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mardi 3 janvier 2012

L'Albatros, Baudelaire, Ferré


Souvent,  pour  s'amuser, les hommes  d'équipage 

Prennent  des  albatros , vastes  oiseaux  des mers  
Qui  suivent,  indolents compagnons de voyage
Le navire  glissant  sur  les  gouffres  amers.


A peine les  ont-ils  déposés  sur les planches,
Que  ces rois  de l'azur,  maladroits  et  honteux,
Laissent  piteusement   leurs  grandes ailes blanches
Comme  des  avirons, traîner   à  côté d'eux.


Ce  voyageur  ailé, comme  il  est  gauche  et  veule !
Lui,  naguère  si beau,  qu'il  est  comique   et  laid !
L'un  agace  son  bec  avec  un  brûle-gueule,
L'autre  mime  ne  boitant , l'infirme  qui  volait ! 


Le  poète  est  semblable   au  prince  des nuées
Qui   hante  la tempête  et  se  rit  de l'archer ;
Exilé  sur le  sol , au milieu  des huées,
Ses  ailes  de  géant l'empêchent  de marcher.



(Ch. Baudelaire , "Spleen et idéeal )







les oiseaux




Les oiseaux  

Je pars ,  je laisse mon Mainate mourant ; je ne le retrouverai  pas à  mon retour et  il  s’endormira sans  moi.
J’aime les oiseaux  comme tu ne peux pas imaginer , peut-être est-ce  pour ça  que je suis si sensible à la symbolique des ailes, du vol, des cimes  et des ciels infinis.
Cygne tragique de Mallarmé , Aigles regard de Manwë chez Tolkien, Milouin du Kalevala , Fidèles oies sauvages de Lorenz , avatar préféré de  Zeus , Colombe de Magritte, Phénix asiatique … la liste serait trop longue à dresser des  poètes qui  ont chanté  l’oiseau, des compositeurs qu’il a  inspiré, des peintres qui ont tenté de le saisir dans  son élan..

Oiseau symbole de liberté,  de fière indépendance mais  aussi, par ses ailes , symbole de douceur , de protection , de caresse innocente, telle la  statue  d' Hébé de  Carrier-Belleuse ... 
Mais c’est encore par sa fragilité  qu’il  m’attache : 
Il n’est pas de  notre dimension, tout ce qui  est sans plumes  est son  prédateur potentiel ; alors  nous ne le connaissons que dans  des attitudes d’évitement ; il nous fuit , nos appels sont suspects et la défiance,  sa règle de survie. Si, parce que séduit,  on tente d’établir un simple lien, plus que pour tout autre animal sauvage,  la moindre défaillance, la moindre erreur ruine tous nos  efforts car à sa crainte s’ajoute l’indifférence des êtres qui n’attendent rien de nous .
 Sa vie  est  dans le  ciel
 Si vulnérable au sol,   il faut si  peu de chose pour qu’il perde sa vie et  il faut avoir guetté avec angoisse, dans le creux de sa main  le battement de son cœur pour  en savoir le prix !
Tous les animaux se couchent  pour mourir dit  la Bête de Cocteau ,il n’y a que les hommes à vouloir mourir debout, mais l’oiseau  tombe dès que ses ailes ne peuvent plus le porter.
C’est alors la chute, et la terre est déjà son enfer . 

(lettre à "..."   2006- L'avion n'attend pas  )