mercredi 29 février 2012

Vieux quais (G. Rodenbach /Lucien Levy-Dhurmer)

Lucien  Lévy-Dhurmer   ,  portrait  de  G  Rodenbach ,pastel.



Vieux quais

Il est une heure exquise à l'approche des soirs, 
Quand le ciel est empli de processions roses 
Qui s'en vont effeuillant des âmes et des roses 
Et balançant dans l'air des parfums d'encensoirs.

Alors tout s'avivant sous les lueurs décrues 
Du couchant dont s'éteint peu à peu la rougeur,
Un charme se révèle aux yeux las du songeur :
Le charme des vieux murs au fond des vieilles rues.

Façades en relief, vitraux coloriés, 
Bandes d'Amours captifs dans le deuil des cartouches, 
Femmes dont la poussière a défleuri les bouches, 
Fleurs de pierre égayant les murs historiés.

Le gothique noirci des pignons se décalque 
En escaliers de crêpe au fil dormant de l'eau, 
Et la lune se lève au milieu d'un halo 
Comme une lampe d'or sur un grand catafalque.

Oh ! les vieux quais dormants dans le soir solennel, 
Sentant passer soudain sur leurs faces de pierre 
Les baisers et l'adieu glacé de la rivière
Qui s'en va tout là-bas sous les ponts en tunnel.

Oh !les canaux bleuis à l'heure où l'on allume 
Les lanternes, canaux regardés des amants 
Qui devant l'eau qui passe échangent des serments 
En entendant gémir des cloches dans la brume.

Tout agonise et tout se tait : on n'entend plus 
Qu'un très mélancolique air de flûte qui pleure,
Seul, dans quelque invisible et noirâtre demeure 
Où le joueur s'accoude aux châssis vermoulus !

Et l'on devine au loin le musicien sombre, 
Pauvre, morne, qui joue au bord croulant des toits ; 
La tristesse du soir a passé dans ses doigts,
Et dans sa flûte à trous il fait chanter de l'ombre.


Georges   Rodenbach

lundi 27 février 2012

Théodore Géricault


Le  type même  du   grand peintre  romantique  , ami  intime  de   Delacroix
 Grand   admirateur   de  la  renaissance  italienne   et  surtout  de  Michel  Ange ,  peintre  animalier   comme  Delacroix, amateur  de  chevaux   comme  Delacroix  , exotisme  ,sujets   d'exaltation  et   romantique  dans  sa  vie  (au  contraire de  Delacroix  ) mais  une  si courte  vie   de 1791 à 1824.

Géricault   par  Alexandre  Colin   (1816)


Le Déluge



Son  plus célèbre  tableau 
Le   radeau  de  la Méduse (5m x7m)





Tete  de  cheval  blanc  



Tigre  royal


Le Derby d'Epson

cheval  gris 



Tête  de  jeune   homme

Envy
Monomane  du  vol

dimanche 26 février 2012

Je suis un homme malade ... ( Dostoievski)

1
Je suis un  homme  malade....   Je suis un  homme   méchant.  Un homme  repoussoir,  voià ce que je suis. Je crois  que j'ai  quelque  chose  au  foie. De  toute  façon  , ma maladie,  je n'y comprend  rien , j'ignore  au  juste  ce  qui me  fait mal . Je ne me  soigne pas, je ne me  suis jamais  soigné, même si je respecte  la médecine  et les docteurs .  En  plus, je  suis  superstitieux comme  ce n'est pas permis; enfin,  assez  pour respecter la médecine. (Je suis  suffisammaent instruit pour ne pas être  superstitieux, mais je  suis  superstitieux.)  Oui, c'est par méchanceté que je ne me  soigne pas. ça messieurs, je parie  que c'est une  chose que vous ne comprenez  pas. Moi, si ! Evidemment, je ne  saurais vous  expliquer  à  qui  je  fais une  crasse quand j'obéis  à ma méchanceté de  cette  façon  là; je sais parfaitement  que  ce ne sont pas les docteurs   que j'emmerde en  refusant  de me  soigner; je  suis le mieux placé pour  savoir  que  ça ne peut  faire de  tort  qu'à moi  seul et  à personne  d'autre . Et,  malgré tout, si  je ne me  soigne pas  , c'est par méchanceté.  J'ai mal  au  foie.  Tant mieux, qu'il  me  fasse  encore plus mal  !
 [....]
Jean-Lois-Théodore Géricault,monamane du vol


J'ai menti , plus haut  ,  en  disant   que j'étais un  fonctionnaire  méchant.  J'ai  menti par  méchanceté. Les solliciteurs  ou  l'officier  c'était un jeu, rien  d'autre  ; en  fait je   n'ai  jamais pu  devenir méchant.  Je   ressentais  à  chaque instant  au  fond  de  moi une foule,  oui, une foule d'éléments  les  plus hostiles à  la   méchanceté . Je les  sentais  grouiller à l'intérieur  ces éléments hostiles . Je  savais  bien  qu'ils   y  avaient  grouillé toute ma vie   et  qu'ils  ne  demandaient   qu'à  jaillir  au dehors , mais je refusais,  je  refusais, oh  oui !  je  refusais  de les voir  jaillir. Ils me martyrisaient jusqu'à  la honte;  ils en  arrivaient   à me  donner  des convulsions - et,  commme   j'ai  fini  par  en  avoir   assez  ,  mais assez ! Tout  doux   messieurs  , n'auriez-vous pas l'idée    que  je bats ma  coulpe devant vous   - que tout   se passe  comme   si  je vous demandais pardon  de njene sais  quoi  ?...  je suis sûr  , que  oui ... bah, pensez  ce  que  vous voulez -  moi,  je vous assure  que  ça m'est  égal.
Non  seulement je n'ai  pas su  devenir  méchant ,  mais je n'ai  rien  su  devenir  du  tout :  ni  méchant  , ni  gentil  ,  ni  salaud,  ni  honnête - ni un  héros  ni  un  insecte. Maintenant que  j'achève  ma   vie  dans  mon trou, je me moque  de  moi-même et  je me  console  avec cette  certitude aussi  bilieuse  qu'inutile:  car  quoi ,  un homme intelligent ne peut  rien  devenir- il  n'y  a  que les imbéciles qui  deviennent. Un  homme intelligent  du   XIXème se  doit, - se  trouve  dans l'obligation  morale  -  d'être une  créature  essentiellement  sans caractère ;  un homme avec un caractère  , un homme d'action , est une  créature  esssentiellement  limitée. C'est là  une conviction  vieille  de  quarante  ans. Maintenant j'ai quaerante ans  et quarante   ans c'est toute la vie : la vieillesse la plus crasse.  Vivre plus de quarante ans est indécent, c'est vil, c'est immoral. . Qui  donc vit plus de quarante  ans  ? Répondez sincèrement , la main  sur le  coeur !  Je  vous le  dis  , moi, les imbéciles  et  les canailles. Je leur  dirai   en  face à  tous ces vieux , à tous  ces nobles vieux,  à ces vieillards aux cheveux blancs,  parfumés  de   Benjouin ! Je  le  dirai  à  la  face  du  monde   ! J'ai  bien le  droit  de le  dire;  je  vivrai au moins  jusqu'à  soixante  ans. Je  survivrai jusqu'à  soixante dix ans !  Et  jusqu'à   quatre-vingts... Ouf , laisser -moi souffler.

Vous  devez  croire  messieurs  que j'ai  l'intention  de  vous amuser ?  Là aussi  vous  faites errreur. Je ne  suis pas  du tout le bout -en-train  que  vous  croyez,  ou que vous  croyez peut-être; mais  si  ce  bavardage  vous enerve (je sens qu'il  vous enerve),  et  s'il  vous vient l'idée  de   me  demander   : qui suis-je  au  juste? - je  vous  réponds : je suis  un  assesseur  de  collège.  J'ai  été  fonctionnaire pour me payer mon  pain  (seulement pour  celà) , et  puis,  l'année  dernière,  quand l'un  de mes lointains parents m'a  laissé  six  mille  roubles  d'héritage,  je me  suis pressé  de démissionner et  je me  suis installé  chez moi  , dans mon trou. J'y habitais  avant,  dans ce  trou , Mais maintenant je m'y  suis installé. Ma  chambre  est moche ,  elle  est  sale,  elle  est   au bout  de la ville. Ma  bonne  est  une paysanne , elle  est  vieille  elle  est  bête  et méchante-en  plus  elle pue  que  c'est insupportable.  On  me  dit que le  climat  de Petersbourg me  fait  du  mal  et  qu'il  est  très  coûteux de vivre   à Petersbour avec  des moyens aussi  misérables que les  miens. Je  sais  ça mieux que  ces conseillers si sages, si  doués  d'expérience , que les béni-oui-oui . Eh  bien  je reste à   Petersbourg !  Si  je ne  sors pas c'est  que  ...
 Ah,  mais   ça n'a rigoureusement aucune imprtance , que je  sorte  ou  que je ne sorte pas.
Mais  bon :  de  quoi  un  honnête   homme  peut-il  parler  avec  le plus  de  plaisir ?
Réponse  : de  lui-même
Et  donc ,  je   parlerai   de  moi.

(Extrait  :Les  carnets  du  Sous-sol ,  Fédor  Dostoïevski  , traduit  du  russe par   André  Marrowicz)

Le dernier rivage (On the beach)

sortie 1959
cinéaste, réalisateur  : Stanley Kramer
Grégory Peck
Ava Gardner
Fred Astaire
Anthony Perkins


Le film  est sorti  en 1959;  l'histoire se situe en 1964.
"La  guerre nucléaire  a eu  lieu. Il  n'y a ni vainqueur ni vaincu puisque l'humanité  a été rayée  de la carte.  La mort  et la désolation regnent sur le monde. Seuls les Australiens et les hommes du sous-marin Sawfih ont survécu à l'apocalypse nucléaire. Mais  les retombées radioactives se rapprochent inéxorablement des côtes australiennes  et l'issue semble inéluctable Confronté à une mort  certaine , chacun vit ses dernières heurs à sa manière.
Réalisé pendant la guerre froide, le  dernier  rivage aborde un thème central  de cette  époque : la puissance nucléaire. Stanley Kramer (jugement à  Nuremberg) cinéaste militant et radical , lance  , avec ce film , un sérieux et spectaculaire avertissement sur les dangers de l'ère  atomique. Ce chef-d'oeuvre  de Science  Fiction est  le premier  à bénéficier d'une distribution  aussi  éblouissante."



La menace nucléaire ne nous touche plus guère ou bien plutôt nous ne sommes que trop  convaincus  et là  n'est plus vraiment l'intéret  du film . Mais c'est bien le  second argument  qui en fait l'intéret et sa valeur par la manière dont il est  traité  .
Comment vivre les  derniers moments de son  existence  quand une menace aussi  inéluctable qu'invisible se profile à l'horizon  et que le temps du sursis  n'est pas mesuré .Celui-ci  s'étire ou  se  rétracte au  rythme des angoisses individuelles . Pour certains  (ce qu'on envisage  le plus souvent ) les conventions sociales  s'effondrent ,  les inhibitions  volent en éclat ;  desespoir ,haine et violence , désordre extrème traduisent couramment  ces fictions apocalyptiques . Ce n'est pas le parti  pris par  Kramer . Le ton du  film  est plutôt  méditatif . le conflit  et son cortège  d'horreurs est  absent  bien qu'il  pèse lourdement  sur tous les personnages L'ouragan est passé,  ses dévastations  trop  lointaines. Le mal qui  approche  le fait à pas feutrés ,  sournoisement  :  on ne livre plus de lait , les journaux  ne donnent plus de nouvelles de l'étranger  ... mais la vie continue . Combien  de  temps encore ? nul ne le sait  .
Les  habitudes  des  habitants de  cette petite ville australienne  très conventionnelle  semblent vouloir étouffer  dans leur routine  le destin auquel ils vont  devoir faire face comme une manière  de conjurer le sort   , de résister à cet ennemi  sans corps.
Mais peu à peu les résistances se lézardent  , des fissures apparaissent dans les rouages bien huilés de  cette petite société  restreinte qui joue pour nous le dernier acte. Personnalités  différentes, sans outrance, chacune est confrontée  aux  non-dits  de son  existence , à ses vains espoirs, à ses désillusions. Rendez-vous manqués avec le bonheur   , frustrations,  désirs  refoulés... Trop  tard pour la plupart ! Le sentiment général  d'un immense gâchis  à l'image  de la Bombe qu'on n'a pas su  désamorcer.  
Mais pessimiste  pour l'humanité ,  Kramer l'est  beaucoup moins pour l'individu .La peinture qu'il nous offre de ces hommes en  sursis n'est pas si noire avec une réflexion intéressante sur la mort et le  suicide !   

 





Je crois  qu'il  y a eu un  remake  sur  les  ecrans   TV  en  2009  Mais je n'en  dirai rien  ......

jeudi 23 février 2012

J. Sibelius -- Serenade nr.2 for violin and orchestra op. 69



violon  Christian  Tetzlaff
Danish national  symphony  orchestra
Dir  Thomas  Dausgarrd



Anges

 Sculptures  et poésies  
Lieux: Allemagne, Autriche,Grèce, Italie
République   Tchèque 

Or  des vergers  fleuris se  figeaient en  arrière
Les pétales  tombés  des  cerisiers de  mai
Sont  les  ongles  de  celle  que j'ai  tant  aimée
Les pétales  flétris sont  comme  ses paupières .
Guillaume   Apollinaire 

mercredi 22 février 2012

Conte pour une fleur


Conte pour une  fleur 

Le soleil  resplendit  sur  la plaine
Les  arbres  en  pourtour étalent   gracieusement leurs branches
Et le  chant  de  oiseaux les  habitent
 Les abeilles  butinent  de  fleur en  fleur
Calme  et harmonie  , dans  ce doux  matin  de  printemps
 
Dressée sur  sa    tige la fleur  se  tient
Droite  sur  sa  tige  si  fragile   la poussant  vers l’azur
Offrant son  pollen  aux  bourdons
Et   son  nectar  aux papillons





Une fleur   parmi les  fleurs  , 
Tendue  vers    l’astre   radieux 
Une  fleur  s’est  mise  à penser :

« Parfois Soleil  je   ressens  ta brûlure
et mes pétales souffrent pour  garder leurs   couleurs
changeant   au  gré de ta lumière,
Les nuages  qui   passent m’apaisent
La pluie parfois  me  fait  courber la  tête
Mais la  rosée me  rend  au matin  ma vigueur
L’orage  froisse  les plis fragiles de  mes habits
Tandis que a brise   rafraichit  mon teint….

-          - Soleil  m’aimes-tu ? 
-         -  Oui … !
(Surprise :Elle  n’attendait  pas  de réponse  de  l’astre  toujours si lointain )
-          - Tu m’as  entendue ? 
-          -oui  bien  sûr :  j’entends  toutes les fleurs  , J’entends les oiseaux  ,J’entends les insectes Toutes  les  gouttes  de pluie  aussi..

-Soleil ,  les  aimes-tu ?
-         - Oui  bien sûr !.....  Ne  vois  -tu   pas combien  je les aime  toutes et  tous
Quand je  m’efface devant   les nuages pour vous calmer  de  mes  ardeurs
Que je vais chaque  jour  de  l’horizon au  zénith
quand je  disparais  pour  permettre aux aurores de  vous  rafraîchir
Quand je  réchauffe  celui  qui  s’est maintenu  loin  de moi  trop  longtemps.
J’exalte le   parfum  des fleurs  tes semblables   et l’éclat  de tous  vos  coloris
Je  révèle par ma lumière  ce que  tous vous possédez  de   plus  beau


-          - Es-tu  triste  quand l’un  de nous  s’en  va ?
-         -  Non !.... je ne vous  vois pas partir.
je ne suis pas  votre comptable 
Je ne vous  distingue pas
Aucun  de  vous n’a ma  préférence 
Car  je me  dois  à tous
  Je ne connais pas la peine,  sinon ma tristesse  assombrirait   le  monde 
Imagine -tu  petite  fleur  ce que  serait  un  soleil  triste ? 
Je ne m’attache à  aucun d’entre vous 
 Je veux  votre   bonheur  à  tous
Je  suis  fait  pour inonder  le monde  de ma lumière
Pour  accepter de disparaître  et  céder à la  nuit quand  vient l’heure
Ou appeler  les nuages quand  ma chaleur  est  trop  forte 
Pour  réchauffer  ceux qui  ont  froid  .

  -  Qu’attends–tu  de   nous  dit  encore  la  fleur ? 
-   Je n’attends  rien  d’aucun  de  vous  en particulier
 Vous êtes  ce   tout   pour  lequel  je dois  briller  .

 - Si  nous n’étions pas là  brillerais-tu  encore ? 
- oui  assurément   car ma  fonction  est  de   briller 
Mais je ne  me  soucie pas de mon  devenir
Car  vous  serez     toujours   , remplacé  l’un par  l’autre .
 Quand l’un  ou  l’autre  disparait
Pour  moi le  paysage   ne  change pas  .


La fleur  alors se  vit  comme  la  voyait le soleil
Et  regardant    autour  d’elle   elle  se  vit mille  fois   répétée
La fleur  se  trouva  tout à  coup  fatiguée
Un  souffle    de  zéphyr  vint à  passer 
 elle  desserra l’étreinte  qui    la  retenait   à  sa   tige 
 se  détacha  , tomba sur  le  sol   et  se  fana  .

 Ni  plus ,  ni  moins lumineux  le  soleil  continua de  briller .

Souvenirs d'Espagne

Echo   à  la    belle  histoire   d'Almasoror
le-benet-de-saint-vivien


Le  pont Alcantara de Tolède , Lucien  Maleville

....L'Espagne  est  encore  sous  le  régime  franquiste  , Et  en  France  c'est  la guerre  d'Algérie  ....

l'été  un  groupe  de jeunes   parisiens veut  s'évader  et   partir  au  soleil , fuir  les pavès , les manifs   et les CRS,  Camus  contre Sartre  ou l'inverse ... Sans  beaucoup   d'argent  en  poche ,  direction la  frontière Irun  , puis Madrid  ;  ensuite  on  continuera  par   tous  les  moyens  possibles à l'époque  ,  auto stop  principalement  ,  trains poussifs  , autocars  bondés  ,  à pied  , à cheval   et  en voiture  ;-)
Du  Tage  à  l'Atlantique  puis  aux Colonnes  d'Hercule pour revenir  aux  douceurs méditerranéennes .laissant les cactus  et  figuiers  de Barbarie aux  contreforts de la  Sierra Morena...
 Durant   un  mois ils   sillonneront  l'Espagne  de  Tolède à  Grenade,  Séville , Cordoue , Cadix   Algésiras , halte à Gibraltar  , Saut  de puce  à  Tanger  accompagnés par les  dauphins  ..
Crépuscule  dans les jardins  de l'Alhambra ,  flâneries  dans les  allées  de  Malaga bordées  de  bougainvilliers  pourpres  ,  ombragées  par  les   palmiers  tandis que piaffent  les  chevaux des élégants petits  attelages  bourgeois .
 Paellas et  cuisine  à  l'huile  d'olive  de dernière  qualité  , sangria rafraichissante ,  café au lait  de  chèvre ;-(( tomates  et  oignons frits , c'est  pas bon (sauf la sangria )mais  quels parfums  !!... on boit  à la  régalade dans les   cours  fraiches  où  l'on  échappe  un  instant  à la   surveillance  de la  Guardia  Civile ,  pour  échanger  quelques confidences  en " francèse ".,.dans l'ombre,  où se mélent allègrement   Lorca, Neruda,  Saint Exupéry , Hemingway  ...   .
Guitare  et  flamenco  tard  la nuit , castagnettes  et  chants  sauvages dans les   salles  de  café enfumées où  s'affrontent   les fougueuses  "passionnarias " dans le tourbillon de leurs  volants  multicolores  et   les  nerveux hidalgos  "Ollé  " ..... mais  on  évite  soigneusement les  arènes...

Retour par  Valence et Barcelone  , Collioure  .. les feuilles de  route  des  "appelés  du  contingent " tomberont  en  Septembre   comme  les feuilles  en automne ! et  sépareront les jeunes  gens pour   32  mois, autant  dire  une  eternité  à  cet  âge   .... !!!


Narciso Yepes - Memories of alhambra - Souvenirs de l'Alhambra - Guitare



dimanche 19 février 2012

Antonio Vivaldi - Concerto for Two Flutes RV 533







Lavoir


Lavoir  




Dans un cadre enchanteur, l'eau limpide qui anime le « frais cresson bleu » et étire mollement les longues herbes ondulantes vient baigner les vieilles pierres inclinées de la margelle . Le large toit aux tuiles rouges prodigue généreusement son ombre fraiche ,
Les paves usés résonnent encore du claquement des lourds sabots et des échos des chants joyeux et cadencés qui donnaient du coeur à l'ouvrage
Sur le mur du fond , des traces noircies rappellent les feux dont on tirait les cendres pour blanchir le linge et faisaient bouillir l'eau sous les énormes lessiveuses dans un nuage de vapeurs âcres,
Gros vêtements des travaux des champs, tabliers de ferme ou de travail côtoyaient , de loin, dentelles et linges plus fins,et l'on tirait vigoureusement sur la planche, les grands draps de lin gorgés d''eau qu'on battait avec ferveur
Poésie , charme d'antan , nostalgie d'un temps révolu ,,,

où les femmes les reins brisés , genoux endoloris , doigts gourds , trompaient leur dure condition en chantant mais aussi en cancanant dans cet espace ouvert sur l'intimité exposée, où bien des comptes se réglaient, où la dureté du labeur n'incitait pas toujours à la complaisance , où la faiblesse et les faiblesses étaient jugées sévèrement , ce qui n'empêchait pas sans doute quelques beaux élans de solidarité inspirés par l'effort commun, quelques beaux gestes pour éponger un front humide de lassitude, ou baisser des jupons effrontément retroussés .

Voilà pourquoi , pour toutes mes soeurs je bénis l'invention du lave-linge que je n'échangerais pour rien au monde contre le charme d'un lavoir!

Fevrier 2010

samedi 18 février 2012

Que m'importe la ville ...



Que m’importe la ville


Que m’importe la  ville  où  je me  trouve  ici ?
J’ai  pris le  train  pour  fuir  mon  cruel  vieux  souci,
Je  suis  sur un  balcon, la nuit  et  c’est  décembre.
Il fait  derrière moi  noir  et  doux  dans ma chambre
Sous mes pieds  roule un  fleuve  immense dont les flots
Se  bousculent  dans l’ombre  avec de  grands sanglots.
 Je  vois des toits, des  quais,  des ponts  couverts  de  neige.
Une  bise  assidue  et  sifflante  m’assiège,
Mais je souffre  d’un feu  si  brûlant  dans le  cœur,
Que j’ouvre à l’air  glacé  ma bouche  avec bonheur.
Tout ce que l’âpre  amour qui  me  domine entraîne
De  désir  de  doute, et  d’espoir et de haine
Bouillonne en  moi  sans fin  comme  un ferment impur ;
Et, traversant le  fond  de mon esprit  obscur,
La vie encore à  vivre et les choses passées
Y forment  un affreux désordre de pensées,
Tandis que, suspendu sur le  fleuve  au grand  bruit,
Je m’enivre  des vents  qui  viennent  de la nuit  .

Charles  Guérin  L’Homme  intérieur.

mercredi 15 février 2012

Mes amis les loups

Mes amis  les loups  
de   Farley  Mowat 
(1959) 

Peut  être  un  de   premiers    livres    véritablement  engagés  dans la  cause  du loup  et  la protection  de   la nature

Il  en  a  été  tiré un film  en  1983   par   Carrolll Ballard  et  les  studios  Walt  Disney  " Never  cry  wolf" héslas paru   en  français  sous le  titre  de   Un  homme   parmi  les  loups , titre  déjà amplement   usité  par de  tout autres histoires   . On  en  a  surtout  retenu  une   oeuvre pour la jeunesse   et    l'ouvrage  comme  le  film  sont  un  peu  oubliés .



Pourtant  l'expérience  à  laquelle   s'est livré Farley   Mowat  est  une  expérience   scientifique  avec  comptes  rendus, rigoureux  et   statistiques  .

Envoyé  dans le  Grand  Nord   Canadien par  les  services  gouvernementaux  de   protection  de  la nature  , Farley Mowat  avait  pour mission   de  prouver  que  ces  anuimaux  étaient  responsables   de  la  disparition  progressive  des   Caribous  dans    le  district  arctique   de  Keewatin.
Après  avoir  passé  des  mois entiers en  compagnie  du  plus  sanguinaire  des  carnassiers  , de  ce  pelé,  de ce  galeux  d'où  venait  tout le mal  ,  Farley Mowat  , au  grand  déplaisir  des  autorités  compétentes , s'est  vu  contraint  de  dénoncer  la  réalité  c'est  à  dire  la  chasse organisée  par  de  riches  braconniers suréquipés  américains   et  canadiens  pour la plupart  ,
Il  prouve  que  dans  ces  contrées  les  loups les   trois  quarts  du temps  se  nourrissent  de  petits  rongeurs ,  ne prélevant  sur les hordes  de  caribous durant  les plus  durs  mois  d'hiver,  que  quelques   specimens malades   qui  sont  une  réelle menace pour  la survie  de l'espèce .
Son   récit pourrait  n'être   qu'un fastidieux  exposé d'observation  et  de  statistiques  . C'est  tout le  contraire  . , un roman  d'aventure  où  la violence  est  remplacée   heureusement  par la tendresse  et l'humour "  ...lorsqu'on  referme   ce livre  , on est  réconcilié  avec le  croquemitaine mais  on ne peut se  défendre   d'une  certaine inquiétude   quant à la nature  de  l'homme Peutêtre  aurions-nous  besoin de  prendre  chez  les loups  quelques leçons  de  sagesse  sinon  de  bonté ."

 Ce  livre  a  été  écrit  en  1959. J'ignore  quelle  est la  règlementation  actuelle   au  Canada , si Farley  Mowat   a   fait  avancer  les choses   Les  qualités  du  loup , son organisation  , sa  vie  sociale   ne sont plus   à  démontrer  sauf   pour  quelques irreductibles de  mauvaise fois  .  On  pourrait  dire  qu'il  a  fait  école   mais  nous  avons  aussi  beaucoup  appris par  ailleurs    sur  les menaces  que constitue notre  irresponsabilité en  matière de protection  de  la   nature et  notre  persistance   à  poursuivre  dans  cette  voie   .
Déjà  en   2004  j'exprimais avec  tristesse  mon  scepticisme   quant  à la possibilité d'  une  cohabitation  en  France  .  Je ne pense  pas   pouvoir  changer  d'avis aujourd'hui . http://citadelle-fr.com/le_loup.htm












jeudi 9 février 2012

Wislava Szymborska : Réalité

Van Gogh  Les  vieux  souliers  


Réalité


 Les rêves s'évanouissent
pas la  réalité.
Pas un   bruit ,  pas une sonnerie
ne  peut  la  dissiper,
Pas un  cri , pas  un  fracas
ne nous éveillera .

Troubles et  équivoques
sont  les images du  rêve,
Elles se laissent  expliquer
de mille et une  façons.
Réalité est réelle,
d'autant  plus  grande  est  son  énigme.

Il y a  des  clés pour les  rêves.
La réalité  s’ouvre  d’elle-même
Et ne peut  se  refermer.
Par cette  ouverture  s’échappent
Des bulletins scolaires, des  étoiles,
Tombent  des  papillons,
De  vieux fers  à  repasser,
Des  casquettes  sans  têtes,
Les  ciboulots des nuages.
Cela  fait  un  rébus
Parfaitement  insoluble.

Sans  nous  il  n’y aurait pas de  rêves.
Celui sans  qui  il  n’y aurait pas  de  réalité
Reste inconnu,
Et le fruit  de  son  insomnie
S’impose  à  chacun  de  ceux
Qui  se  réveillent.

Les  rêves  ne  sont  pas  fous.
C’est  la  réalité qui  l’est,
Au  moins par  l’obstination
Qu’elle  met  à  s’accrocher
Au  cours  ordinaire  des  choses.

Dans les rêves  il  est  toujours  vivant
Notre  défunt  d’il  y  a  un  instant
Il  jouit d’une  bonne  santé
Et d’une nouvelle  jeunesse.
La réalité, elle  dépose
Devant nous  son  corps sans vie.
Elle ne cède  jamais  d’un  pas.

Les  rêves sont tellement  impalpables,
Que la mémoire  s’en  débarrasse  sans  peine.
La réalité  ne craint aucun oubli.
C’est une dure à cuire.
Elle  s’agrippe  à la nuque,
Pèse  sur le  cœur,
Nous  barre  la route.

On  n’en  réchappe   jamais,
Elle est  de  toutes les  fugues.
Pas  de  station  sur la  route de  notre  voyage
Où elle ne  nous  attende .


W. Szymborska (Réalité du  recueil  "Je ne sais  quelles  gens "  traduit du  polonais  par  Piotr Kaminski)


mercredi 8 février 2012

Whistler: Les femmes de Whistler 1)

Harmonie en blanc 1
La fille en  blanc
1862
Huile
214.6X108cm

La  princesse  du  pays de la porcelaine
1864
huile : 199.9X116cm


Symphonie en blanc 2
La petite fille blanche
1864
huile: 76X51cm



Harmonie en cluleur  chair et   rouge
1869
huile 38.7X35.6cm


Harmonie en  gris et  vert
Miss  Cecily Alexander
Huile : 189.9X97.8cm


Symphonie en  couleur Chair  et  rose
Huile 195,9X102,2cm(1871-1874)


Arrangement  en  jaune  et gris
Effie  Deans
vers1876
huile: 194X93cm

lundi 6 février 2012

James Whistler :La mère

portrait  de la mère  de  l'artiste   (1871
 huile  sur  toile   144,3x162,5
Musée  d'  Orsay ,  Paris

"Considérez  le portrait  de ma  mère  présenté à la  Royal  academy comme  un  arrangement  en    gris et  noir  (n°1)

G. Delerue Concerto de l'Adieu/Taiping Wang violon, Alain Charron dir.




Concerto  de  L'adieu   Georges  Delerue

Magnifique  morceau  de   musique  que  je  dois  à  mon  ami  Ch. ..
Merci

dimanche 5 février 2012

GRIEG concerto pour piano opus 16

Concerto pou piano  op  16   mvt 1 allegro molto  moderato 

Mvt II Adagio

Mvt III Allegro   molto   et  marcato 

(et merci   bien  sûr à  celui  qui  a  proposé  ces  videos  en partage   sur  Youtube ) 

vendredi 3 février 2012

Addio a una vista (Wislawa Szymborska)


Celui-là fut  mon  coup de  foudre !





Addio a una vista (Wislawa Szymborska) 


Non ce l'ho con la primavera
perché è tornata.
Non la incolpo
perché adempie come ogni anno
ai suoi doveri.
Capisco che la mia tristezza
non fermerà il verde.
Il filo d’erba, se oscilla,
è solo al vento.
Non mi fa soffrire
è rimasta - come se tu vivessi ancora bella
come era.
Non ho rancore
contro la vista per la vista
sulla baia abbacinata dal sole.
Riesco perfino ad immaginare
che degli altri, non noi
siedano in questo momento
sul tronco rovesciato d’una betulla.
Rispetto il loro diritto
a sussurrare, ridere
e tacere felici.
Suppongo perfino
che li unisca l'amore
e che lui stringa lei
con il suo braccio vivo.
Qualche giovane ala
fruscia nei giuncheti.
Auguro loro sinceramente
di sentirla.
Non esigo alcun cambiamento
dalle onde vicine alla riva,
ora leste, ora pigre
e non a me obbedienti.
Non pretendo nulla
dalle acque fonde accanto al bosco,
ora color smeraldo,
ora color zaffiro
ora nere.
Una cosa non accetto.
Il mio ritorno là.
Il privilegio della presenza ci
rinuncio.
Ti sono sopravvissuta solo
e soltanto quanto basta
per pensare da lontano.


Traduit  du  polonais par  Piotr  Karminski


Je n'en  veux pas au  printemps 
d'être  venu  à  nouveau.
Je ne lui  tiens pas  rigueur
de  remplir comme  chaque  année
 ses obligations.

Je comprends  que  mon  chagrin
n'arrêtera  pas la   verdure.
Et le brin  d'herbe  s'il  hésite un  instant,
c'est  sur le  souffle du  vent.

Je ne souffre pas  trop  de  voir
que les  aulnes  au bord  de  l'eau
ont  de  quoi  bruire  à  nouveau.

Je prends bonne   note  du  fait
que- comme  si  tu   étais  toujours  là - 
le bord  d'un certain  étang
est  resté aussi  beau  que  naguère.

Je ne garde  nulle  rancune
a la vue, pour la vue  de la baie
par le  soleil  éblouie.

Je parviens  même  à  imaginer
Les deux, mais pas nous du tout,
assis en  ce  moment  même
sur le  tronc  du  bouleau  abattu.

Je respecte leur  droit  absolu
au  chuchotement et  au  rire
et  au silence  du  bonheur.

J'irais même  jusqu'à  penser
que  c'est l'amour  qui  les  lie,
et qu'il  la  serre contre  lui 
de son  bras  tout  à  fait vivant.

Quelque  chose  de nouveau, très oiseau,
bourdonne  dans les roseaux.
De tout mon coeur je souhaite
Qu'iils  puissent  tous  deux l'entendre.

Je n'exige  aucun  amendement
des  vagues  qui  s'abattent sur  la  rive,
ni aux vives,  ni aux  lascives
et qui  n'obéissent pas à  ma  loi.

Je  ne  demande  rien  de  rien
à l'étang  près de la  forêt,
qu'il  soit  émeraude
qu'il soit  saphyr,
qu'il  soit même  charbon.

Une seule  chose   je  refuse.
Revenir  à  tous  ces  endroits.
A ce privilège  de  présence-
Je renonce  par  la présente .

Je t'ai  tellement  vécu,
et  peut être juste  ce  qu'il faut,
pour  pouvoir  y  penser  de  loin.