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mercredi 5 octobre 2011

Seul , Georges Rodenbach

Gustave   Moreau :  Villa  Borghese

Seul

Vivre comme  en  exil, vivre sans voir personne
Dans l'immense  abandon d'une  ville  qui  meurt,
Où  jamais  l'on  entend  que la vague  rumeur
D'un  orgue qui  sanglote ou du  Beffroi  qui  sonne.

Se sentir  éloigné des  âmes , des  cerveaux
Et  de  tout ce qui  porte au  front  un  diadème;
Et  , sans rien éclairer, se consumer  soi-même
Tel  qu'une  lampe vaine  au  fond  de noirs caveaux.

Etre comme  un  vaisseau qui  rêvait  d'un voyage
Triomphal et joyeux vers  le  rouge équateur
Et qui  se heurte à des  banquises de  froideur
Et  se  sent   naufrager sans laisser un sillage.

Oh!  vivre  ainsi !  Tout seul, tout  seul ! Voir se  flétrir
La blanche  floraison de  son Âme  divine,
Et seul, seul , Toujours seul,  se  regarder  mourir ! 

La jeunesse  blanche 

mardi 20 septembre 2011

Baudelaire et Gustave Moreau

Quel  plaisir  donc  d'associer  ce   poème   à l'aquarelle  de  Gustave  Moreau  "Le soir et la douleur"
La voix ici,    est  celle de Daniel  Mesguish  .  Comme  j'aime  cette manière   d'appuyer  sur  le  dernier  vers !




 

 
Recueillement

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.


Charles Baudelaire, Les fleurs du mal (les  Nouvelles  fleurs  du  mal 1868)

Gustave Moreau

Gustave  Moreau  par  Edgar  Degas

Maison Gustave Moreau :La chambre 

Musée National Gustave Moreau à Paris

La fée  aux griffons  (détail)





Les  chimères

Les chimères  (détail )

 Magie  du  Détail  !!

Les Licornes

)
Les licornes (détail

Voix  du  soir
Le soir  et la  douleur

 Aquarelle    qyui  s'inspire  du   poème  de  Baudelaire  "Recueillement " :
  Sois  sage  ô  ma douleur ,et  tiens -toi plus tranquille  
Tu réclamais   le soir :  il  descend ; le voici ...
Villa  borghèse

lundi 22 août 2011

Rainer Maria Rilke : Sonnets à Orphée

médaille (1)



Les  sonnets à  Orphée

 Rainer  Maria Rilke
3
Un  dieu a ce pouvoir. Mais un  homme , dis-moi,
Comment le suivrait-il par  cette  étroite lyre ?
Discorde  est ton  esprit. Pas de  temple  dressé
Pour Apollon  à la croisée des chemins du  cœur.

Le chant de ton  enseignement n’est pas désir,
Ni la quête d’un bien  qu’on puisse atteindre  enfin.
Le chant est existence. Et le Dieu  l’a  facile.
Mais nous, Quand  sommes-nous ? A quel moment  fait-il

servir  la terre et les étoiles  à notre être ?
Ce n’est rien  de cela ,  jeune homme , quand tu  aimes,
Et même si  la voix force la bouche.  –Apprends

A oublier que tu  chantas. Cela  se passe.
Chanter  en  vérité se fait d’un autre souffle.
Rien  d’autre qu’un souffle.  Une brise en  Dieu.  Un vent  .
(Traduction de Armel Guerne )


Orphée   par Gustavve  Moreau   (détail)
(je ne suis pas germaniste  , alors  pitié  pour les  fautes !)

Ein  Gotts vermags.  Wie aber, sag mir, soll
Ein  Mann ihm folgen durch die  schmale Leier?
Sein Sinn ist Zwiespalt.  An der Kreuzung  zweier
Herzwege steht kein Templ  für  Apoll.

Gesang, wie du ihn lehrst, ist nicht Begehr
nicht Werbung um ein endlich noch Erreichtes;
Gesang ist Dasein. Für den Gott ein Leichtes.
Wann aber sind  wir ?  Und wann wendet er

an unser Sein die Erde und die Sterne ?
Dies ists nicht,  Jüngling, dass du  liebst, wenn auch
Die Stimme dann den  Mund dir  aufstösst,  - Ierne

Vergessen,  dass du aufsangst. Das  Verrinnt.
In Wahrheit singen ,  ist  ein  andrer Hauch.
Ein Hauch um  nichts.  Ein Wehn im Gott. Ein Wind.





(1) http://www.medaillescanale.com/entreprise_creation.asp

mercredi 25 mai 2011

La mort d'Orphée


Gustave  Moreau


La mort d'Orphée 

La mort d'Orphée est racontée de diverses manières et sert de support à différents mythes .
 On admet généralement qu'il fut tué et déchiré par des femmes Thraces à son retour des Enfers .
Mais les causes divergent :
Tantôt on prétend que sa fidélité à la mémoire d'Eurydice inspira la jalousie des femmes Thraces qui se considérèrent comme insultées et le condamnèrent à mort .

D'autrefois qu'Orphée ayant renoncé à la compagnie des femmes se serait entouré de jeunes gens Les femmes alors auraient décidé de le punir pour  ses amours contre nature .

Enfin, en revenant des Enfers Orphée aurait fondé des mystères  au cours desquels il initiait les hommes aux secrets qu'il avait découverts dans l'Au-delà.  Mais il en interdisait l'accès aux femmes. Un soir que les hommes étaient rassemblés chez lui sans armes, les femmes massacrèrent Orphée et ses fidèles .
Quand les femmes Thraces eurent déchiré le corps d'Orphée , elles en jetèrent les morceaux dans le fleuve qui les emporta jusqu'à la mer. La Tête et la Lyre du poète parvinrent jusqu'à Lesbos où les habitants élevèrent un tombeau pour abriter ces reliques .
C'est autour de cette figure d'Orphée que se forma la théologie dite orphique, qui semble avoir été essentiellement une révélation des mystères de la mort et une série de pratiques et de conseils destinés à permettre aux fidèles de parvenir au pays des Bienheureux.

D'après : Mythologie de la Méditerranée au Gange sous la dir. de P. Grimal)

mardi 29 mars 2011

Sappho (Saffo) . Kogan plays Schubert's Fantasy (3/3)

Kogan plays Schubert's Fantasy (3/3) 

A ME PARE UGUALE AGLI DEI

A me pare uguale agli dèi
chi a te vicino così dolce
suono ascolta mentre tu parli

e ridi amorosamente. Subito a me
il cuore si agita nel petto
solo che appena ti veda, e la voce

si perde sulla lingua inerte.
Un fuoco sottile affiora rapido alla pelle,
e ho buio negli occhi e il rombo
del sangue alle orecchie.

E tutta in sudore e tremante
come erba patita scoloro:
e morte non pare lontana
a me rapita di mente.

(traduction italienne par Salvatore Quasimodo)

 

à UNE FEMME AIMÉE
 
φάινεταί μοι κῆνος ἴσοσ τηέοισιν
ἔμμεν ὤνερ ὄστις ἐναντίος τοι
ἰζάνει καὶ πλασίον ἀδυ
φωνεύσασ ὐπακούει

καὶ γαλαίσας ἰμμερόεν τὸ δὴ ᾽μάν
καρδίαν ἐν στήθεσιν ἐπτόασεν,
ὠσ γὰρ εὔιδον βροχέως σε, φώνας
οὐδὲν ἔτ᾽ ἔικει,

ἀλλὰ κάμ μὲν γλῳσσα έαγε, λέπτον
δ᾽ αὔτικα χρῷ πῦρ ὐπαδεδρόμακεν,
ὀππάτεσσι δ᾽ οὐδὲν ορημ᾽,
ἐπιρρόμβεισι δ᾽ ἄκουαι.

ἀ δέ μ᾽ ί᾽δρως κακχέεται, τρόμος δὲ
παῖσαν ἄγρει χλωροτέρα δὲ ποίας
ἔμμι, τεθνάκην δ᾽ ὀλιγω ᾽πιδεύην
φαίνομαι [ἄλλα].

πᾶν τόλματον [......]



Il me paraît égal aux dieux celui qui, assis près de toi, doucement, écoute tes ravissantes paroles et te voit lui sourire ; voilà ce qui me bouleverse jusqu'au fond de l'âme.
Sitôt que je te vois, la voix manque à mes lèvres, ma langue est enchaînée, une flamme subtile court dans toutes mes veines, les oreilles me tintent, une sueur froide m'inonde, tout mon corps frissonne, je deviens plus pâle que l'herbe flétrie, je demeure sans haleine, il semble que je suis près d'expirer.
Mais il faut tout oser puisque dans la nécessité...

( http://remacle.org/bloodwolf/poetes/falc/sappho/oeuvre.htm)

La  mort  de Sappho par  Gustave  Moreau