

La plus  grande  singularité  de  Diderot  est  sans  doute  d'être moral  et  esthète en  matérialiste. Ce  n'est ni simple  ni  habituel. La difficulté vient  du  fait que   si nous ne sommes que  des amas de   molécules inertes,  on ne  sait  sur  quoi fonder la   dignité humaine,  la nécessité de la  respecter. Elle  se  pose  encore au  biologiste et au  physicien contemporain :  d'où provient  la régle qui  régente la relation entre deux êtres humains, s'ils ne  sont en  fait  que  deux brouillards de particules?  Les normes esthétiques  paraissent   aussi  mal  en  point  que  celles de l'éthique :  sur  quoi  se  fonde la  beauté  quand  tout, de  l'oeuvre   comme  du  spectateur, est  seulement  agencement  de matière  ?  
 Le matérialisme semble  donc  saper dans  leur   principe l'éthique  et l'esthétique.  Ce  n'est  évidemment qu'une première  impression . Les penseurs des lumières  se  sont  tous  diversement  employés à  la dissiper. Diderot y  parvient avec  une  grâce qu'on ne  trouve  chez  aucun  autre, faisant  découler la morale  de la nature, la piété filiale  des relations  familiales, les vertus de la sensibilité  inhérente  à  la matière.  L'émotion  esthétique  est elle aussi un  reflet  de la  nature , renforcé par  le  spectacle  de la vertu.

S'il ne  fallait retenir  qu'une  seule  phrase dans l'océan de  toutes celles écrites par Diderot on devrait  choisir  les dernières  de  Eléments de  physiologie. Ce livre   athée , intégralement  matérialiste , se termine en  effet par  cette  triple  recommandation :" IL  n'y a qu'une  vertu,  la  justice;  qu'un  seul devoir   celui  de se rendre heureux  ; qu'un corollaire  de ne pas  se  surfaire la  vie et  de  ne pas  craindre  la mort  " . Cette sagesse  s'appuie  sur la conviction qu'il  existe comme une  grammaire  spontanée  des  relations humaines et   du  rapport  à  soi-même. 

De ce point  de vue, cet  enchanteur est  aussi  un  maître à  vivre.  Il  enseigne que le  corps  est habité de  sentiments, la matière  traversée d'émotions, la pensée  composée  aussi  de passions.  Une  leçon  qu'on ne  répètera jamais trop.

Diderot , Rameau, Rousseau ...

Rameau, Rondeau des Indes Galantes

Diderot  par Greuze



Diderot par  Fragonnard (présumé) 1)


 Le Neveu  de Rameau   (1762 -1773)

produit de deux "frères" ennemis " et l' une des fameuses "digressions" de Diderot?

La querelle  des  bouffons   

(à partir  de 1742 ) 

Si la querelle qui  opposait  partisans  du classicisme  musical français et  les   novateurs  européens  regroupés   derrière  la bannière  italienne , vit surtout  la confrontation   directe  de Rameau  et  de   Rousseau  ,  Diderot   ne  pouvait  que  se  ranger  du  coté  de son ami  philosophe     (Diderot  entretint une  profonde amitié  avec  Rousseau  de   1742 à  1770 ).

C'est  d'ailleurs à  Rousseau  que   Diderot   confia les   parties   musicales de  son  Encyclopédie )

 La querelle  avait largement  dépassé  les limites  de la  musique .  Le musicien des  Indes   Galantes  ,  ou  plus   diplomatiquement , son  neveu fictif , fournit  à Diderot   l'occasion  d'un  dialogue   servant  aussi  bien   sa  critique de  la  société   conservatrice  que   l'humanisme  des  lumières , dans un relativisme   visionnaire  , face aux contingences de la réalité quotidienne .


1) Erreur au Musée du Louvre  Quoi  qu'il  en  soit  le  tableau  de  Fragonnard   reste   un chef  d'oeuvre  de   "caractère" même si  ce n'est pas  celui  de   Diderot   .

le supposé  Fragonard et  le portrait  de   Van Koo

Diderot et Chardin

La fontaine  de  cuivre (1734(?)

Le plus  grand admirateur  contemporain  de Chardin ,  (plus  tard  viendra    Proust) fut  probablement  Diderot qui  en  fit  l'éloge  dans  chacun  de  ses  Salons où  il  élabora la  théorie moderne de la  critique   d'art .
 Diderot  appréciait  aussi   Vernet   ,  paysagiste   et  peintre historique  ,  Fragonard   et  Greuze.

Pour  Diderot  l'artiste  doit  respecter  la  vérité  "Toute  composition   digne d'éloge  est  un  tout   et  partout  d'accord  avec la  nature " .Le grandiose de  Vernet  suscite  son  admiration , l'esprit  de  Fragonard sans  doute  sa complicité  ..
 Grand amateur d'art et juge  prolixe  dans  ses critiques ,  il   reste   dans   ses  éloges  pratiquement  silencieux  devant les  natures  mortes  de Chardin   pour lesquelles  il  ne  se  rend  qu'à  la   magie  .
 Peut  être submergé  par  la beauté  de ses  toiles qui  échappent   aux  descriptifs  littéraires, où  l'objet  ordinaire (utilitaire  )  acquiert dans  sa  représentation  une  dimension supérieure sans  toutefois   rien   céder au realisme fidèle , où  il  voudrait  bien  accorder  au  peintre  le  pouvoir   de  leur  donner  une âme , si ce  n'était là trop  d'entorses  à  ses  convictions ,    il lancera un  jour  ce  paradoxe   en  évoquant   le   Sublime  du  technique .


La voix du silence par René Démoris sur "Fabula"
René Démoris, "Diderot et Chardin : la voie du silence", Littérature et arts à l'âge classique 1 : Littérature et peinture au XVIIIe s., autour des Salons de Diderot, par R. Démoris, URL : http://www.fabula.org/colloques/document635.php

mardi 13 septembre 2011

Monsieur et Madame Chardin


Deux magnifiques pastels  de Chardin   au  Musée du  Louvre 


Chardin /Morandi , nouvelle association des deux peintres .

Je suis   très sensible à  ces  " reprises  " et,  parcourant au  hasard   un de mes livres d'art  , je  croise à nouveau  l'association  de   ces  deux peintres  , association  fort  bien  choisie   mais  que je trouve  saisissante  dans   l'infini   des possibles suggérés par le  sujet  .
J'accepte  l'émotion  de  ce  hasard  , tout  en  pensant   qu'un critique  d'art  éclairé   a bien  pu faire  école  ou  que  le peintre  contemporain  a  révélé  quelque  part   son  attachement   à  son vieux maitre  .


Chardin 
Jean-Baptiste  Siméon  Chardin  :  La  tabagie
" L'équilibre  de  la  composition  est  impressionnant :  les objets sont disposés dans un ordre  et  selon une règle qui n'admettent pas   la moindre  modification , instaurant  un rapport  bien précis entre  eux  et  l'arrière plan. En  effet Chardin  calibre l'espace avec une  sensibilité  rare et  place ses   objets avec un soin scientifique jusqu'à  ce quil  obtienne l'équilibre  extraordinaire qui  caractérise  toutes ses compositions. L'harmonie  chromatique - avec  ses  accords recherchés entre les tons clairs  et  les tons sombres , les tons  froids  et les tons chauds , et surtout l'empâtement  des couleus - contribue  à  cette  sensation  d'équilibre avec  des touches qi  se  superposent et  se mélangent en  créant  des effets  harmonieux  . Pour obtenir  les  tonalités  sobres  et  solides qui   caractérisent ses oeuvres, Chardin  travaille  très longuement l'empâtement  de ses couleurs,  le  redéfinissant  pour  chacune de  ses oeuvres.  Il peut y  travailler pendant  des mois. C'est pourquoi   ses tableaux finissent par  coûter fort cher . Chardin  ne lésinera jamais  sur le temps infini consacré à chacune de ses natures mortes, mais  celà  l'empêchera de  répondre à toutes les demandes et l'obligera à  recourir  aux gravureset  même  aux  copies. Dans ce  tableau  l'attention  se porte sur l'élément  vertical  clair constitué  par  le  broc, entouré de la  tasse  et  du  couvercle, à peine  tacheté  par  les tons de   la décoration  bleue  et  rouge, qui  se  conjugue  avec la pipe appuyée sur  le  volume  carré de   la  mallette.  Le jeu  rythmé du  plan  horizontal du  plan  horizontal  de la table  en pleine lumière,  du  plan vertical  du  couvercle de la mallette  doublé de vert et des plans successifs des objets, interrompus  par  la diagonale  élégante  de la la longue pipe, donne une vie   mystérieuse à  la composition .

Morandi
Giorgio Morandi : Nature morte  1919
Dans l'oeuvre  de  Morandi  dont  l'importance  est à  l'inverse  de  la  modestie  des sujets représentés,  nous sentons l'admiration  de l'artiste pour  des peintres  tels que  Vermeer, Chardin ou Cézanne.
Ses  fantastiques natures mortes  acquièrent  par leur composition  une significatioon profonde qui  dépasse le  sujet ,  obéissent  toutes  à  une  "règle" naisant  de la  cohérence des rapports  entre l'ordre des forme et les variations tonales dans la gamme  réduite  des blancs, des jaunes, des ocres et  des  gris .

(Textes  extraits de  Regards  sur  la peinture   , éditions Fabbri )


Franz Schubert - Melodie hongroise D 817.

Alfred Brendel Plays Franz Schubert - Ungarische Melodie (Hungarian Melo...

lundi 12 septembre 2011

Baudelaire Spleen " J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans .."

 
Dit par Daniel  Mesguish




Spleen LXXVI

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombrés de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.

Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante!
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Sahara brumeux
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.