mardi 16 août 2016

De l'autre côté du fleuve


 
(Philip Glass,Violin Concerto No.1)


Je suis passée  de l'autre côté  du fleuve
il n' y a  pas de pont, frontière  infranchissable
et rien de ce  côté  ne ressemble   à rien
 de ce qui  habite l'autre rive
Deux  mondes indifférents l'un  à  l'autre
deux  mondes ignorants  l'un  de  l'autre
Deux terres inaccessibles
Mondes  séparés par  les eaux
charriant les  souvenirs
De tous les présents passés des  hommes  
Jetés dans  le cours  sans retour
fuyant vers l’océan  de  l'oubli
eaux gonflées  des joies et  des peines
eaux  boueuses   tourbillonnantes
le flot engloutit les  mémoires
emportent  les chagrins
dans son torrent  de pleurs .

Assise sur la berge
Je contemple cette  masse  liquide
qui semble m'inviter à m'y  plonger
à croire en  son  pouvoir
d'éponger les blessures
dans la promesse d'autres  futurs
Sur d'autres berges ,d'autres paysages
le nouveau filant  lui-même  vers d'autres  flots
D'autres  eaux,  finalement vers la  mer
ultime  but  de tout voyage.
le fleuve  ne gronde  pas  aujourd'hui
il est seulement  énorme
au plus fort  de  sa crue
glissant  le long des digues
qu'il  envahit  sournoisement
Si haute la surface  de  l'eau  à cette heure
qu'il  faudrait me hisser  bien au delà  de moi-même
Pour  que mon regard échappe à cet  horizon  fluide.

(Deferlante)

dimanche 14 août 2016

Dans les forêts de Sibérie

sortie   2016
Réalisateur   Safy  Nebbou , adaptation  libre  du   roman  de   Sylvain  Tesson .
Musique de  ibrahim  Maalouf



Je suis sortie  de la salle  toute éblouie  par  la lumières de  ces paysages sibériens .Un peu  plus tard  je me suis  dit que le film  manquait  peut être  un  peu   de  consistance  .
L’intrigue  est maigre : une rencontre  improbable   dans  des lieux  improbables  , un  rêve  de retour aux sources  pour  l’un , une  errance expiatrice  pour   l’autre  , une amitié solide  qui se  noue  entre  deux  hommes  si  différents , deux solitudes qui  se  croisent  , le  thème n’est pas original.
La nature sauvage   de  la  Sibérie avec les splendeurs  d’un  lac  Baïkal  filmé au fil  des  saisons  et  des heures  serait elle le seul  mérite  du  film  à provoquer  l’enchantement ? 
C’est possible   mais cette débâcle  interminable évoquant    un tableau  de   Friedrich   bien  connu, la  puissance  des sautes d’humeur   des  éléments  sous  des  latitudes que  bien   peu  d’entre  nous auront affrontés justifie  déjà notre enthousiasme. C’est une  succession   d’images à couper le souffle, la suggestion    efficace  de sensations fortes  au service de l’imaginaire  du  froid,  de la glace, de la neige  , c’est le  miroir  étincelant   et infini  du  lac qui  vient    à  se  briser, exploser    à l’arrivée  du  printemps  dans  le  grondement   titanesque remontant   de ses profondeurs insondables .
Mais il  y a  aussi  ces deux hommes  qui malgré la maigreur  du  scenario  grandissent  , s’enflent à la réflexion, au fur  et  à  mesure  que  notre  curiosité les rattrape.   
Nous voulons  crédible leur  belle  amitié où l’essentiel  des échanges  limités  par  la  barrière  de la langue se réduit le plus souvent  aux gestes et  aux regards  . Le plus jeune   ne   parle que quelques  mots  de  russe. Il  nous  apparait   un peu  naïf, fragile dans  ce  contexte  d’une  nature si  sauvage.  Mais c’est  cette  innocence  qui   va  les attirer  l’un  vers  l’autre   en  réveillant    le sentiment   protecteur  chez le  plus vieux  ,  fugitif , banni   par les siens  , condamné   à errer  aux  portes de   l’enfer pour   une  faute  commise  dans un de  ces moments  d’égarement  qui  décident  de  toute  une  vie. 
Dans ces  longues années  passées dans l’isolement de  ces lieux  hostiles il a apprivoisé le désert  glacé , il connait  ses  pièges  , il peut  transmettre  son  savoir  au jeune  candidat à  l’ermitage  mais  il sait  que    n’est pas la place  de  l’homme, que cette beauté glace le  cœur sans l’apaiser  et  dans un sublime  sacrifice que lui  offre  le  hasard de cette  rencontre,  il   va renvoyer    son   compagnon  vers le  monde  des  hommes  .
L’aventure  se  déroule sous  nos  yeux , toujours  couverte par  le spectacle   de  la nature   auquel  le réalisateur réserve  constamment  le  premier  rôle  .Cette  relation  qui n’est  absolument pas construite  dans un  registre   minimaliste  donne  à  l’ensemble    un étrange  sentiment  de pudeur , une pudeur    si souvent  absente   des productions cinématographiques et qui pourrait  bien  vouloir  rappeler   la  portée  dérisoire  des actions  humaines.