vendredi 29 avril 2011

Roussalka :Filles de l'eau , sirènes , ondines ,Pouchkine, Dvorak ,Netrebko



Anna Netrebko / A. Dvořák - Rusalka


Poème  de Alexandre  Pouchkine 

Roussalka


Traduit par Elim Mestscherski

Au bord d'un lac, dans les bois sombres,
Tout remplis de silence et d'ombres,
Un vieux moine abritait ses jours.
Il travaillait sur cette terre
A son salut, et grave, austère,
Veillait, jeûnait, priait toujours.
Déjà, s'armant de l'humble pelle,
Il creusait près de sa chapelle
La fosse qui le recevrait.
Ne voulant qu'une mort chrétienne
Nuit et jour, et, dans chaque antienne,
De tous les saints il l'implorait.
Un soir, au seuil de l'ermitage,
- Murs lézardés, toit sans étage -
L'anachorète priait Dieu.
C'était l'été, plus épaissies,
Sortant des forêts obscurcies,
Les ombres erraient en tout lieu.
Le brouillard comme une fumée
Montait du lac à la ramée;
La lune flottait rouge aux cieux.
Or, il advint que le saint homme,
- Car la légende ainsi le nomme, -
Vers l'eau du lac tourna les yeux.
Il regarde et sent qu'il se trouble,
A son insu sa peur redouble...
Il voit soudain gonfler les eaux.
Elles bouillonnent et bruissent,
Puis encor les flots s'aplanissent,
Baignant, paisibles, les roseaux.
Et tout à coup, vive et légère,
Ainsi que la nuit passagère,
Blanche comme la neige aux champs,
Du lac sort une femme nue
Qui brille aux rayons de la nue
Et s'assied sur les verts penchants.
Elle regarde avec mystère
Les yeux ridés du solitaire,
Et peigne ses cheveux mouillés,
Et le vieux moine qui s'attarde
Tremble d'effroi, - mais il regarde
Ses beautés de la tête aux pieds.
En silence l'étrange belle
Lui tend les bras, du bras l'appelle,
Lui jette des saluts amis,
Hoche sa tête pétulante,
Puis, comme une étoile filante,
Plonge sous les flots endormis.
Toute la nuit le morne ermite
A fui sa couche cénobite;
Tout le jour il ne pria pas,
Car malgré lui, dans sa pensée,
Partout, attractive, insensée,
La vision croisait ses pas.
Les forêts brunirent encore,
La lune au ciel revint éclore,
Le lac dormait, et de nouveau,
La tentation merveilleuse,
A la chevelure onduleuse,
Pâle, est assise au bord de l'eau.
Elle regarde et fait un signe
Avec sa tête, au col de cygne,
Rentre dans l'onde qu'elle fend,
En ressort, et de sa main blonde
Jette des baisers et de l'onde,
Riant, pleurant comme un enfant.
Sa douce voix gémit, agace,
Il lui faut l'homme, quoi qu'il fasse:
"O moine! moine, viens, oh ! viens !"
Puis dans le lac elle s'élance,
Et nul ne trouble le silence
Des horizons aériens.
Cédant à l'amour sacrilège,
Sur la rive du sortilège,
Assis tout le troisième jour,
Il attendait, le vieillard blême,
Il attendait, le saint ! - lui-même ! -
Que la belle fut de retour.
Le lendemain, dans sa retraite,
On ne vit plus l'anachorète;
En vain chercha tout le hameau. -
Mais quelques garçons, ô surprise !
Crurent voir une barbe grise
Qui reluisait au fond de l'eau.


Pushkin's Farewell to the sea. Picture painted by I. K. Aivazovsky


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