lundi 24 décembre 2012

¨Prométhée enchaîné , Eschyle


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LE CHOEUR.
Ô Prométhée! je déplore ton lamentable destin. Un ruisseau de larmes coule de mes yeux attendris, humide rosée qui mouille mon visage. L'épouvantable supplice décrété par Jupiter, c'est pour montrer qu'il n'a de lois  que son caprice, c'est pour faire sentir son orgueilleux empire aux dieux qui furent puissants autrefois.
Déjà toute la contrée d'alentour a retenti d'un cri plaintif. Ils pleurent tes nobles et antiques honneurs, ils pleurent la gloire de tes frères, ils souffrent de les lamentables douleurs, tous ces mortels qui habitent le sol sacré de l'Asie; et les vierges de Colchide, intrépides soldats; et la horde scythe, qui occupe les bords du marais Méotide, aux extrêmes confins du monde ; et cette fleur de l'Arabie , Ces héros dont le Caucase abrite les remparts, bataillons frémissants, hérissés de lances.
Le seul Dieu que j'eusse vu jadis chargé des chaînes d'airain de la douleur pesante, c'était cet infatigable Titan, Atlas, dont le dos supporte un immense et écrasant fardeau, le pôle de la terre et du ciel. La vague des mers tombe sur la vague et mugit; l'abîme pousse un gémissement ; l'enfer ténébreux frémit dans les profondeurs de la terre ; les sources des fleuves à l'onde sacrée exhalent un douloureux murmure : tout, dans le monde, pleure sur les tourments d'Atlas .
 PROMÉTHÉE.
Croyez-moi, ce n'est ni l'orgueil ni un obstiné dédain qui cause mon silence; mais j'ai le cœur rongé d'un cuisant chagrin, à la vue des outrages où je suis en butte. Et pourtant, ces nouveaux dieux, à qui doivent-ils leurs honneurs? à qui, sinon à moi? Mais n'en parlons point : ce serait vous dire ce que déjà vous savez. Écoutez plutôt quel était le triste destin des mortels, et comment ces êtres, stupides jadis, acquirent, grâce à moi, raison et sagesse. Ce n'est pas que j'aie à faire aucun reproche aux hommes : je parle pour rappeler seulement quels furent mes dons et ma bonté. — Autrefois ils voyaient, mais ils voyaient mal ; ils entendaient, mais ils ne comprenaient pas. Semblables aux fantômes des songes, ils vivaient, depuis des siècles, confondant pêle- mêle toutes choses. Ils ne savaient se servir ni des briques ni du bois, pour construire des maisons éclairées par le jour. Comme la frêle fourmi ils habitaient sous terre, dans des cavernes profondes où ne pénétrait pas le soleil. Nul signe certain qui distinguât à leurs yeux l'hiver, soit du printemps plein de fleurs, soit de l'été aux moissons abondantes. Ils agissaient, mais toujours au hasard, sans réflexion. Enfin je leur enseignai l'art d'observer et l'instant précis du lever des astres et l'instant précis de leur coucher. C'est moi qui inventai pour eux la science des nombres, la plus noble des sciences; pour eux je formai l'assemblage des lettres, je. fixai la mémoire qui conserve tous les souvenirs, la mère, l'instrument des Muses. C'est moi aussi qui, le premier, accouplai sous le joug les animaux auparavant sauvages, désormais domptés et obéissants; et le corps des mortels fut soulagé du poids des travaux les plus rudes. C'est moi qui attelai les chevaux, dociles au frein, à des chars splendides, orgueil de l'opulence. Et ces autres chars aux ailes de lin, qui emportent le matelot sur les ondes, quel autre que moi les a inventés? Infortuné! mon industrie a tout créé pour les mortels, et je ne trouve, pour moi-même, aucun moyen de me délivrer de mon tourment!
LE CHOEUR.
Ton supplice est bien cruel; mais tu dois ton malheur à ta folie imprudente. Aussi, comme un mauvais médecin, tu perds courage, dès que tu souffres toi-même; tu ne sais imaginer nul remède pour te guérir
 PROMÉTHÉE.
Apprends le reste, et tu vas admirer bien plus encore d'autres arts, d'autres inventions, dont l'idée n'appartient qu'à moi. Voici mon bienfait le plus grand. Jadis, un mortel tombait-il malade, nul secours à espérer : point d'aliment salutaire, ni de topique, ni de breuvage, aucun remède enfin; et ils périssaient. Je leur enseignai à composer de bénins mélanges, préservatifs aujourd'hui pour eux de toutes les maladies. Et cette autre science aux aspects si variés, la divination, c'est moi encore qui l'ai fondée. C'est moi qui le premier distinguai, parmi les songes, les visions qui doivent s'accomplir; c'est moi qui expliquai les pronostics dont rien ne donnait aux hommes l'intelligence. Rencontres fortuites durant le voyage, vol des oiseaux de proie, j'ai tout défini avec clarté; j'ai dit quels oiseaux étaient ou d'un favorable ou d'un sinistre augure ; j'ai dit aussi les mœurs de leurs races diverses, leurs mutuelles haines, leurs amitiés, leurs réunions; enfin j'ai montré la sorte de poli, la couleur qui plaisait aux dieux dans les entrailles des victimes, et les nuances de beauté du fiel et du foie. J'ai fait brûler sur le feu, dans une enveloppe de graisse, les cuisses, les larges reins de la victime , guidant ainsi les mortels sur la route d'un art ténébreux, et rendant sensibles à leurs regards les signes de la flamme, autrefois inexpliqués. Tels furent mes bienfaits ; et je ne parle pas de ces trésors que la terre dérobait aux hommes dans ses profondeurs: l'airain, le fer, l'argent, l'or; qui pourrait se vanter de les avoir découverts avant moi? personne, sans nul doute, à moins d'une folle jactance. En un seul mot je puis tout t'apprendre : l'inventeur de tous les arts dont jouissent les mortels, c'est Prométhée.
LE CHOEUR.
Ne va pas, toi qui as trop fait pour les mortels, ne va pas, dans ce malheur, t'abstenir de rien faire pour toi-même; car bientôt, j'en ai la douce espérance, tu serais libre de ces chaînes, tu deviendrais l'égal de Jupiter.
PROMÉTHÉE.
Non! tel n'est point l'avenir fixé par la Parque inévitable. Je vivrai courbé sous des maux, sous des tortures sans nombre : ce n'est qu'après le supplice que je sortirai des fers. L'art est une bien faible puissance quand il lutte contre la nécessité.
LE CHOEUR.
Mais cette nécessité, qui donc règle son cours?
PROMÉTHÉE.
C'est la triple Parque, ce sont les Furies à l'infaillible mémoire.
[...]

De l’âge d’or à l’âge du fer … (Hesiode)


De l’âge  d’or   à l’âge  du fer 

Le Mythe  des  races  …  (Hesiode)

Les  travaux  et les jours 


(Remerciements  toujours  au  site  de   Ph.  Remacle  pour  les  traductions  de   ces  textes  immortels  !!)
L'Age d'or
(j'ai  reproduit  également  les  notes  qui accompagnaient  cet  extrait)
Quand les hommes et les dieux furent nés ensemble, d’abord les célestes habitants de l'Olympe créèrent l'âge d'or (8) pour les mortels doués de la parole. Sous le règne de Cronos qui commandait dans le ciel, les mortels vivaient comme les dieux, ils étaient libres d'inquiétudes, de travaux et de souffrances ; la cruelle vieillesse ne les affligeait point ; leurs pieds et leurs mains conservaient sans cesse la même vigueur, et loin de tous les maux, ils se réjouissaient au milieu des festins, riches en fruits délicieux et chers aux bienheureux Immortels. Ils mouraient comme enchaînés par un doux sommeil. Tous les biens naissaient autour d'eux. La terre fertile produisait d'elle-même d'abondants trésors ; libres et paisibles, ils partageaient leurs richesses avec une foule de vertueux amis. Quand la terre eut renfermé dans son sein cette première génération, ces hommes, appelés les génies terrestres, devinrent les protecteurs et les gardiens tutélaires des mortels : ils observent leurs bonnes ou leurs mauvaises actions, et, enveloppés d'un nuage (9), parcourent toute la terre en répandant la richesse : telle est la royale prérogative qu'ils ont obtenue.
L'âge d'argent
Ensuite les habitants de l'Olympe produisirent une seconde race bien inférieure à la première, l'âge d'argent (10) qui ne ressemblait à l'âge d'or ni pour la force du corps ni pour l'intelligence. Nourri par les soins de sa mère, l'enfant, toujours inepte, croissait, durant cent ans, dans la maison natale. Parvenu au terme de la puberté et de l'adolescence, il ne vivait qu'un petit nombre d'années, accablé de ces douleurs, triste fruit de sa stupidité, car alors les hommes ne pouvaient s'abstenir de l'injustice ; ils ne voulaient pas adorer les dieux ni leur offrir des sacrifices sur leurs pieux autels, comme doivent le faire les mortels divisés par tribus. Bientôt Zeus, fils de Cronos, les anéantit, courroucé de ce qu'ils refusaient leurs hommages aux dieux habitans de l'Olympe. Quand la terre eut dans son sein renfermé leurs dépouilles, on les nomma les mortels bienheureux ; ces génies terrestres n'occupent que le second rang, mais le respect accompagne aussi leur mémoire.
L'âge d'airain
Rodin:  l'âge  d'airain

Le père des dieux créa une troisième génération d'hommes doués de la parole, l'âge d'airain, qui ne ressemblait en rien à l’âge d'argent.
Robustes comme le frêne, ces hommes, violents et terribles, ne se plaisaient qu'aux injures et aux sanglants travaux de Arès ; ils ne se nourrissaient pas des fruits de la terre, et leur coeur impitoyable avait la dureté de l'acier. Leur force était immense, indomptable, et des bras invincibles s'allongeaient de leurs épaules sur leurs membres nerveux. Ils portaient des armes d'airain ; l’airain composait leurs maisons ; ils ne travaillaient que l'airain, car le fer noir n'existait pas encore. Égorgés par leurs propres mains, ils descendirent dans la ténébreuse demeure du froid Hadès sans laisser un nom après eux. Malgré leur force redoutable, la sombre Mort les saisit et ils quittèrent la brillante lumière du soleil.
L'âge des Héros
Quand la terre eut aussi renfermé leur dépouille dans son sein, Zeus, fils de Cronos, créa sur cette terre fertile une quatrième race plus juste et plus vertueuse (11), la céleste race de ces Héros que l'âge précédent nomma les demi-dieux dans l’immense univers. La guerre fatale et les combats meurtriers les moissonnèrent tous, les uns lorsque, devant Thèbes aux sept portes (12), sur la terre Cadméen, ils se disputèrent les troupeaux d'Oedipe (13) ; les autres lorsque, franchissant sur leurs navires la vaste étendue de la mer, armés pour Hélène aux beaux cheveux, ils parvinrent jusqu'à Troie, où la mort les enveloppa de ses ombres. Le puissant fils de Cronos, leur donnant une nourriture et une demeure différentes de celles des autres hommes, les plaça aux confins de la terre. Ces Héros fortunés, exempts de toute inquiétude, habitent les îles des bienheureux (14) par delà l'océan aux gouffres profonds, et trois fois par an la terre féconde leur prodigue des fruits brillants et délicieux.
L'âge de fer
Plût aux dieux que je ne vécusse pas au milieu de la cinquième génération ! Que ne suis-je mort avant ! que ne puis-je naître après ! C'est l'âge de fer (15) qui règne maintenant. Les hommes ne cesseront ni de travailler et de souffrir pendant le jour ni de se corrompre pendant la nuit ; les dieux leur enverront de terribles calamités. Toutefois quelques biens se mêleront à tant de maux. Zeus détruira cette race d'hommes doués de la parole lorsque presque dès leur naissance leurs cheveux blanchiront. Le père ne sera plus uni à son fils, ni le fils à son père, ni l'hôte à son hôte, ni l'ami à son ami ; le frère, comme auparavant, ne sera plus chéri de son frère ; les enfants mépriseront la vieillesse de leurs parents. Les cruels ! ils les accableront d'injurieux reproches sans redouter la vengeance divine. Dans leur coupable brutalité, ils ne rendront pas à leurs pères les soins que leur enfance aura reçus : l'un ravagera la cité de l'autre ; on ne respectera ni la foi des serments, ni la justice, ni la vertu ; on honorera de préférence l'homme vicieux et insolent ; l'équité et la pudeur ne seront plus en usage ; le méchant outragera le mortel vertueux par des discours pleins d'astuce auxquels il joindra le parjure. L'Envie au visage odieux, ce monstre qui répand la calomnie et se réjouit du mal, poursuivra sans relâche les hommes infortunés. Alors, promptes à fuir la terre immense pour l'Olympe, la Pudeur et Némésis (16), enveloppant leurs corps gracieux de leurs robes blanches, s'envoleront vers les célestes tribus et abandonneront les humains ; il ne restera plus aux mortels que les chagrins dévorants, et leurs maux seront irrémédiables.

(9) Plusieurs anciens grammairiens ont cru qu'Hésiode parlait ici des Héros à cause de cet hémistiche «Heéra essaménoi, » que Virgile a rendu par ces mots «Obscurci aere septi ; » et ils ont fait dériver leur nom de aeros. Eustathe (Iliade, ch. 1, v. 3) et le grand étymologiste s'y sont trompés eux-mêmes. Mais Heinsius remarque avec raison que les Héros et les Génies ne sont pas ici la même chose. Hésiode, suivant Proclus, divise en quatre classes la hiérarchie céleste et humaine ; dans la première il place les dieux, dans la seconde les Génies, dans la troisième les Héros et dans la quatrième les hommes. Ces Génies, agents intermédiaires entre Zeus et les rois, président à la justice et distribuent la richesse parmi les mortels. Représentants de la divinité sur la terre, s'ils restent subordonnés aux dieux, leur pouvoir invisible et protecteur s'élève au-dessus de la puissance, humaine. Il y a de l'analogie entre ces Génies et les anges des Hébreux dans la Bible (10) Hésiode, dans le tableau de l'âge d'argent nous montre la race humaine déjà dégénérée : les enfants restent pendant cent années, amollis par une éducation efféminée, auprès de leur mère, et leur intelligence est lente à se développer ; cet état de mollesse et d'ignorance les porte aux actes de violence et d'impiété.
Ce nombre de cent années pendant lesquelles se prolonge l'enfance prouve qu'il ne faut pas assigner à chacun de ces âges la durée précise des générations ordinaires qu'Homère borne à trente ans. Quoique Hésiode dise que les enfants, une fois parvenus à l'adolescence, ne vivaient que peu, leur vie entière, n'eût-elle été composée que du temps de l'enfance, était encore plus longue que celle des héros de l'Iliade. Hésiode en effet rapporte une tradition qui se rapproche plus que la tradition homérique du berceau de l'univers. Le mot de génération dans les Travaux et les Jours entraîne donc l'idée d'un espace de temps d'une longueur indéterminée. C'est dans l'Orient que la Grèce a trouvé le modèle des âges du monde.
II y a dans les écrits des Indiens quatre yougas on quatre âges destinés à la durée du monde : la première période (crita ou satya-youga) a duré trois millions deux cent mille ans ; la seconde (treta-youga), deux millions quatre cent mille ans ; la troisième, (dwapara-youga), un million six cent mille ans ; la quatrième (cali-youga) doit durer quatre cent mille ans, dont cinq mille environ sont déjà écoulés. Les hommes vivaient d'abord cent mille ans, puis dix mille ans, ensuite mille ans, maintenant ils ne vivent plus que cent années,  ainsi la durée de la vie diminue à mesure que la corruption s'accroît.
Dans le Zend-Avesta, la grande période de douze mille ans, pour la lutte des deux principes, se divise en quatre âges : dans le premier, Ormuds règne seul ; dans le second, Arihman commence à paraître ; dans le troisième, qui est l'âge présent, Arihman combat Ormuds ; dans le quatrième, qui est l'âge futur, le mauvais principe doit l’emporter jusqu'à la fin du monde, où le bon principe dominera pour toujours.
La Grèce, comme on le voit, a réduit l'énormité de ces calculs à des proportions moins gigantesques, mais on trouve encore dans cette partie de ses croyances plus d'exagération que dans les autres, d'où l'on peut conclure que l'empreinte des types orientaux est ici plus frappante. 
(11) Hésiode dit que l'âge des Héros fut plus juste et meilleur que l'âge précédent ; mais, comme l'observe Leclerc, combien celui-ci ne dut-il pas être criminel, puisque celui-là nous montre les forfaits de la famille d'Oedipe, et les guerres des sept devant Thèbes, et l'enlèvement d'Hélène et le siège de Troie ! Ce siècle est appelé celui des Héros et des demi-dieux, parce que les hommes se distinguèrent par leur bravoure, et parce qu'ayant eu pour auteurs de leurs jours un mortel et une déesse ou bien une mortelle et un dieu, ils participaient également à la nature divine et à la nature humaine.  (12) II y avait trois villes de Thèbes dans l'antiquité : la première aux sept portes, fondée par Cadmus dans la Béotie ; la seconde aux cent portes, en Égypte, et la troisième, appelée Hypoplacie, en Cilicie ; celte dernière, suivant Tzetzès, était située auprès d'Atramytium, lieu ainsi appelé d'Atramytos, frère de Crésus.  (13) Étéocle et Polynice se disputent les troupeaux d'Oedipe, car dans ces temps primitifs les troupeaux composaient la plus grande partie des richesses royales. Homère nous montre souvent les fils de rois gardant des troupeaux et des brebis ; l'enlèvement de ces animaux était ordinairement l'objet de leurs premières guerres. Cette vie pastorale, à laquelle la muse bucolique rattache des idées de paix, d'innocence et de bonheur, n'était alors qu'une cause de brigandages et de rapines. II y a loin des paisibles bergers de Virgile et de Théocrite à ces hommes violents et farouches qui dans les siècles héroïques s'arrachaient la vie pour s'enlever leurs troupeaux (14) L'idée de l'île des bienheureux est évidemment prise dans ce passage de l'Odyssée (ch. 4 v. 561) :
"Pour toi (c'est Protée qui parle) ton destin n'est point, ô Ménélas ! ô nourrisson de Zeus ! de périr dans Argos féconde en coursiers, ni de connaître le trépas. Mais lesIimmortels t'enverront aux champs Élyséens, aux extrémités de la terre ; c'est là que règne le blond Rhadamanthe et que les humains jouissent d'une vie fortunée. Jamais de neiges, jamais de longs hivers, jamais de pluies : l'Océan envoie sans cesse les douces haleines du Zéphyr pour rafraîchir les hommes."
Strabon (liv. 1, c. i) dit que les îles des Bienheureux furent ainsi appelées parce qu'on les croyait heureuses, à cause du voisinage de ces lieux décrits dans l'Odyssée ; il les place vis-à-vis la Maurusie, vers le couchant, du coté de l'extrémité occidentale de l'Ibérie. D'après Diodore de Sicile (liv. 5, c, 82), le continent opposé à ces îles ayant été ravagé par de longues pluies, les fruits de la terre se corrompirent et la famine amena la peste ; mais les îles, rafraîchies par un air sain et abondantes en fruits, rendirent leurs habitants heureux (macarious). C'est leur fertilité qui leur valut leur nom ; "et quelques-uns, ajoute Diodore, disent qu'elles ont été ainsi nommées des fils de Macarée et d'Ion qui y régnèrent. En un mot ces îles dont je viens de parler se distinguaient des îles voisines par leur bonheur, non seulement dans les anciens temps, mais encore dans notre siècle."
Pindare, Horace, Silius Italicus parlent également du séjour des bienheureux.
Hérodote qui, plus voisin du siècle d'Hésiode que ces auteurs, aurait dit se conformer davantage à sa tradition est cependant celui qui s'en écarte le plus ; il raconte (liv. 3, c, 26) que le territoire de la ville d'Oasis, distante de Thèbes de sept journées de marche, portait un nom qui signifiait l'île des Bienheureux. Après tout, dans un temps où tout ce qu'on rapportait sur l'Afrique occidentale était vague et confus, la renommée avait bien pu placer cette île dans une de ces oasis du désert qui sont réellement des îles de verdure jetées an milieu d'une mer de sables. Si Hésiode a relégué l’île des Bienheureux par-delà l'Océan, c'est que, parlant d'une chose idéale, il a dû choisir la contrée qui, à cause de son éloignement, se prêtait merveilleusement à tout ce que la mythologie avait de singulier et de mystérieux. L’existence et la situation de ce séjour fortuné, où la terre produisait des fruits abondants et délicieux, offrent beaucoup de ressemblance avec le jardin où croissaient les pommes d'or des Hespérides.  (15) La peinture de l'âge de fer dans lequel vécut Hésiode démontre que la corruption et la méchanceté avaient fait d'effrayants progrès depuis l'âge des héros. Peut-être l'auteur, par une exagération permise en poésie, en a-t-il rembruni à dessein les couleurs. Quoi qu'il en soit, il doit y avoir de la vérité dans ce tableau, qui atteste un long intervalle entre les deux siècles d'Homère et d'Hésiode. Le poète exprime le regret de n'être pas né avant son siècle ou du moins le voeu de ne naître qu'après, comme si les âges futurs devaient être meilleurs. Ce tourment de la pensée qui, fatiguée du présent, a besoin de se reporter vers le passé ou de se lancer dans l'avenir est commun aux hommes d'une époque de malaise et de transition (16) Hésiode, pour compléter la peinture d'un siècle d'injustice et d'impiété, nous montre la Pudeur et Némésis prêtes à s'envoler de la terre vers le ciel ; la blancheur de leurs vêtements semble indiquer la candeur et la pureté de leur âme. Nous observerons de nouveau qu'Homère n'est pas dans l'usage de personnifier ainsi les idées morales. Ce passage a été imité par Juvénal (sat. 6) :
Credo pudicitiam Saturno rege moratam
In terris visamqne diu.
Paulatim deinde ad superos Astraea recessit
Hac comite atque duae pariter fugere sorores

samedi 22 décembre 2012

Prométhée

Prométhée  est  un  cousin de Zeus . Il est le  fils d'un  Titan Japet ,  comme  Zeus est le  fils  d'un autre  Titan   Cronos .Les traditions  différent  sur le nom  de  sa mère  On la nomme Asia ,  ou  Clymèné  également  une des océanide  (Hésiode ) . ou encore Eurymédon .
Prométhée   a  plusieurs  frères  :  Le maladroit   Epiméthée   ( son  double  et  contraire   ) Atlas  ,et  Ménoétios  . A son tour   Prométhée  se maria.  Le nom  de  sa femme   varie  également  selon  les  auteurs: le plus  souvent  c'est  Célaeno , ou  encore   Climéné. Ses  enfants  sont   Deucalion ,  Lycos et Chymaérée auxquels  on ajoute  parfois   Hellèn et Thébé.
Prométhée passe pour  avoir  crée les premiers  hommes en  les  façonnant  avec  de la terre   glaise. Mais  cette  légende  n'apparait pas  dans la  Théogonie d'Hésiode , où  Prométhée  est simplement  le  bienfaiteur  de   l'humanité et  non son  créateur .
Prométhée  façonne  les   hommes   .

C'est pour les hommes que Prométhée avait trompé Zeus( 1)une  première  fois  à   Méconè, Au cours  d'un sacrifice  solennel , il  avait  fait  deux parts  d'un  boeuf :  d'un  côté  il  avait mis  sous la peau ,  la  chair et les  entrailles  qu'il  avait  recouvertes  du  ventre  de l'animal ;  de l'autre  côte   il avait  disposé  les os  dépouillés  de la  viande  et les  avait  recouverts  de  graisse  blanche . Puis il  avait  dit  à   Zeus  de  choisir  sa   part  , le reste  devant  aller aux hommes .  Zeus  choisit la  graisse  blanche ,et  quand il  découvrit  qu'elle ne  cachait  que  des  os , il fut  saisit  d'une  grande  rancune  contre Prométhée  et  contre les  mortels  que  cette  ruse  avait  favorisés.Aussi  pour  les punir  décida-t-il  de  ne  plus  leur  envoyer  le  feu  .Alors   Prométhée  les  secourut  une  seconde  fois   :  il  déroba  des  semences de  feu  à  la  roue du  soleil et  les  apporta sur la  terre  cachés  dans une  tige  de  férue  (fenouil). Une  autre  tradition  veut  qu'il ait   dérobé  ce  feu   à  la forge  d'  Héphaïstos
Rubens   Prométhée   dérobant le  feu 

.Zeus   punit   les  mortels  et leur  bienfaiteur   ; aux  premiers  il  envoya  une  femme  façonnée  tout  exprès: Pandore  .

 Quant   à  Prométhée  il  l'enchaina  par des liens  d'acier  sur  le   Caucase.  et  envoya un  aigle  né  d'Echidna  et  de   Typhon ,  pour lui  dévorer le  foie  qui   renaissait  toujours  .  Et il  jura par  le  Styx  de ne jamais   détacher Prométhée  du  rocher .Toutefois    Héraclès passant   par la   région  du  Caucase  perça  d'une  flèche  l'aigle de  Prométhée , délivrant  celui-ci  .
Boëcklin  : Prométhée  enchainé   au  sommet  du  Caucase 

Zeus fut heureux  de  cet  exploit  qui  ajoutait  à  la  gloire  de son  fils (Héraclès  ) , mais pour  que  son  serment  ne  demeura pas  vain,  il  enjoignit  à   Prométhée  de porter  une  bague  faite  dans l'acier  de  ses chaines et  d'un morceau  du  rocher  sur lequel  il  était  attaché  :  ainsi  un lien  d'acier  ,  continuait-il  à  unir le  titan  et  son  rocher. .C'est  à ce moment là  que le  centaure  Chiron ,(2) blessé  par une  flèche  d' Héraclès et  souffrant  sans  répit , désira mourir; Prométhée   lui  rendit  ce  service  et  devint immortel à  sa place .  Zeus accepta la  délivrance  et l'immortalité du Titan d'autant plus  volontiers que  celui-ci  lui  avait  rendu  un  grand  service en lui  révélant  un très ancien oracle  selon lequel  l'enfant  qu'il  aurait  de   Thétis (Achille)  serait plus  puissant que lui-même  et le  détrônerait  .
 Prométhée   possédait  des  dons  de   devin .  C'est lui  qui  indiqua  à  Héraclès , le moyen  de  se procurer les Pommes  d'or   en  lui  enseignant  que  seul  Atlas  pourrait  les  cueillir  dans le  jardin des   Hespérides Ce  don  de prophétie  lui  était  commun  avec les  très anciennes filles  de  la Terre  qui elle-même  est la prophétesse  par excellence  . C'est lui  aussi  qui enseigna  à  son  fils Deucalion , le moyen  de  se  sauver  du  grand  déluge que  méditait   Zeus  pour  anéantir la  race  humaine et  qu'il avait  su  prévoir    
(Pierre  Grimal  Dictionnaire  de la  mythologie  .)

1)  J.P. Vernant  insiste  sur les   traits   particuliers  de  Prométhée:  sa  plus  grande  qualité est la   ruse   que le  grecs   ont  toujours assimilée   à  l'intelligence (ex :  Ulysse   et je  dirais  même  que  c'est  ce  qui   valut la  tolérance  des  grecs  envers  Alcibiade )   D'ailleurs   afin  d'acquérir   la  supériorité  dans  ce  domaine   ,  Zeus  avala   ,   transformée   en  goutte  d'eau  ,  sa première  femme   Métis,   personnification  de  la  sagesse  et  de  l'intelligence  rusée  .Metis  était  alors  enceinte  d' Athéna et  l'on dû  fendre  la  tête  de   Zeus   pour   sa naissance.  
C'est probablement  en  vertu  de  cette  prudence  que  Prométhée    ne participa   pas  au  combat  de s  Titans contre   Zeus   . L'autre  trait  de  caractère  sur  lequel  insiste J.P  Vernant  est  son  esprit  de  rebellion ,  son  indépendance et son  audace. S'il n'a pas  crée  lui-même  les   hommes, l'histoire  ne  dit pas  pourquoi  il  prit  leur  parti avec  tous  ces risques  .  Mais  Hésiode  rapportant  l'épisode  du  partage du  boeuf  précise  qu'il  eut  lieu    à  l'occasion  d'une  dispute entre  les  hommes  et les dieux  alors  que   Zeus  établissait  l'ordre  du  monde en  répartissait  les  biens et  les  maux et  que  déjà  bien  des  maux  avaient   été  écartés  des  dieux   au  détriment   des  hommes   .
2) Fils de  Titan   Prométhée   ne possédait pas  l'immortalite .        


jeudi 20 décembre 2012

Première renaissance en Italie






Niccolo  da  perugia  ,Osommo Specchio..


Petit voyage  en   Italie  de  la  pré-renaissance  ou  1ère   Renaissance 


Simone   Martini 

1284 (date  de naissance  présumée- 1344 Sienne 

Annonciation :galerie  des  Offices ( détail) 

Annonciation  Galerie des Offices   (détail )

St Martin  en   méditation  (Assise) 
St Martin  en  méditation  (détai)



Giotto:1267-1337 à Florence 

dégage  la  peinture  des  canons rigides  de la  tradition   byzantine


Padoue  Chapelle  des  Scrovegni 



Assise : Basilique  supérieure  de   Saint  François 
Les  démons  chassés  d'Arezzo

Padoue  Chapelle  des  Scrovegni 

Fra  Angelico ( Guido  du  Piero dit  Beato  ou  Fra  Angelico)  (1395-1400)-1455 Florence


rencontre de   St   Nicolas  avec le  messager  d l'empereur (détail  de la fresque 
)
St Dominique   

St  Laurent  distribue  l'aumône  au x pauvres    (détail  :  le  langage  des mains   qu'utilise  régulièrement   l'artiste  .


Jacopo  da   Bologna 

Paolo  Ucello : 1397- 1475 Florence

Monument  équestre de  Sir   John  Hawwood (fresque,cathédrale  de Santa Maria  del flore   Florence


Maitre  de la perspective  en  action

 Fresques  de la  bataille  de   San  Romano 



Saint  Georges  et le  dragon 

 Masaccio  1401- -1428  Florence 

La puissance  du  réalisme   .


Le Baptème  des  néophytes


Saint  Paul


Adam et  Eve  chassés du  Paradis 

St  Pierre   détail  du  tribut à   César 





Francesco  Landini  (1325 -1397 Adiu adiu  dous dame 


Filippo  Lippi  1406-1469 Florence




".. influencé  par  le présent et le passé,  impulsif  et prudent, audacieux  et ému,  distrait  et  attentif,  il  est  totalement  pris  par  ce qui  dans la beauté est  éphémère et  par  ce  qui   dans la beauté   est  éternel ..." (M.Pittaluga)

Le banquet  d' Hérode 


Vierge  à  l'enfant  et  saints (détail)

Vierge  à  l'enfant 

Vierge  à  l'enfant   (détail)


Vierge  de la  Galerie  des   Offices   

Piero  della Francesca  1415-1420 ? - 1492 Florence  Ferrare, Venise  


"La restauration  sacrée  "
Parmi  les peintres les   plus  "intellectualisants " de  cette  époque   avec   ses   traités  sur  la peinture  et  la   géométrie  Il ouvre    l'art   florentin   à  celui  de  l'Italie  du  nord  et  aussi  du  Nord  de  l'Europe   (flamands  en particulier).



flagellation B

Flagellation  A
Flagellation  et  reconstitution  du  dallage


Madone   de  Senigallia 

mardi 18 décembre 2012

Arvo Pärt — Symphony No. 4 'Los Angeles' (UK Première) Proms 2010

Schopenhauer," l'art où le monde contemplé "



"Une vie heureuse est impossible : ce que l'homme peut réaliser de plus beau , c'est une vie héroïque: elle consiste à lutter sans relâche, dans une sphère d'activité quelconque , pour le bien commun ..." (Schopenhauer )

Caspar David   Friedrich


L'Absurde  et le  désespoir : "L'effort  continuel joint à  l'impossibilité d'atteindre  son   but  "
Trois   voies  s'offrent   à  l'homme   l'Art ,  La  pitié  (l'Amour )  ou  le renoncement   .


 

jeudi 13 décembre 2012

La naissance de Vénus : Hésiode et Botticelli

Botticelli  La Naissance  de  Vénus  


......Cronos/Saturne mutila de nouveau avec l'acier le membre qu'il avait coupé déjà et le lança du rivage dans les vagues agitées de Pontus : la mer le soutint longtemps, et de ce débris d'un corps immortel jaillit une blanche écume d'où naquit une jeune fille qui fut d'abord portée vers la divine Cythère et de là parvint jusqu'à Chypre entourée de flots. Bientôt, déesse ravissante de beauté, elle s'élança sur la rive, et le gazon fleurit sous ses pieds délicats. Les dieux et les hommes appellent cette divinité à la belle couronne Aphrodite, parce qu'elle fut nourrie de l'écume des mers ; Cythérée, parce qu'elle aborda Cythère, Cyprigénie, parce qu'elle naquit dans Chypre entourée de flots et Philomédée, parce que c'est d'un organe générateur qu'elle reçut la vie. Accompagnée de l'Amour et du beau Désir, le même jour de sa naissance, elle se rendit à la céleste assemblée. Dès l'origine, jouissant des honneurs divins, elle obtint du sort l'emploi de présider, parmi les hommes et les dieux immortels, aux entretiens des jeunes vierges, aux tendres sourires, aux innocents artifices, aux doux plaisirs, aux caresses de l'amour et de la volupté.......

Toujours  fidèle  au   site de Philippe Remacle :  extrait  de  la théogonie  d'Hésiode.

Et  pour  le plaisir  d'encore un regard   : 


mardi 11 décembre 2012

L'univers, les dieux, les hommes par Jean Pierre Vernant



Avant  propos
 Il était une fois ..
Tel  était le  chapitre   qu'au  départ j'avais pensé  donner à  ce livre  .J'ai  choisi  finalement  de lui en  substituer un autre plus explicite  . Mais au seuil  de l'ouvrage, je ne puis m'empêcher  d'évoquer  le  souvenir   auquel  ce premier  titre   faisait  écho  et qui  est à  l'origine  de ses  textes  .[...]

Et  J.P. Vernant  de nous  raconter   en tout  simplicité comment il puisait  dans  la mythologie  grecque  les  histoires  qu'il  racontait  à  son  petit  fils   comme prélude à  une douce nuit : "Jipé, l'histoire, l'histoire  !! ".

...] Il  me plaisait  aussi  que  cet héritage lui  parvienne oralement  sur le mode  de ce  que Platon  nomme   des  fables  de  nourrice, à  la  façon  de ce qui  se passe  d'une génération à  la suivante en dehors de  tout  enseignement  officiel , sans transiter par les livres, pour constituer un  bagage de conduites et de  savoirs   hors  texte, depuis les règles de la bienséance pour le parler  et  l'agir  , les bonnes moeurs  et  , dans les techniques  du  corps,  les styles de la marche  , de la course  , de la nage   , du  vélo, de l'escalade  .....
Certes  il  y avait   beaucoup  de naïveté  à croire  que je  contribuais  à  maintenir  en  vie une  tradition  d'antiques légendes   en  leur prêtant ma voix  chaque  soir  pour  les raconter à  un  enfant . Mais  c'était une  époque- je parle  des années   soixante-dix - où  le mythe avait le  vent  en  poupe. Après  Dumézil et  Levi-Strauss, la fièvre  des études  mythologiques avait  gagné un quarteron  d'hellénistes  qui  s'étaient  lancés  avec moi  dans l'exploration   de la  Grèce  ancienne. Au fur  et à mesure que nous  avancions et que  nos  analyses  progressaient l'existence  d'une pensée  mythique   en  général  devenait plus problématique  et nous étions  conduits à  nous  interroger  :  qu'est-ce qu'un mythe   ? ou  plus précisément,  compte tenu  de notre  domaine  de  recherche  :  qu'est-ce qu'un  mythe   grec ? Un récit  bien  sûr. Encore  faut-il  savoir   comment   ces récits  se sont  constitués, établis,  transmis  ,conservés. Or dans le  cas  grec   ils ne nous sont parvenus qu'en  fin   de  course, sous  formes de  textes écrits dont les plus  anciens appartiennent   à des oeuvres littéraires  relevant  de  tous les  genres : épopée,  poésie,  tragédie ,histoire , voire philosophie et  où,   exception  faite  de  l' Iliade, de l'Odyssée , et  de  la Théogonie  d'Hésiode  ils figurent  le plus souvent  dispersés de manière  fragmentaire, parfois  allusive. C'est à  une  époque  tardive  seulement  ,  vers  le  début  de notre ère, que des  érudits ont rassemblés  ces traditions multiples  , plus  ou  moins  divergentes , pour les présenter unifiés  dans un même  corpus  rangées les unes  après les autres  comme  sur les rayons  d'une   bibliothèque   , pour reprendre le  titre  qu' Apollodore   a précisément   donné  à  son  répertoire  , devenu  un des  grands classiques en  la matière  . Ainsi  s'est  construit   ce qu'il  est  convenu d'appeler  la mythologie  grecque  .
Mythe , mythologie ce sont  bien  en  effet   des mots  grecs  liés à l'histoire  et   à  certains traits de  cette  civilisation . Faut-il  en  conclure  qu'en  dehors  d'elle   ils ne sont pas pertinents et  que le mythe la mythologie n'existent   que sous la forme  et  au sens  grec  ?   C'est le  contraire  qui  est  vrai  . Les légendes hellènes, pour être  elles-mêmes comprises, exigent la comparaison  avec les récits  traditionnels   d'autres peuples , appartenant  à  des  cultures  et  à  des époques  très  diverses qu'il s'agisse  de la Chine  , de  l'Inde, du  Proche  Orient anciens , de l'Amérique  précolombienne   ou de l'  Afrique. 
[...]
Avec  Levi-Strauss  , JP  Vernant  estime que  le mythe    est  très  identifiable   et   se  distingue   du  récit historique   ou de la pure oeuvre de  fiction , relation  étroite avec la  poésie des origines dans  la forme  et  dans  sa fonction :
Tout  autre  est le  statut  du  mythe .  Il se présente   sous la figure  d'un récit  venu  du  fond des âges  et qui  serait  déjà  là avant qu'un quelconque conteur   en  entame la narration . En ce sens le  récit  mythique ne relève pas  de  l'invention  individuelle ni de la fantaisie  créatrice , mais  de la transmission  et  de  la  mémoire  . Ce lien  intime , fonctionnel,  avec la  mémorisation  rapproche le  mythe  de la poésie , qui  à  l'origine  dans ses manifestations les plus anciennes, peut  se  confondre  avec l'élaboration mythique. Le cas de l'épopée homérique  est à  cet  égard  exemplaire. Pour  tisser  ses récits  sur les  aventures    de  héros légendaires, l'épopée opère  d'abord  sur le  mode  de la poésie orale , composée  et  chantée devant les auditeurs   par des  générations successives d'aèdes   inspirés par la déesse  Mémoire (Mnémosunè) , et c'est seulement pus tard  qu'elle fait  l'objet  d'une rédaction , chargée d'établir  et  de  fixer le  texte  officiel .

Comparaison de  JP Vernant  avec le poème qui n'a d'existence  que  parlé  ,  qu'on doit   connaitre par coeur et pour lui  donner  vie   se le  réciter  avec les mots  silencieux de la parole intérieure."
Memoire  , oralité,  tradition  sont   bien  les conditions d'existence  et  de  survie  du  mythe  .
Mais au contraire  du  poème depuis le  XIV ème s    dont la forme  répond   à  une  construction  sévère ,  organisée qui  ne supporte    aucune   modification   de ses éléments  (pieds ,  versification   , mots ) unique et  immuable, le récit mythique  n'est pas fixé dans une forme définitive. Il comporte toujours  des variantes,  des versions multiples que le  conteur  trouve à  sa disposition, qu'il choisit  en  fonction des  circonstances  , de son public  ou  de  ses préférences et où il  peut  retrancher , ajouter   modifier  si celà  lui parait  bon  .
Aussi  longtemps qu'une  tradition orale  est  vivante ,  qu'elle  reste en  prise  sur  les façons de  penser   et  les moeurs d'un  groupe  , elle  bouge  :  le  récit  demeure  en  partie ouvert  à  l'innovation .
Quant le  mythologue  antiquaire   la trouve en  fin de  course  déjà  fossilisée en  des écrits  littéraires ou savants , comme  je  l'ai dit pour le  cas  grec ,  , chaque  légende   exige  de lui,   s'il veut la déchiffrer  correctement ,  que son enquête  s'élargisse  , palier  par  palier:  d'une de ses versions   à toutes  les autres,  , si mineures soient  elles, sur le  même  thème  puis à  d'autres  récits mythiques  proches ou  lointains  et  même à  d'autres  textes  différents  de la  même  culture ..... 
Ce qui  intéresse  en  effet l'historien  et l'anthropologue  , c'est l'arrière  plan intellectuel  dont  témoigne le  fil  de la narration , le cadre sur lequel  il  est tissé  ce qui ne peut  être  décelé qu'à travers la comparaison des récits   par le  jeu de  leurs écarts  et  de leurs  ressemblances  . 
Aux diverses mythologies  s'appliquent  en  effet   les remarques  que  Jacques  Roubaud  formule  très  heureusement  concernant les poèmes homériques   avec leur  élément  légendaire  :  "ils  ne  sont  pas  seulement des  récits.   Ils  contiennent  le  trésor  de pensées  , de  formes linguistiques,   d'imaginations  cosmologiques  , de préceptes moraux    etc...  qui  constituent l'héritage  commun  de la Grèce   préclassique."

Et  ainsi  dans  un simulacre   respectueux   de  la  tradition orale  et  du  récit mythique  JP  Vernant nous  offrait   ici , dans  son  livre , la voix  d'un nouvel  aède   du   XXème  s.



[...]
Les trois premiers chapitres (« L’origine de l’univers », « Guerre des dieux, royauté de Zeus », « Le monde des humains ») ont trait à l’œuvre d’Hésiode (avec quelques allusions à Eschyle) dont la Théogonie remonte probablement à 700 av. J.-C.2 Les trois premiers vers qui suivent le prologue aux Muses disent : « Donc avant tout fut Béance (Chaos) ; puis Terre aux larges flancs, assise sûre jamais offerte à tous les vivants, et Amour (Éros), le plus beau parmi les dieux immortels. » De ces trois vers l’auteur tire trois pages (pp. 15-17) où il analyse, tout en ayant l’air de raconter, la conception grecque du chaos, celle de l’amour à ce stade de la genèse de l’univers, et le statut de la Terre, premier fondement ferme sur laquelle la « création » va pouvoir s’appuyer.
Hésiode, donc, pour commencer. L’origine de l’univers, la castration d’Ouranos (le ciel), Cronos avalant ses enfants, Zeus les libérant et triomphant, enfin la lutte de Zeus et de Typhon dont Jean-Pierre Vernant donne plusieurs versions. Puis le conflit entre Zeus et Prométhée, mythe étiologique de la condition actuelle de l’humanité avec la création de Pandore et sa fameuse boîte qui, en réalité, est une jarre.
...]
http://lhomme.revues.org/index8045.html

jeudi 6 décembre 2012

Giotto : les vices et les vertus : Envie et Charité, Ovide et Proust


Envie  et   Charité

L'envie (  Invidia)



C'est  l'avant  dernier panneau  vers  l'enfer  , le dernier  figurant  le   Desespoir
Son  sens  est  éclairé par  la vertu " l'Espérance"  en  echo   sur  le   mur   opposé.
Le message  est  clair  :  une  vieille  femme  laide   brûle   déjà   dans les flammes  de l'enfer  , serrant  une  bourse symbole  des biens matériels. ,  Son  visage  est  déformé  par   des oreilles  démesurées  et   le serpent  qui  sort  de  sa bouche   (j'ai  oublié le  sens  des  cornes   orientées  vers  le  bas )  .
A ces  symboles  evidents  , il faudrait  ajouter  que  le  feu caractérise  ici   ,  la nature  insatiable  de  l'envie . Il  est  un  des  très rares   détails  colorés  de la suite de figures . Le serpent   ne sort pas seulement  de   la  bouche   mais  se  retourne   vers  le  visage de   la femme,  marquant   l'origine du  mal  dans son propre  esprit   , pour  former  un cercle  infernal ; l'envie  se  nourrit et se torture de sa propre  malveillance.   .Interaction  des images : comme  pour  toutes  les  passions  les plus  difficiles   à  contenir    la figure  sort  de  son cadre  et   les éléments   qui  sortent  du  cadre,  la  main droite qui  semble   dans  l'action  de   pousser    et  le  serpent de la  parole venimeuse    ,  sont  dans   la  succession  des  figures   en  relation  avec   le  desespoir   symbolisé par  une  femme  qui   s'est   pendue.  La bourse   qu'elle  retient    de  sa   main  gauche   est   foulée  aux  pieds  par la  Charité  .

Sources iconographiques   :
Ovide   ;  les Métamorphoses   II
(L'envie  et la  métamorphose d'Aglauros )


L'Envie (II, 752-832)

Cependant la guerrière Pallas lance sur Aglauros un farouche regard. Elle soupire, et ce profond soupir soulève fortement son sein robuste et son égide redoutable. Elle se souvient que la main profane d'Aglauros a trahi son secret, lorsque, contre la foi donnée, elle découvrit à ses sœurs cet enfant né sans mère, enfanté par le dieu de Lemnos. Elle ne peut souffrir qu'elle se rende agréable à Mercure, qu'elle serve sa sœur, ni qu'elle s'enrichisse de l'or que son avarice a demandé.
Soudain la déesse porte ses pas vers les profondes vallées, où l'Envie a fixé son séjour. C'est un antre horrible, toujours souillé d'un noir venin, où le soleil craint de laisser entrer ses rayons; où l'haleine des vents ne pénétra jamais; où règne, avec la tristesse, un froid éternel, et que couvrent les humides ténèbres, et que remplissent d'épais brouillards.
[765] Dès que la déesse des combats est arrivée au seuil de cet affreux palais, elle s'arrête (car il n'est pas permis aux dieux de le franchir). Du bout de sa lance elle frappe les portes, et les portes retentissantes s'ouvrent à l'instant. Elle aperçoit, au fond de l'antre, le monstre qui se nourrit de vipères, aliment de ses noires fureurs. Elle le voit, et détourne les yeux. Abandonnant alors les restes impurs de ses serpents à demi rongés, l'Envie se lève pesamment de la terre, et s'avance d'un pas incertain. À la vue de la déesse brillante de sa beauté et de l'éclat des armes qui la couvrent, elle frémit et soupire.
La pâleur habite sur son affreux visage; son corps horrible est décharné; son regard louche est sombre et égaré. Une rouille livide couvre ses dents; son cœur s'abreuve de fiel, et sa langue distille des poisons. Le rire s'éloigne de ses lèvres, ou ne s'y montre qu'à l'aspect d'une grande infortune. Sans cesse agitée par les soucis vigilants, le sommeil fuit ses paupières; elle souffre et s'irrite du bonheur des mortels. Elle tourmente; elle est tourmentée elle-même : c'est son supplice. La déesse, surmontant l'horreur qu e le monstre lui inspire fait entendre ces mots : "Verse tes poisons dans l'âme d'une des filles de Cécrops; Aglauros est son nom. C'est tout ce que j'exige de toi". Elle dit, et soudain, frappant la terre de sa lance, elle s'élève dans les airs.
[787] L'Envie suivant d'un œil oblique le vol de la déesse, fait entendre quelques murmures confus, et s'afflige du succès même qu'aura pour un autre le mal qu'elle va faire. Elle prend en main son bâton tortueux, hérissé d'épines; un nuage noir l'enveloppe; elle part : et, sur son chemin, les campagnes fleuries se dépouillent; les gazons et les arbres sont flétris; et les peuples, et les villes, et les chaumières sont couverts de vapeurs empestées. Enfin se découvre à ses regards la superbe Athènes, où fleurissent les arts, où règnent l'abondance, la paix, et les plaisirs; et l'Envie pleure de n'apercevoir dans son enceinte aucun sujet de pleurs.
Cependant elle s'introduit dans le palais de Cécrops; elle exécute les ordres qu'elle a reçus; et portant sur le sein d'Aglauros sa main que rouillent d'affreux poisons, elle remplit son cœur d'aiguillons recourbés et déchirants. Elle souffle sur elle de noirs venins; elle en pénètre ses os et ses entrailles; et pour étendre leur ravage, et pour l'accélérer, elle représente aux yeux d'Aglauros, et sa sœur, et le flambeau d'hymen qui doit s'allumer pour elle, et la beauté du dieu dont l'éclat va rejaillir sur elle. Irritée par ces images, la princesse se sent tourmentée d'une rage inconnue. Elle gémit la nuit, elle gémit le jour; un feu lent et secret la dévore. Ainsi la glace fond aux rayons d'un soleil peu ardent; ainsi jalouse du bonheur d'Hersé Aglauros brûle comme ces herbes épineuses qui, sans jeter aucune flamme, se consument lentement en épaisse fumée. Souvent, pour ne pas voir cet hymen, elle invoque la mort; souvent elle veut dénoncer comme un crime l'amour de Mercure au sévère Cécrops.
[814] Enfin elle s'assied aux portes du palais pour en interdire l'entrée au dieu qui va se présenter. Celui-ci joint vainement aux discours les plus flatteurs les caresses et les prières : "Cessez, dit-elle, je ne quitterai cette place qu'après votre départ". - "J'y consens volontiers", répond vivement le dieu; et de son caducée il touche les portes, qui s'ouvrent à l'instant. Aglauros veut se lever; mais ces parties du corps que nous faisons fléchir pour nous asseoir, saisies d'une pesanteur invincible, ne peuvent se mouvoir. Elle fait d'inutiles efforts pour se redresser. Ses genoux roidis, refusent de plier. Un froid mortel engourdit ses membres, son sang est tari, et ses veines blanchissent. Tel qu'un ulcère incurable, étendant ses ravages, ajoute insensiblement aux parties malades celles qui ne le sont pas; tel le froid de la mort, par degrés se glissant, pénètre jusqu'au sein d'Aglauros, arrête sa respiration, et ferme en elle les sources de la vie. Elle ne s'efforça point de faire entendre des cris; et l'eût-elle voulu, sa voix n'aurait plus trouvé de passage. Déjà son col et son visage étaient durcis en pierre. Statue inanimée, elle était assise; mais souillée des poisons de l'Envie, elle avait perdu sa blancheur.


Les  allégories  de   Giotto :  Du  Côté de  chez Swann , Proust
...

L’année où nous mangeâmes tant d’asperges, la fille de cuisine habituellement chargée de les «plumer» était une pauvre créature maladive, dans un état de grossesse déjà assez avancé quand nous arrivâmes à Pâques, et on s’étonnait même que Françoise lui laissât faire tant de courses et de besogne, car elle commençait à porter difficilement devant elle la mystérieuse corbeille, chaque jour plus remplie, dont on devinait sous ses amples sarraux la forme magnifique. Ceux-ci rappelaient les houppelandes qui revêtent certaines des figures symboliques de Giotto dont M. Swann m’avait donné des photographies. C’est lui-même qui nous l’avait fait remarquer et quand il nous demandait des nouvelles de la fille de cuisine, il nous disait: «Comment va la Charité de Giotto?» D’ailleurs elle-même, la pauvre fille, engraissée par sa grossesse, jusqu’à la figure, jusqu’aux joues qui tombaient droites et carrées, ressemblait en effet assez à ces vierges, fortes et hommasses, matrones plutôt, dans lesquelles les vertus sont personnifiées à l’Arena. Et je me rends compte maintenant que ces Vertus et ces Vices de Padoue lui ressemblaient encore d’une autre manière. De même que l’image de cette fille était accrue par le symbole ajouté qu’elle portait devant son ventre, sans avoir l’air d’en comprendre le sens, sans que rien dans son visage en traduisît la beauté et l’esprit, comme un simple et pesant fardeau, de même c’est sans paraître s’en douter que la puissante ménagère qui est représentée à l’Arena au-dessous du nom «Caritas» et dont la reproduction était accrochée au mur de ma salle d’études, à Combray, incarne cette vertu, c’est sans qu’aucune pensée de charité semble avoir jamais pu être exprimée par son visage énergique et vulgaire. Par une belle invention du peintre elle foule aux pieds les trésors de la terre, mais absolument comme si elle piétinait des raisins pour en extraire le jus ou plutôt comme elle aurait monté sur des sacs pour se hausser; et elle tend à Dieu son cœur enflammé, disons mieux, elle le lui «passe», comme une cuisinière passe un tire-bouchon par le soupirail de son sous-sol à quelqu’un qui le lui demande à la fenêtre du rez-de-chaussée. L’Envie, elle, aurait eu davantage une certaine expression d’envie. Mais dans cette fresque-là encore, le symbole tient tant de place et est représenté comme si réel, le serpent qui siffle aux lèvres de l’Envie est si gros, il lui remplit si complètement sa bouche grande ouverte, que les muscles de sa figure sont distendus pour pouvoir le contenir, comme ceux d’un enfant qui gonfle un ballon avec son souffle, et que l’attention de l’Envie—et la nôtre du même coup—tout entière concentrée sur l’action de ses lèvres, n’a guère de temps à donner à d’envieuses pensées.
Malgré toute l’admiration que M. Swann professait pour ces figures de Giotto, je n’eus longtemps aucun plaisir à considérer dans notre salle d’études, où on avait accroché les copies qu’il m’en avait rapportées, cette Charité sans charité, cette Envie qui avait l’air d’une planche illustrant seulement dans un livre de médecine la compression de la glotte ou de la luette par une tumeur de la langue ou par l’introduction de l’instrument de l’opérateur, une Justice, dont le visage grisâtre et mesquinement régulier était celui-là même qui, à Combray, caractérisait certaines jolies bourgeoises pieuses et sèches que je voyais à la messe et dont plusieurs étaient enrôlées d’avance dans les milices de réserve de l’Injustice. Mais plus tard j’ai compris que l’étrangeté saisissante, la beauté spéciale de ces fresques tenait à la grande place que le symbole y occupait, et que le fait qu’il fût représenté non comme un symbole puisque la pensée symbolisée n’était pas exprimée, mais comme réel, comme effectivement subi ou matériellement manié, donnait à la signification de l’œuvre quelque chose de plus littéral et de plus précis, à son enseignement quelque chose de plus concret et de plus frappant. Chez la pauvre fille de cuisine, elle aussi, l’attention n’était-elle pas sans cesse ramenée à son ventre par le poids qui le tirait; et de même encore, bien souvent la pensée des agonisants est tournée vers le côté effectif, douloureux, obscur, viscéral, vers cet envers de la mort qui est précisément le côté qu’elle leur présente, qu’elle leur fait rudement sentir et qui ressemble beaucoup plus à un fardeau qui les écrase, à une difficulté de respirer, à un besoin de boire, qu’à ce que nous appelons l’idée de la mort.
Il fallait que ces Vertus et ces Vices de Padoue eussent en eux bien de la réalité puisqu’ils m’apparaissaient comme aussi vivants que la servante enceinte, et qu’elle-même ne me semblait pas beaucoup moins allégorique. Et peut-être cette non-participation (du moins apparente) de l’âme d’un être à la vertu qui agit par lui, a aussi en dehors de sa valeur esthétique une réalité sinon psychologique, au moins, comme on dit, physiognomonique. Quand, plus tard, j’ai eu l’occasion de rencontrer, au cours de ma vie, dans des couvents par exemple, des incarnations vraiment saintes de la charité active, elles avaient généralement un air allègre, positif, indifférent et brusque de chirurgien pressé, ce visage où ne se lit aucune commisération, aucun attendrissement devant la souffrance humaine, aucune crainte de la heurter, et qui est le visage sans douceur, le visage antipathique et sublime de la vraie bonté.

La Charité  (Caritas)