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mardi 3 janvier 2012

L'Albatros, Baudelaire, Ferré


Souvent,  pour  s'amuser, les hommes  d'équipage 

Prennent  des  albatros , vastes  oiseaux  des mers  
Qui  suivent,  indolents compagnons de voyage
Le navire  glissant  sur  les  gouffres  amers.


A peine les  ont-ils  déposés  sur les planches,
Que  ces rois  de l'azur,  maladroits  et  honteux,
Laissent  piteusement   leurs  grandes ailes blanches
Comme  des  avirons, traîner   à  côté d'eux.


Ce  voyageur  ailé, comme  il  est  gauche  et  veule !
Lui,  naguère  si beau,  qu'il  est  comique   et  laid !
L'un  agace  son  bec  avec  un  brûle-gueule,
L'autre  mime  ne  boitant , l'infirme  qui  volait ! 


Le  poète  est  semblable   au  prince  des nuées
Qui   hante  la tempête  et  se  rit  de l'archer ;
Exilé  sur le  sol , au milieu  des huées,
Ses  ailes  de  géant l'empêchent  de marcher.



(Ch. Baudelaire , "Spleen et idéeal )







lundi 9 mai 2011

Leo Ferré "Si tu t'en vas .."

Les Rhododendrons  du Parc  du KünstlerhausPastel 2011


Si tu  t'en vas .......

samedi 9 avril 2011

Baudelaire , Spleen, Léo Ferré

 


Pour  savourer  encore une  fois...

Les  fleurs du mal  LXXVIII  -- Spleen

Quand le  ciel  bas  et lourd  pèse  comme  un couvercle
Sur l'esprit  gémissant en proie  aux longs  ennuis,
Et que  de l'horizon  embrassant  tout le  cercle
Il  nous  verse  un  jour noir  plus  triste  que  les  nuits;

Quand la  terre  est changée  en un cachot  humide
Où  l'Espérance, comme  une  chauve souris
S'en  va  battant  les  murs de  son  aile  timide
Et se cognant  la  tête à des plafonds pourris; 

Quand la pluie  étalant  ses immenses trainées
D'une  vaste  prison  imite les  barreaux
Et  qu'un peuple  muet  d'infâmes  araignées
Vient  tendre  ses  filets  au fond  de nos cerveaux,

Des  cloches  tout  à  coup  sautent  avec furie
Et lancent  vers le ciel  un  affreux  hurlement,
Ainsi  que  des  esprits errants et  sans patrie
Qui  se mettent à  geindre   opiniâtrement.

-- Et  de longs corbillards  sans  tambours ni musique,
Défilent  lentement  dans mon  âme  ;  l'Espoir
Vaincu, pleure, et  l'Angoisse  atroce, despotique,
Sur mon crâne  incliné plante  son  drapeau  noir.

dimanche 13 mars 2011

Non fa niente ... "...j'aime les nuages "


Etranger  Charles Baudelaire par  Leo  Ferré

L’étranger
(Le spleen  de  Paris  I  , petits poèmes en  prose)
Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m'est restée jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L’or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages ! 


Odilon  Redon ,  Les yeux clos (dit parfois Le  Rêve)

Pourquoi  fermer  les yeux ?
Mon  monde n'est  pas  le  vôtre 
Etranger,  différent
Toujours  autre  et  incompris
J'aime  plus  que  tout  ce que vous  négligez
Je hais  ce que vous vénérez
Je n'ai pas trouvé ma  place
Alors je  ferme  les yeux
Je  m'échappe  dans mon interiorité 
Loin, là-bas
où les espaces  sont  sans limites
Sans  espérance  et  sans  désir 
Le  rêve  est mon  refuge 
Et  j'y  regarde  les  nuages

Non fa niente