vendredi 26 août 2016

Un beau matin de Jacques Prevert


Edward  Hopper
Il  n'avait peur  de personne
Il  n'avait  peur  de  rien
Mais un  matin  un  beau  matin
Il croit  voir  quelque chose
Mais il  dit   Ce n'est rien
Et  il  avait raison
Avec sa raison  sans   nul  doute
Ce  n'était  rien
Mais  le matin  ce même  matin
Il croit  entendre quelqu'un
Et  il  ouvrit  la  porte
Et   il  la referma en  disant   Personne
Et  il  avait   raison
Avec sa  raison sans nul  doute
Il n'y avait  personne
Mais soudain  il  eut   peur
Et   il  comprit  qu'il  était  seul
Mais qu'il  n'était  pas tout  seul
Et c'est  alors qu'il  vit
Rien  en personne  devant  lui  

Petit déjeuner du matin Jacques. Prevert / Erik Satie

https://youtu.be/b9WKC5sT9Z4




Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler

Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder

Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder

Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré.

mardi 16 août 2016

De l'autre côté du fleuve


 
(Philip Glass,Violin Concerto No.1)


Je suis passée  de l'autre côté  du fleuve
il n' y a  pas de pont, frontière  infranchissable
et rien de ce  côté  ne ressemble   à rien
 de ce qui  habite l'autre rive
Deux  mondes indifférents l'un  à  l'autre
deux  mondes ignorants  l'un  de  l'autre
Deux terres inaccessibles
Mondes  séparés par  les eaux
charriant les  souvenirs
De tous les présents passés des  hommes  
Jetés dans  le cours  sans retour
fuyant vers l’océan  de  l'oubli
eaux gonflées  des joies et  des peines
eaux  boueuses   tourbillonnantes
le flot engloutit les  mémoires
emportent  les chagrins
dans son torrent  de pleurs .

Assise sur la berge
Je contemple cette  masse  liquide
qui semble m'inviter à m'y  plonger
à croire en  son  pouvoir
d'éponger les blessures
dans la promesse d'autres  futurs
Sur d'autres berges ,d'autres paysages
le nouveau filant  lui-même  vers d'autres  flots
D'autres  eaux,  finalement vers la  mer
ultime  but  de tout voyage.
le fleuve  ne gronde  pas  aujourd'hui
il est seulement  énorme
au plus fort  de  sa crue
glissant  le long des digues
qu'il  envahit  sournoisement

Si haute la surface  de  l'eau  à cette heure
qu'il  faudrait me hisser  bien au delà  de moi-même
Pour  que mon regard échappe à cet  horizon  fluide.

(Deferlante)

dimanche 14 août 2016

Dans les forêts de Sibérie

sortie   2016
Réalisateur   Safy  Nebbou , adaptation  libre  du   roman  de   Sylvain  Tesson .
Musique de  ibrahim  Maalouf



Je suis sortie  de la salle  toute éblouie  par  la lumières de  ces paysages sibériens .Un peu  plus tard  je me suis  dit que le film  manquait  peut être  un  peu   de  consistance  .
L’intrigue  est maigre : une rencontre  improbable   dans  des lieux  improbables  , un  rêve  de retour aux sources  pour  l’un , une  errance expiatrice  pour   l’autre  , une amitié solide  qui se  noue  entre  deux  hommes  si  différents , deux solitudes qui  se  croisent  , le  thème n’est pas original.
La nature sauvage   de  la  Sibérie avec les splendeurs  d’un  lac  Baïkal  filmé au fil  des  saisons  et  des heures  serait elle le seul  mérite  du  film  à provoquer  l’enchantement ? 
C’est possible   mais cette débâcle  interminable évoquant    un tableau  de   Friedrich   bien  connu, la  puissance  des sautes d’humeur   des  éléments  sous  des  latitudes que  bien   peu  d’entre  nous auront affrontés justifie  déjà notre enthousiasme. C’est une  succession   d’images à couper le souffle, la suggestion    efficace  de sensations fortes  au service de l’imaginaire  du  froid,  de la glace, de la neige  , c’est le  miroir  étincelant   et infini  du  lac qui  vient    à  se  briser, exploser    à l’arrivée  du  printemps  dans  le  grondement   titanesque remontant   de ses profondeurs insondables .
Mais il  y a  aussi  ces deux hommes  qui malgré la maigreur  du  scenario  grandissent  , s’enflent à la réflexion, au fur  et  à  mesure  que  notre  curiosité les rattrape.   
Nous voulons  crédible leur  belle  amitié où l’essentiel  des échanges  limités  par  la  barrière  de la langue se réduit le plus souvent  aux gestes et  aux regards  . Le plus jeune   ne   parle que quelques  mots  de  russe. Il  nous  apparait   un peu  naïf, fragile dans  ce  contexte  d’une  nature si  sauvage.  Mais c’est  cette  innocence  qui   va  les attirer  l’un  vers  l’autre   en  réveillant    le sentiment   protecteur  chez le  plus vieux  ,  fugitif , banni   par les siens  , condamné   à errer  aux  portes de   l’enfer pour   une  faute  commise  dans un de  ces moments  d’égarement  qui  décident  de  toute  une  vie. 
Dans ces  longues années  passées dans l’isolement de  ces lieux  hostiles il a apprivoisé le désert  glacé , il connait  ses  pièges  , il peut  transmettre  son  savoir  au jeune  candidat à  l’ermitage  mais  il sait  que    n’est pas la place  de  l’homme, que cette beauté glace le  cœur sans l’apaiser  et  dans un sublime  sacrifice que lui  offre  le  hasard de cette  rencontre,  il   va renvoyer    son   compagnon  vers le  monde  des  hommes  .
L’aventure  se  déroule sous  nos  yeux , toujours  couverte par  le spectacle   de  la nature   auquel  le réalisateur réserve  constamment  le  premier  rôle  .Cette  relation  qui n’est  absolument pas construite  dans un  registre   minimaliste  donne  à  l’ensemble    un étrange  sentiment  de pudeur , une pudeur    si souvent  absente   des productions cinématographiques et qui pourrait  bien  vouloir  rappeler   la  portée  dérisoire  des actions  humaines.

jeudi 4 août 2016

Les beatitudes de Vladimir Martynov

Un  des principaux  thèmes  de   la  Grande  bellezza , le fim  de   Paolo Sorrentino  (2013)

Beatitudes  de   Vladimir   Ivanovitch  Martynov  ,  compositreur russe   né  en  1946

lundi 1 août 2016

La ballade de Mauthausen de Mikis Theodorakis



Sur  la video  de Inge  5555
(https://www.youtube.com/watch?v=YfCThxxRE48)
Avec  mes  remerciements 

The poet Iacovos Kambanellis was a prisoner in Mauthausen during World War II. At the beginning of the sixties, he wrote his memories of this time under the title of "Mauthausen". In 1965, he also wrote four poems on the subject and he gave Mikis the opportunity to set them to music. Mikis did this with much pleasure, firstly because he liked the poetry of the texts, and secondly because he was locked up during the Nazi occupation in Italian and German prisons, but mainly because this composition gives us the chance to remind the younger generation of history, that history that must never be forgotten.

Canto general : Pablo Neruda / Mikis Theodorakis


El Canto General (1950 - extraits )

Je prends congé, je rentre
chez moi, dans mes rêves,
je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète
et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :
[....]