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dimanche 14 septembre 2014

Baudelaire , Delacroix la servante au grand coeur

Une asssociation  quelque   peu   fantaisiste   mais  ...  C'est  aussi   ça  la poésie  , des  émotions  qui  se  croisent  des fils qui s'entrelacent  ..
Comme je lisais  la  biographie  de   Delacroix  ,  un vide sentimental  apparent  mais sûrement  trompeur  , et son  attachement  durant  de  très  longues années  avec  sa servante  qui  partagea sa vie   jusqu'à  la mort   , l'incipit   bien  connu  d'un  poème  de  Baudelaire  s'imposa  ...
La servante  au  grand  coeur  dont  vous  étiez   jalouse  ...
Bien  sûr  aucun  rapport  entre  la servante Mariette qui  remplaça si  souvent   la mère  de  Baudelaire  auprès  de lui  et  Jenny,  Mais Baudelaire  et  Delacroix  étaient  contemporains ,  Baudelaire   vénérait  Delacroix  , tous deux furent   aimés et   protégés par  une  servante  au grand coeur   , qui  leur fut   dévouée  corps et  âmes  . ..
La comparaison  doit  s'arrêter là.  Rien  d'autre naturellement   mais   relisons  à  nouveau  ce  poème , sous le  regard  attentif  de   Jeanne-Marie   Le  Guillou , anglicisée  en   Jenny  par  Delacroix  lui-même   .
Elle   garde à  vous  comme  un soldat   mon temps  et  ma vie  (Eugène Delacroix )

Delacroix  :  Jeanne Marie  Le  Guillou dite   Jenny
 La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse

La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
À dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver
Et le siècle couler, sans qu'amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.
Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil je la voyais s'asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l'enfant grandi de son oeil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse? 

http://batxibac.sitego.fr/analyse-la-servante-au-grand-coeur-dont-vous-tiez-jalouse.html 

lundi 8 septembre 2014

Baudelaire : Le squelette laboureur


                      I
Dans les planches d'anatomie
Qui  trainent sur ces quais  poudreux
Où maint  livre cadavéreux
Dort comme une momie,

Dessins auxquels la gravité
Et le savoir du  vieil  artiste,
Bien  que le   sujet  en  soit  triste,
Ont  communiqué  la  Beauté,

On voit  ce qui  rend plus complètes
Ces  mystérieuses horreurs,
Bêchant comme  des laboureurs,
Des Ecorchés et des Squelettes.

                    II
De ce terrain que  vous fouillez,
Manants résignés et  funèbres,
De tout l'effort  de  vos vertèbres,
Ou de vos  muscles dépouillés,

Dites  , quelle  moisson  étrange,
Forçats arrachés au  charnier,
Tirez-vous , et  de  quel  fermier
Avez-vous  rempli la grange?

Voulez-vous (d'un dessin trop  dur
Epouvantable et  clair  emblèm !)
Montrer que dans la fosse  même
Le sommeil promis n'est pas  sûr;

Qu'envers nous le  néant est  traître;
Quet out  même  la  mort nous ment,
Et que sempiternellement,
Hélas!  il  nous faudra  peut êtrre

Dans quelque pays  inconnu
Ecorcher la terre revêche
Et pousser une  lourde bêche
Sous notre pied  sanglant  et nu ?
(Tableaux  parisiens  )

lundi 28 juillet 2014

Réversibilité (Charles Baudelaire)

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu'on froisse ?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse ?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l'ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine ?
Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l'hospice blafard,
Comme des exilés, s'en vont d'un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres ?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secrète horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avides ?
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides ?

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé
Aux émanations de ton corps enchanté ;
Mais de toi je n'implore, ange, que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières !

mardi 6 mars 2012

Charles Baudelaire L'ennemi




 X  L'Ennemi 


Ma jeunesse  ne  fut  qu'un  ténébreux  orage,
Traversé  çà et  là par   de  brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont  fait  un tel  ravage,
Qu'il reste  en mon jardin bien  peu  de  fruits  vermeils.

Voilà que  j'ai   touché l'automne  des idées,
Et   qu'il  faut  employer  la pelle  et  les  râteaux
Pour  rassembler  à  neuf  les  terres inondées,
Où l'eau  creuse  des trous grands  comme  des  tombeaux.

Et  qui  sait   si les  fleurs nouvelles que je  rêve
Trouveront  dans  ce  sol  lavé  comme une  grève
Le  mystique  aliment  qui  ferait  leur  vigueur ?

- Ô douleur ! ô douleur !  Le  Temps mange  la vie,
Et l'obscur Ennemi qui  nous  ronge  le  coeur
Du sang  que  nous perdons croît  et  se  fortifie !

 (Les fleurs  du mal X)


Dit  par  Daniel  Mesguich


Illustration :  Carlos  Schwabe  ( 1866-1926) né en  allemagne ,  naturalisé  Suissse
symbolisme
  la  mort  et  le  fossoyeur -aquarelle , gouache,mine  de  plomb

mardi 3 janvier 2012

L'Albatros, Baudelaire, Ferré


Souvent,  pour  s'amuser, les hommes  d'équipage 

Prennent  des  albatros , vastes  oiseaux  des mers  
Qui  suivent,  indolents compagnons de voyage
Le navire  glissant  sur  les  gouffres  amers.


A peine les  ont-ils  déposés  sur les planches,
Que  ces rois  de l'azur,  maladroits  et  honteux,
Laissent  piteusement   leurs  grandes ailes blanches
Comme  des  avirons, traîner   à  côté d'eux.


Ce  voyageur  ailé, comme  il  est  gauche  et  veule !
Lui,  naguère  si beau,  qu'il  est  comique   et  laid !
L'un  agace  son  bec  avec  un  brûle-gueule,
L'autre  mime  ne  boitant , l'infirme  qui  volait ! 


Le  poète  est  semblable   au  prince  des nuées
Qui   hante  la tempête  et  se  rit  de l'archer ;
Exilé  sur le  sol , au milieu  des huées,
Ses  ailes  de  géant l'empêchent  de marcher.



(Ch. Baudelaire , "Spleen et idéeal )







jeudi 15 décembre 2011

Héautontimoroumenos...Cioran, Baudelaire

C'est  Cioran  qui  me  ramène  encore  une  fois  à   Baudelaire  ..
Cioran : la  Tentation  d'exister   
(1956)
1er  chapitre    : " Penser  contre soi  "

Une  pierre  dans mon  jardin  contre   mon  universalisme  

"Que  l'homme  n'aime  rien  et   il sera  invulnérable"  Tchouang-Tse ,  la  sagesse  asiatique   indienne  ou chinoise  , autant  qu'elle   peut  nous  paraitre  juste  et ideale est inaccessible  à  l'occidental façonné dans l'esprit  de  révolte  et pour  qui   soufrir est la seule modalité d'acquérir  la  sensation  d'exister .

"Le  taoisme m'apparait  comme  le premier  et le  dernier mot  de  la  sagesse:  j'y suis pourtant  réfractaire, mes instincts le  refusent, comme ils refusent  de  subir quoi  que  ce soit, tant pèse  sur nous l'hérédité de  la  rébellion ."

"....Or  il  faut  bien l'avouer : nous  avons le phénomène  dans le  sang. Nous  pouvons le mépriser  ou  l'abhorrer , il  n'en  est  pas moins notre patrimoine, notre  capital  de  grimaces ,  le  symbole  de notre  crispation  ici-bas. Race  de  convulsionnaires,  au centre  d'une farce  aux  dimensions  cosmiques, nous avons  imprimé à  l'univers  les stigmates de notre histoire et, cette  illumination  qui  convie  à périr  tranquillement, nous n'en  serons jamais  capables. C'est  par  nos  oeuvres   ce  n'est pas par nos  silences , que nous  avons  choisi  de  disparaitre :  notre avenir  se  lit  dans le  ricanement  de nos figures,  dans nos  traits  de poètes meurtis  et  affairés. Le  sourire  de Bouddha  , ce  sourire  qui  surplombe le  monde , n'éclaire point nos visages. A  la limite  nous concevons le  bonheur;  jamais la  félicité, apanage de  civilisations fondées   sur  l'idé&e  de  salut, sur  le  refus  de  savourer ses  maux,  de  s'y delecter ;  mais  sybarites  de la  douleur, rejetons  d'une  tradition  masochiste, qui  de nous balancerait  entre  le   Sermon  de  Bénarès   et l'Heautontimoroumenos ,  "Je suis   la plaie  et le   couteau  ",  voilà  notre   absolu  ,  notre  éternité....."

L'enfer :  Bouguereau


L'héautontimorouménos
A J. G. F.

Je te frapperai sans colère
Et sans haine, comme un boucher,
Comme Moïse le rocher !
Et je ferai de ta paupière,

Pour abreuver mon Saharah,
Jaillir les eaux de la souffrance.
Mon désir gonflé d'espérance
Sur tes pleurs salés nagera

Comme un vaisseau qui prend le large,
Et dans mon coeur qu'ils soûleront
Tes chers sanglots retentiront
Comme un tambour qui bat la charge !

Ne suis-je pas un faux accord
Dans la divine symphonie,
Grâce à la vorace Ironie
Qui me secoue et qui me mord ?

Elle est dans ma voix, la criarde !
C'est tout mon sang, ce poison noir !
Je suis le sinistre miroir
Où la mégère se regarde.

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

Je suis de mon coeur le vampire,
- Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire !


Ch.  Baudelaire   :  les fleurs  du mal  LXXXIII

mercredi 14 décembre 2011

La fin de la journée (Ch. Baudelaire )


Isaac  Lévitan


La fin  de la journée  

Sous une lumière  blafarde  
Court, danse  et  se  tord  sans raison 
La Vie ,  impudente   et  criarde.
Aussi,  sitôt qu'à  l'horizon 


La nuit  voluptueuse  monte
Apaisant  tout, même la  faim 
Effaçant   tout,  même la honte ,
Le poète  se  dit: "enfin !


Mon esprit   comme mes vertèbres,
Invoque ardemment le  repos;
Le  coeur plein de  songes  funèbres,


Je vais  me coucher  sur le  dos 
Et me rouler  dans vos rideaux
Ô rafraîchissantes  ténèbres! "

Charles  Baudelaire :  les  fleurs du  mal CXXIV

samedi 10 décembre 2011

Baudelaire , De Chirico , solitude ...

La tour  rouge  (1913)

A une heure  du  matin 


Enfin ! seul ! On  n'entend plus que le  roulement de   quelques fiacres attardés et  éreintés.  Pendant  quelques heures nous possèderons le  silence  , sinon  le repos.
Enfin  !  la  tyrannie de la  face humaine a  disparu ,et  je ne  souffrirai plus que par moi-même.
Enfin il   m'est  donc permis  de me délasser dans un  bain  de ténèbres ! D'abord  , un double  tour à  la  serrure. Il  me  semble  que  ce tour  de clé augmentera  ma  solitude et  fortifiera les  barricades qui me  séparent  actuellement  du  monde  .
Horrible  vie !  Horrible  vie Récapitulons la journée :
 avoir vu plusieurs hommes de lettres dont l'un  m'a  demandé  si  l'on  pouvait  aller en   Russie  par voie  de terre (il prenait  sans doute la Russie pour une île) ; avoir  disputé généreusement  contre le directeur d'une  revue, qui  a chaque objection  répondait : " _C'est ici  le parti  des honnêtes gens ", ce qui  implique   que  tous les autres journaux  sont  rédigés par des coquins ; avoir  salué une  vingtaine  de personnes dont  quinze me sont inconnues ;  avoir  distribué des poignées de mains dans la même  proportion,  et  celà  sans avoir pris la précaution d'acheter  des  gants ;  être monté  pour tuer le  temps  pendant une  averse, chez une sauteuse qui m'a prié  de lui  dessiner  un  costume   de Venustre ; avoir fait ma cour à un directeur  de théâtre , qui m'a dit  en me  congédiant: " ... vous feriez peut être  bien  de  vous adresser  à  Z... ;  c'est  le plus lourd , le  plus sot  et le  plus célèbre  de tous mes  auteurs ;  avec lui  vous pourriez peut être  aboutir à quelque  chose. Voyez-le  et puis nous  verrons" ; m'être  vanté  (pourquoi ?) de  plusieurs  vilaines  actions que je n'ai  jamais commises, et  avoir lâchement  nié quelques autres méfaits que j'ai  accomplis  avec joie, délit  de  fanfaronnade, crime  de respect  humain ; avoir  refusé   à  un  ami  un  service facile, et  donné une recommandation  écrite à  un parfait  drôle ;  ouf!  est-ce  bien  fini ? 

Mécontent  de  tous et mécontent  de moi,  je voudrais bien me  racheter et  m'enorgueillir un  peu  dans le  silence et  la solitude  de la  nuit.  Ames  de  ceux que j'ai  aimés, âmes  de ceux que j'ai  chantés ,  fortifiez-moi,  soutenez-moi ,  éloignez  de moi le mensonge  et les  vapeurs corruptrices du  monde ;  et vous Seigneur mon  Dieu !  Accordez-moi  la  grâce  de produire  quelques beaux vers qui me prouvent à  moi-même  que je ne suis pas le  dernier des hommes,  que je ne suis pas inférieur à  ceux  que je  méprise  .

(Charles Baudelaire Petits  poèmes e n prose  XII )

La beauté pour cible ...



Creux de  vague, morte  au  monde  ,morte  à  moi  même (!!)  encore une fois et puis  .... rebondissement  , renaissance  .... incorrigibles   "espérants schubertiens" !!!

Me  plait  souvent   ce  que je lis  ici :
 
....Et ainsi nous avons tous les moyens d'approfondir notre connaissance, d'asseoir notre liberté intérieure, de déployer notre force vitale et d'améliorer notre vie en y favorisant le bonheur, le calme et la joie, quand bien même nous avons raté notre projet, celui qui donnait sens à la vie."

On  dit  que   Dostoievski  a  dit   que " seule  la beauté  sauvera le  monde  "  je ne  me  souviens plus l'avoir  lu , mais  c'est  bien  dit  et  je veux  bien  le croire. Tant  que  nous  savons   faire   sa place  au  Beau, qu'il  soit  éthique  ou  esthétique , rien  n'est perdu  ! 

mercredi 5 octobre 2011

Omaggio a Verlaine , Baudelaire ...

Au  hasard  de  mes  pérégrinations  sur  Youtube  ,  j'ai  eu  l'immense plaisir  de   découvrir  cette  chaine  probablement  plus fréquentée par  mes amis  italiens  .
Quelle  émotion  d'écouter   nos   grands  poètes  français  dans  cette langue  merveilleuse   et   leurs  poèmes  dits  avec  autant  de  talent , autant  de  chaleur  , autant  de justesse  de  ton  .
  Cette chaine  est  riche  d'autres  trésors poétiques  , j'y reviendrai souvent  et  je la recommande  ..
J'aurais  aimé   remercier  particulièrement  le  merveilleux  lecteur    ...

 Hommage à  Verlaine



Hommage  à Baudelaire 

mardi 20 septembre 2011

Baudelaire et Gustave Moreau

Quel  plaisir  donc  d'associer  ce   poème   à l'aquarelle  de  Gustave  Moreau  "Le soir et la douleur"
La voix ici,    est  celle de Daniel  Mesguish  .  Comme  j'aime  cette manière   d'appuyer  sur  le  dernier  vers !




 

 
Recueillement

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.


Charles Baudelaire, Les fleurs du mal (les  Nouvelles  fleurs  du  mal 1868)

lundi 12 septembre 2011

Baudelaire Spleen " J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans .."

 
Dit par Daniel  Mesguish




Spleen LXXVI

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombrés de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.

Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante!
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Sahara brumeux
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.

jeudi 14 juillet 2011

Baudelaire : L'horloge ..." Remember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor!"


Le philosophe  de   Rembrandt


Poème  dit par   Daniel  Mesguish



 L'Horloge

Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: "Souviens-toi!
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;
Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.
Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote: Souviens-toi! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!
Remember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor!
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi.
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.
Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh! la dernière auberge!),
Où tout te dira Meurs, vieux lâche! il est trop tard!"

     Charles Baudelaire ( Les fleurs du  mal LXXXV

mercredi 25 mai 2011

La Bellezza - Roberto Vecchioni , Baudelaire Hymne à la beauté



Hymne à la beauté


Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ? ton regard infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore;
Tu répands des parfums comme un soir orageux;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté, monstre énorme, effrayant, ingénu!
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds. 


Charles Baudelaire (extrait des Fleurs du Mal)

_________

Paroles  de la  chanson de  Roberto   Vecchioni
Pour  vous  , et  pour  moi   le  plaisir  d'écrire  dans  cette  langue  merveilleuse
Seigneur   je  suis  envoûtée :-))
(et  pardon  pour  les fautes si  j'en  laisse passer   !)



La bellezza

Passa  la  bellezza
nei  tuoi  occhi  neri, 
scende suoi tuoi  franchi
e sono sogni i  tuoi  pensieri ....

 Venezia  inverosimile
più di  ogni  altra  città
è un canto  di  sirene,
l'ultima  opportunità;
Ho  la  morte  e  la vita  tra  le mani
coi  miei  trucchi da vecchio  senza dignità:
se  avessi  vent'anni
Ti  verrei  a cercare,
se  ne  avessi  quaranta, ragazzo,
ti  potrai  comprare,
a cinquanta, come  invece  ne  ho
ti  sto  solo a  guardare...

Passa  la  bellezza
nei  tuoi  occhi  neri
e  stravolge il  canto
della  vita  lia  di ieri;
tutta la bellezza
l'allegria del  pianto
che  mi  fa tremare
Quando  tu  mi passi  accanto...

Venezia  in  questa luce
del  lido  prima del  tramonto
ha la forma del  tuo  corpo
che mi ruba lo sfondo,
la tua leggerrezza danzante
come al  centro del  tempo
e dell'eternita:
ho pauro  della  fine
 non  ho più voglia di  un  inizio;
ho paura che  li   altri
pensimo a questo amore
come  a un vizio,
ho paura di  non  vederti più,
di avela persa ....

Tutta la  bellezza
che  mi  fugge  via
e mi  lascia  in  cambio
i segni di  una malatia
Tutta  la  bellezza
che non  ho mai  colto,
Tutta la  bellezza
se  ne  va in  un  canto,
Questa  tua  bellezza
che  è la  mia
muore dentro un canto.

lundi 25 avril 2011

"Sois sage ô ma douleur " Charles Baudelaire - Recueillement

Recueillement  Charles  Baudelaire





Recueillement
 

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.



Charles Baudelaire, Les fleurs du mal (les  Nouvelles  fleurs  du  mal 1868)

Pierre  Puvis  de  Chavannes :  Recueillement

samedi 9 avril 2011

Baudelaire , Spleen, Léo Ferré

 


Pour  savourer  encore une  fois...

Les  fleurs du mal  LXXVIII  -- Spleen

Quand le  ciel  bas  et lourd  pèse  comme  un couvercle
Sur l'esprit  gémissant en proie  aux longs  ennuis,
Et que  de l'horizon  embrassant  tout le  cercle
Il  nous  verse  un  jour noir  plus  triste  que  les  nuits;

Quand la  terre  est changée  en un cachot  humide
Où  l'Espérance, comme  une  chauve souris
S'en  va  battant  les  murs de  son  aile  timide
Et se cognant  la  tête à des plafonds pourris; 

Quand la pluie  étalant  ses immenses trainées
D'une  vaste  prison  imite les  barreaux
Et  qu'un peuple  muet  d'infâmes  araignées
Vient  tendre  ses  filets  au fond  de nos cerveaux,

Des  cloches  tout  à  coup  sautent  avec furie
Et lancent  vers le ciel  un  affreux  hurlement,
Ainsi  que  des  esprits errants et  sans patrie
Qui  se mettent à  geindre   opiniâtrement.

-- Et  de longs corbillards  sans  tambours ni musique,
Défilent  lentement  dans mon  âme  ;  l'Espoir
Vaincu, pleure, et  l'Angoisse  atroce, despotique,
Sur mon crâne  incliné plante  son  drapeau  noir.

dimanche 13 mars 2011

Non fa niente ... "...j'aime les nuages "


Etranger  Charles Baudelaire par  Leo  Ferré

L’étranger
(Le spleen  de  Paris  I  , petits poèmes en  prose)
Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m'est restée jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L’or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages ! 


Odilon  Redon ,  Les yeux clos (dit parfois Le  Rêve)

Pourquoi  fermer  les yeux ?
Mon  monde n'est  pas  le  vôtre 
Etranger,  différent
Toujours  autre  et  incompris
J'aime  plus  que  tout  ce que vous  négligez
Je hais  ce que vous vénérez
Je n'ai pas trouvé ma  place
Alors je  ferme  les yeux
Je  m'échappe  dans mon interiorité 
Loin, là-bas
où les espaces  sont  sans limites
Sans  espérance  et  sans  désir 
Le  rêve  est mon  refuge 
Et  j'y  regarde  les  nuages

Non fa niente

jeudi 10 mars 2011

Obsession Charles Baudelaire





Obsession Acrylic Mj 2007)


Obsession

Grands bois  vous  m'effrayez  comme  des  cathédrales;
Vous hurlez  comme  l'orgue;  et  dans nos  coeurs maudits,
Chambre d'éternel deuil où vibrent de vieux râles,
Répondent  les échos  de  vos  De  Profundis .

Je te hais ,Océan ! Tes  bonds  et tes tumultes,
Mon esprit  les retrouve en  lui; ce  rire amer
De l'homme vaincu,  plein de  sanglots et  d'insultes,
Je l'entends  dans le  rire  énorme de la mer.

Comme  tu me plairais, ô nuit ! sans  ces  étoiles
Dont la lumière parle  un langage  connu !
Car  je cherche le  vide  , et  le noir,  et le nu !

Mais les  ténèbres sont elles-mêmes  des  toiles
Où vivent,  jaillissant  de mon  œil  par milliers,
Des  êtres  disparus  au  regards  familiers.

Les fleurs du  mal LXXIX