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mercredi 6 avril 2011

Vienne au lieu de Venise , erreur d'aiguillage ! Albinoni.

Tommaso Albinoni - Oboe Concerto / Andante


J'ai  perdu  de  vue  un temps Elena et  j'éprouve   un profond   sentiment  de tristesse   au  souvenir  de  cet  épisode .
J'aimais  beaucoup  Elena. Ses  défauts n'étaient  pour  moi  que  séduction et  j'étais  habitué  à  ses  fantaisies  que  je  décryptais   si  facilement  sur   son  visage  aussi  mouvant  que  ses  émotions  ! 
Elle  avait  gardé  des attitudes de  "gamine"  qui  m'attendrissaient parce  que ses  espiègleries  nous  faisaient  douter  du  sérieux  de  l'existence  :" La  vie   est  trop  courte  pour  qu'on  la prenne  au sérieux " aimait-elle  à dire dans ces moments  d'euphorie.
C'était  alors un  papillon  butinant  de  fleurs  en  fleurs les plus  petites joies  de  l'existence  où  même, vie  et mort  s'y  entremêlaient  joyeusement.
Instants privilégiés  où  tout  était  possible  , y compris  les  rêves les plus  fous , où  les  opinions  étaient  tranchées sans  nuances  , où  rouge et  noir  s'acceptaient  sans   se  confondre  . C'était  aussi  les  heures  d'effort, des défis  , des  grands  engagements .
 Puis tout  à coup  tout  s'effondrait  , brutalement  sapé  par   une  légère déception , un  chagrin ordinaire , une  trahison banale
 C'était  si  brutal  qu'il  était  inutile  de  lui tendre la main  .  Le  souvenir  de la  petite  fille  des instants précédents   vous   donnait envie  de la pendre  dans  vos   bras  pour  la  consoler  , mais vous  n'étreigniez  plus qu'un  être  en  loques arrogant   et  inaccessible.
Elle   vous  avait  quitté,  pris  un  autre chemin  et ... un nouveau  masque. Il aurait   fallu  beaucoup  d'amour  pour  la  suivre  et même   moi  , parfois  je  perdais le fil  ..et  c'est  ce  qui  se passa  sur   le parking  d'un  Centre  Commercial  de  banlieue . Dans la  laideur   la plus  absolue , d'un  univers de  béton , de plastique  et  de tôle , vagues de carcasses métalliques répétées  à l'infini,     je  l'avais  perdue  .

Nous nous  étions  un  peu  chamaillés . Je supportais  de  plus  en  plus difficilement de la voir  se morfondre  dans cette  aventure onirique.qu'elle prolongeait jusque  dans les  situations les plus   prosaiques  de la  vie  quotidienne ;  je la sentais  qui m'échappait.
 Nous n'étions  plus  deux mais  trois constamment et   je  ressentais  comme  une  intrusion   la  présence  fantasmée d' Emiliano . Je trouvais  qu'il  fallait  mettre un terme à cette  folie. Elena  semblait  s'y  épanouir  et  cet  épanouissement  m'effrayait  !
Quand  j'abordai  le problème,  elle  rit  et  nous  avons  continué  longtemps encore sur  le  ton  enjoué  de  la plaisanterie  . On  aurait  pu croire  qu'elle  me  narguait .
Et  puis   , débouchant  sur  le  parking au  grand  jour,   Elena  subitement  s'arrêta.
  Je  la  vois  encore  interrompant  un  geste  banal  pour  mieux  me  regarder   et  enfin  me   voir.  Elle  n'ajouta  rien et   silencieux nous  reprîmes  le  chemin de  la maison . Je la quittai  et  elle  ne  répondit  plus  à mes  appels  ou  mes  invitations.,m'ignorant  ostensiblement.
Je  revois   encore  son  visage  sur  le  parking , je  sais  que  là-bas  quelque  chose   s'est  brisé  comme  si  j'avais  sorti  brutalement  un somnambule  de  son  sommeil.
Elle  devait  partir  pour  Vienne   un voyage  prévu  de  longue .....   , et  je ne l'ai  pas  revue  avant  son départ  .
J'espérais  que  la capitale  autrichienne recouvrirait  Venise   comme  Venise  avait  recouvert  d'autres  vieux  démons . mais  Vienne  pouvait-elle réserver  autant  de  charmes  pour Elena ? Ses illustres  fantômes   ne lui appartiennent pas exclusivement :  ils habitent  chaque salle de  concert ,  voyagent  de  Musées  en Musées  ,  d'expositions  en  expositions . Le  Danube  peut  il rivaliser  avec la  Lagune  ?  Shönbrunn  avec  la Place  Saint  Marc  ? 
C'est  possible ... pour  celui  dont  la  valeur  des  choses  ne se mesure  pas exclusivement   à  l'aune  sentimentale...

Image  bleue   (aquarelle  Mj  2006)

jeudi 24 mars 2011

Confusion

Décidément Elena avait de plus en plus de mal à chasser ses vieux démons . Ils reprenaient de la vigueur au fur et à mesure que s'éloignait sur ce pont le fantôme d'Emiliano .
Elena avait choisi de sauter tandis qu'il poursuivait son chemin .
--Hai voluto ! 
Torts partagés ...

Il faudrait peut-être trouver maintenant un dénouement à cette histoire . Tragique ? comique ? cynique ? réaliste ?....






Le jardin silencieux dans sa frilosité

Derrière la vitre l'hiver s'est apaisé
Ses assauts sont plus doux ,sa colère s'épuise
Du vent furieux on n'entend plus le hurlement
Le fer de la bise glacée s'émousse

Mais il fait toujours gris
La brume étouffe les bruits
et trouble les contours des objets
qui se fondent informes et livides

La nature n'a plus de couleurs
blottie dans la terne indifférence
D'un amer refus d'existence
dont l'ennui a envahi les heures

De toute chose, le beau a fui, blessé
quand la laideur s'en est allée.
A quoi bon la lumière
si nulle obscurité à vaincre ?

A écrêter les extrêmes
ne reste que le médium
l'ennuyeux , demi mesure
ou clair obscur

Tout s'éteint quand le soleil s'éclipse
la vie ,elle, s'accroche a la lueur d'une chandelle
pour ne pas sombrer dans la nuit
réticente au repos , résignée à ce long crépuscule.

Les branches suintent en pleurs silencieuses,
les gouttent en tombent, comme les larmes
d'un chagrin qui s'éternise,
coulent sans bruit sur les joues

le ciel est absent, le monde n'a plus de profondeur,
l'espace est sans dimension
A deux pas d'ici le brouillard se répand en abîme
et le regard sans repère s'égare dans l'inutile.


(hiver 2007 )

Rien ne bouge (Pastel Mj 2006)

jeudi 10 mars 2011

Dovè sei .....Détournement imprévu vers la montagne !

Ravel  Pavane  pour  une infante  defunte 
Sviatoslav Richter  


Une page  musicale  qui  voudrait  simplement  notre abandon à la musique.. Une  mélancolie  sereine, juste  un peu  voilée de  tristesse, parce que les  moments  heureux  ici  bas  sont  rares  et  de  peu de  durée . Mais  que  ce n'est pas suffisant  pour  nous  faire  oublier  ce qu'il y a de beau  , ce que  nous  avons   connu,  ou  ce que  nous  connaitrons encore , comme le retour  du printemps,  , comme  l'azur  après l'orage  comme la  paix  après  la guerre ...
Nous  continuerons  le regard  fixé  sur  ces horizons  d'attente  , essuyant    s'il  le faut  d'un revers de main quelques   larmes qui  s'attardent dans  nos  yeux, esquissant  un sourire , prêts   à ramasser  notre  sac  et  à reprendre  notre  chemin pour atteindre   le col ....

La montagne  est  pour  ceux  qui  regardent  en  haut , dont  la seule  gloire  se gagne  par  la victoire  sur  soi  , l 'acte gratuit  par  excellence  , pour ceux  aussi  qui ne renoncent  jamais  à aller  voir l'autre  versant  des  choses  , non pour conquérir   ou  dominer  , mais  simplement  pour   savoir ou tenter  de savoir .
On pourrait  parler  de  chemins  de la connaissance mais  ce serait  encore bien  trop  présomptueux pour qualifier la démarche  de ces conquérants  de l'inutile.

 Et  voilà où la  musique  vous entraine ! Bien  loin  de  notre intention  première qui voulait  ne  parler  que  des " Mots".....
C'est magique  !!











Ange ou démon - Wagner


 Wagner - Die Walküre: "The Ride of the Valkyries" (Boulez)

Comment  un  esprit  aussi  doux et  delicat  que celui  d''Elena  pouvait  il vibrer  à certaines  musiques aussi violentes et  pour le moins guerrières  que  celles qu'ont  peut  trouver  chez Wagner quand il  évoque la furie  des  gardiennes du   Walhalla chargées  de  ramener  aux   dieux  pour   garantir leur  sécurité  , les  plus valeureux  soldats  ayant   étripés  et pourfendus sans  pitié  leurs ennemis  sur le chant  de  bataille  .
  On  ne  peut   éviter  de penser  lorsqu'on y succombe  comme Elena , que la  beauté de la   composition  musicale , y sublime la violence  et réveille  en nous   des sentiments de  bravoure  virile, de domination  et  si nécessaire  de  destruction  .
C'est  le  triomphe  de  la  force  , la volonté de vaincre , ...la volonté de puissance ... .
Mais  Wagner  , c'est  aussi  les Préludes ,les  murmures dans la foret ,la mort  de Siegfried    aussi  Tristan et Iseult,  Lohengrin ...
C'est  que  nous  avons en nous, comme  Wagner  sans  doute a su  si  bien le pressentir , cette  ambivalence  et  le  besoin  de  laisser s'exprimer des  émotions  tout  aussi  violentes  lorsque nous croisons l'inacceptable  lequel  sera  pour  l'un   l'humiliation  , pour  l'autre  l'injustice  ,  ou encore  l'échec , le  vol  ou  le  viol ! La colère  aide  à supporter  l'impuissance  et  parfois à la surmonter   !

 Etude :Drame3
(Acrylic+photoshop Mj  2008)

mardi 8 mars 2011

Camera separata -Schubert D915


L'hiver  était  son printemps
(L'inverno era la sua primavera)

Il nous restait si  peu de  temps
Déjà rendez-vous était pris
Je m’étais  accordée  un sursis
Mais l’hiver  était mon printemps.

Sur les joues de Simonetta
 La fièvre  a posé  ses  couleurs
Et dans  ses  bras chargés de  fleurs
Se cache impatient et  sournois

Le mal qui tôt l’emportera
Sa main   s’empresse  de    libérer
Roses  et  trésors parfumés
Bijoux fleuris, lacets, ceintures 

Des  boutons qui font ses parures
naitront  les fruits promis à Hermès
A zéphyr abandonnant   sa jeunesse 
Elle  va,  sachant son temps déjà fini

Sous l’œil implacable de  la Sagesse
 qui commande à l’indifférence
L’éternelle  féminité  répète  ses pas  de  danse
Figures légères  et  gracieuses,  aux doigts  entremêlés 
Règlent sur   un tapis  de  mousse la cadence de leurs pas ailés



La  belle  s’en  allait  dormant
Eveillée sous ton regard
Le prince  est  venu très  tard ,
Des  fleurs  il m’en  restait  tant 

Si  tu ne viens à moi   Printemps  tardif
Pour répandre   à la  volée
Le  beau que nous nous étions donnés
De mes mains  encore  captif

Il me faudra partir  bientôt
dans   mon sombre  caveau   sans  marbre 
Dans  la  terre  froide et macabre 
Camera  separata
Et  j’y déshabillerai mes os.

samedi 5 mars 2011

Deconstruites , Shostakovitch Cello concerto



 Dieu  est mort... tout  n'est  pas  permis....




Deconstruites
(Acrylic Mj  2006 )

jeudi 3 mars 2011

Bleu : Pont vers un au-delà, Arthur Rimbaud

Karita Mattila: "Luonnatar" (Sibelius)

Bleu……
O  bleu …… suprême Clairon plein des strideurs étranges,

Silences traversés des Mondes et des Anges . ( Arthur Rimbaud )


Bleu

Mon  âme  est  bleue et bleu  est  souffrance
Silhouette qui s’éloigne dans la  fuite  élégante d’une courbe sans fin
Abstraction  froide   dans sa perfection de  l’infini  qui  t’appelle.
Ce ciel n’est pas l’Azur mais brume opaque et dense
piège du  matelot , dissimule l’ abime ,avale  les  oiseaux
Suspendu entre le ciel  et l’eau
Espace entre deux mondes  où  je suis étrangère
Dans  mon rêve  où  je tombe , saute  éternellement.
Nous avions pris le même pont  
Que des ailes blanches  soutiennent   comme  celle  d’un ange 
 Attirés par    les eaux invisibles et profondes
Le corps y tombe sans  bruit
Bruits  que le bleu  étouffe
Comme  le  bleu  fond le contour  des choses 
Bleu  froid
 Bleu  indifférent 
Bleu  de l’absence   , de l’irréalité 
 
Nicolas de Stael :  Bateaux 


 Hier  et  demain  fondus  dans  l’intemporel
Sans présent  sans devenir
Je te devine plus que je te vois
Dans un dernier regard…. seul ….
Mais… pour qui  ton  regard ?   qui  t'attend  ?  qui  t'appelle  ?
De  quel  monde  où je ne suis pas  est-ce la  voie ?

Fixé  sur  ce   bleu  dont tu  fais  ton  Azur
Par delà les nuages  que hantent des blessures
Tu reprendras ta route vers cette  résurrection
Consacrant  l’éternelle  séparation.

Mahler : Peinture , musique, esthetisme

 Klemperer - Mahler "Das Lied von der Erde" (VI) - Der Abschied (part 1 of 3) 


" ......Non so se accade anche a voi, ma l'ascolto di Mahler mi costringe sempre a pensare. Se altri compositori mi fanno volare, lui mi fa pensare. E' come se si mettessero in moto meccanismi molto potenti, fisici, con ingranaggi durissimi. Un'esperienza bella e a suo modo sorprendente, strana."


La peinture  presque en  silence avaient  rapproché Emiliano et  Elena  . Avant   l'audace  de  commenter  leurs  préférences  ils avaient  échangé des  images, images  affichées  puis  images  proposées  Il  est  facile  dans  ce  domaine de  décliner  silencieusement  ses  goûts . Comme  dans  toute  forme  d'expression  artistique  l'émotion  peut   se  suffire à elle-même ,  Il  n'est  nullement  indispensable  d'expliquer  ou de  justifier. Mais  ici plus qu'ailleurs  nous nous révélons sans  recourir  à  une  syntaxe  , sans  grammaire . Il y a  dans  le  visuel   une reconnaissance    immédiatement  accessible  . C'est  sans  doute  dans  cette  première approche  émotionnelle que  la  peinture  me parait  le plus direct   des  arts  et  peut  être  le  plus  universel dans  son  ressenti .
Il  y  a  dans  les  regles  de la  composition  comme  une  immanence qu'on  a pu tenter  de  théoriser dans les  multiples  essais  du  Nombre  d'or  . Le mouvement   qui se  traduit  dans les  lignes  avant  même  d'y associer une palette  répond   à nos experiences  spatiales , à  notre  gestuelle : ruptures,  courbes, souplesse, élans,   points  de  fuites ; les  ombres  et  lumières  de  nos  clairs  obscurs ont pour  origine le  dualisme  familier  du  jour  et  de la nuit , gamme monochrome avant  d'être  tonalités  de  couleurs   .  Celles-ci enfin  quelles que  soient   nos  analyses scientifiques  sont  perceptibles  pratiquement par  tous  , nommées  ou  non  , de  la même  manière,   parce  qu'elles  trouvent  leur  équivalent  dans nos  regards   sur  la nature  .
 Un brin  d'herbe  est  vert  pour  tout  le monde ,  comme  le bleu  est la couleur  du  ciel  et  que  la chaleur  est  rouge  comme  le  feu.   .
Ceci  n'anticipe pas sur la  qualité  ou  l'intensité  de  l'émotion  dont   se  charge  notre   ressenti  ,  influencé  par  nos  cultures,  notre  vécu n notre  environnement ..
  Ensuit e on peut  prendre  plaisir   à dissequer  ,   les variables,  les  prouesses  mises  en  oeuvre  pour  faire  vibrer  nos  cordes   sensibles  OU  notre  intellect .
Ce  n'est  d'ailleurs pas  superflu  et  c'est un  exercice   interessant  et  enrichissant . Mais la selection  d'une  image  pré-figure  ce  que  nous  sommes  , de là  peut être  la  valeur  profondes  des "avatars", Ce qu'on  privilégie  est  dèjà une  image  de soi ..

 La  musique  est  plus subtile à mon  avis  . On  peut  regarder  un  tableau  sans  le  voir  , On  n'échappe  pas  à la musique  .
Dans  un  sens  elle  nous domine jusqu'à  régler   profondément  nos  émotions   d'où  son  importance   dans  l'art  cinématographique  par  exemple . Son  pouvoir  se  prolonge dans  notre  mode  de pensée, en lui  donnant  un ton ,  un environnement  intellectuel  , une réceptivité au delà de  l'audition . Elle crée ce qu'on peut  appeler  "un état  d'esprit" .

Telle  avait  été  l'expérience   d'Emiliano  à l'écoute  de  Mahler.
C'était  une  reflexion  spontanée du début de  leur  relation , adaptée  à ce  genre  d'échange, sans  doute  limitée à quelque   récente émotion , mais  Elena  sensible  à l'envoûtement  quasi  religieux de  certaines  oeuvres  du compositeur avait  découvert  cette sensibilité particulière chez  son  interlocuteur, si proche de son  propre  ressenti  particulièrement  dans  la manière  de  l'exprimer faisant  appel  à l'étrange  ,  à  l'étonnement  , à la beauté.




dimanche 27 février 2011

Barbra Streisand - Vocalise-Pavane-FAURE


 



C'est Lindor, c'est Tircis et c'est tous nos vainqueurs!
C'est Myrtille, c'est Lydé...! Les reines de nos coeurs!
Comme ils sont provocants! Comme ils sont fiers toujours!
Comme on ose régner sur nos sorts et nos jours!

Faites attention! Observez la mesure!

Ô la mortelle injure! La cadence est moins lente!
Et la chute plus sûre! Nous rabattrons bien leur caquets!
Nous serons bientôt leurs laquais!
Qu'ils sont laids! Chers minois!
Qu'ils sont fols! (Airs coquets!)

Et c'est toujours de même, et c'est ainsi toujours!
On s'adore! On se hait! On maudit ses amours!
Adieu Myrtille, Eglé, Chloé, démons moqueurs!
Adieu donc et bons jours aux tyrans de nos coeurs!
Et  Bons  jours  !
(Robert  de  Montesquiou -Fezensac)

Mantoue ou Bologne

Mantoue aurait été  une belle  destination .  Emiliano sentimentalement   attaché à  la  région  des Abruzzes s'interessait  également aux sites  historiques et  artistiques  qui  avaient  brillé et  enrichi la culture  italienne   , particulièrement dans cette  partie de l'Italie  du  nord formant  avec  Bologne, Venise et  Milan  un  triangle  fertile   en hauts  lieux  culturels  et prestigieux  .
Elena aimait   à le suivre  au gré des  liens  qu'il  lui suggérait  créant  des repères  géographiques à partir  desquels  elle pouvait associer  à  leur  racines   des artistes depuis  longtemps  admirés , situer  le déroulement d'évènements historiques, monter  un  décor  réaliste pour  des  oeuvres  d'art  flottant  jusque  là , dans   l' espace  indéfini   d'une  Italie monolithique.
C'était  pour  elle  un  plaisir  immense de  rassembler   ces pièces  de  puzzle et de  marier en sa compagnie arts,   histoire ,   géographie,  architecture . Il était  généreux  dans  ses partages  et  savait  par  quelques mots  exciter  sa  curiosité. Il avait  l'intuition  de  ce qu'elle  aimait et  ne manquait  pas  d'insister  sur  ses motifs  favoris . C'était   agréable  pour  lui de  trouver  quelqu'un  d'aussi  réceptif à  ses interêts et la sympathie  qu'elle  éprouvait  à son  égard  la rendait  avide de  ces  nouvelles  connaissances . Elena  avait   en effet, cette fâcheuse  tendance   à mêler à toute chose   l'affectif  dont semblait  dépendre   ses  facultés  de concentration  et  de mémorisation !
  A Mantoue , il   mélèrent  les  richesses  du  Palais Ducal  , les  amours licencieuses  dramatisés  par  Verdi , le génie  de  Mantegna,   les  merveilles  architecturales  du  quattrocento, et  le lyrisme buccolique de  Virgile ""Mantova mi generò, la Calabria mi rapì, mi tiene oggi Partenope: cantai i pascoli, le campagne, i condottieri".
. Les  jeux de lumière dans  les ruines  d'une  vieille  abbaye  romane inspirèrent  à Tarkovsky son  mysticisme... Les  jardins   s'animaient,  les   voies s'ordonnaient  pour que  cheminent  les  artistes  et  les princes,jusqu'au Palais  des Doges et les  rives  de la Lagune, s'arretant à la Fenice  ou  à la billetterie  de la  Scala .
La  barrière de  la  langue plus encore  que l'éloignement   limitait   leurs  commentaires  et  les  laissaient , chaque fois délicieusement  insatisfaits  , dans un horizon  d'attente   entretenant  l'intensité de leur  relation .


 Abbazia san  Galgano

Avec une réserve peu  compréhensible ,  ils  évitaient   de  parler  de   Bologne , Emiliano sans  doute  par modestie et  Elena parce qu'elle ne voulait  pas paraitre indiscrete   , espérant en son  initiative.
Ses  rares  allusions  étaient  assez critiques et  il  ne vint pas à l'esprit  d'Elena  d'aller  au delà  .  Elle  pensait  pourtant  souvent  à  une  de  ses premières   aquarelles  , pâle  copie  d'un  peintre ( dont  j'ai  oublié le  nom) , mais qui   , encadrée , supportait  d'être  regardée  et l'avait  par  conséquent   maintenue  une  bonne  partie  de  son  existence en  un lien  étroit   dans  l'ombre  des  deux tours jumelles.
 Les siècles  séparaient  l'image   de   sa  nouvelle  réalité   dissociant   l'objet  de  sa  représentaion et  privant   Elena  d'une  projection  imaginaire  sensible  ..
Ce  ne  fut  que bien  longtemps  après leur  séparation  qu'elle   s'aventura  dans les  rues  de  Bologne   par   cette  merveilleuse  application  informatique  qui  vous permet  d'évoluer  dans l'espace  géographique  virtuel  comme   si  vous y etiez  !  Et   elle ne s'en  priva  pas  , errant  dans  cette  ville  magnifique   comme   en  ont  le  secret  les  villes  italiennes  , aux  façades tantôt  charmantes  et  colorées   , tantôt  superbes  dans  leur  architectures  classique ,  dédales  de petites  rues  ,  souvent   soulignées   d'arcades élégantes, palais embellissant  les masures voisines , mélanges   de  rigueur  et  d'anarchie  ....
"Ma piove  spesso  à Bologna ..."

Bologne   Les deux  tours ( Aquarelle 19 ??)  copie  de   ? 


vendredi 25 février 2011

Dérision /Dérizione ,Pagliaccio ( L.(Pavarotti)

.Ridi Pagliaccio -Pavarotti

La seule  cure  contre la vanité c'est  le  rire et la seule  faute  qui  soit  risible   c'est  la  vanité .
Bergson  ,  le  Rire  


La capacité  de  se  tourner  soi-même  en dérision est  le meilleur  des remèdes


-- Ecco ciò che accade a chi salta dalla nave. :)

Che notta buia che c’è…
povero me, povero me…
Che acqua gelida qua
nessuno più mi salverà…
Son caduto dalla nave, son caduto
mentre a bordo c’era il ballo…

Onda su onda
il mare mi porterà
alla deriva
in balia di una sorte bizzarra e cattiva
onda su onda
mi sto allontanando ormai,
la nave è una lucciola persa nel blu
mai più ritornerò.


Sara, ti sei accorta?
Tu stai danzando insieme a lui
con gli occhi chiusi ti stringi a lui…
Sara, ma non importa!


Stupenda l’sola è…
il clima è dolce intorno a me
ci sono palme e bambù…
è un luogo pieno di virtù…
Steso al sole ad asciugarmi
il corpo e il viso
guardo in faccia il paradiso…


Onda su onda
il mare mi ha portato qui,
ritmi canzoni, donne di sogno,
banane, lamponi
onda su onda
mi sono ambientato ormai
il naufragio mi ha dato la falicità che tu,
non mi sai dar…

(Onda su  onda   Paolo  Conte)

mercredi 23 février 2011

Le jour des masques-Il giorno delle maschere.



Vivaldi - Four Seasons (Winter)


Jour des masques , où tout bascule
Sur la place pavée qui résonne
Montaigus et Capulet ont encore croisé le fer ..
Se poursuivent autour du puits ,
où dorment les eaux profondes
Dans le murmure des non-dits
Des secrets qui se révèlent
Par l'ombre qui les trahit
Visant le coeur, échec et mat 
Jouant avec la mort, trichant avec la vie ,
Pas de deux et révérences
arabesques et entrechats
Souples capes rouge et noire
protégent, s'arrachent et s'envolent 
Quand se découvre baisse sa garde
L'un s'abandonne, le coup donné
l'autre jouit de sa victoire 
Ecrase le masque tombé.
Et nargue effrontément les étoiles.

vendredi 18 février 2011

Leopardi : l'Infinito


 

Schubert Sonate pour arpeggione et piano D.821 Ⅱ.Adagio Queyras/Tharaud

 
Ils ne  se  connaissaient pas depuis  très  longtemps... Elena  toujours en  quête  de plaisirs esthétiques, l’esprit  déjà   tourné  vers l’  Italie, eut  l’idée  de  lui  demander  une  ouverture  sur  la poésie   italienne  où elle  avait   le  sentiment  d'une faible représentation  dans le  courant  romantique.
 Il  lui  ouvrit  la Grande  Porte , celle  de  Léopardi 
De  ce jour  allaient  se  fondre  dans  les sonorités mélodieuses   de  la  langue  italienne ,  son  amour  et le poète définitivement  associés et  vibrant  dans  toutes les  fibres  de son être.
Son premier   regard    s’arrêta  sur un  court  poème   où les mots  déjà  en  français comblaient  ses  goûts  pour  le   lyrisme  et  ses  aspirations  au sublime ; en  italien  c’était « musique » : ample  adagio dans  une  gamme  resserrée   alternativement ,  tendue, ascendante,  attirée  vers   des sommets  lumineux et prisonnière de sa condition terrestre :    un  promeneur  solitaire   arpentant  la campagne  entre ciel  et  terre , poème  s'achevant  sur  ce  vers magnifique  :

E il  naufragar m’è dolce in questo  mare./ Et  dans  ces  eaux il m’est  doux de  sombrer .



Canti :  XII
L’infinito
 Sempre  caro mi  fu quest’ermo colle,
E questa  siepe,  che da tanta parte
Dell’ultimo orizzonte il  guardo esclude.
Ma sedendo e  mirando , interminati
Spazi di  là da  quella, e  sovrumani
Silenzi,  e profondissima  quiete
Io nel  pensier mi fingo ; ove per  poco
Il cor  non  si  spaura. E come  il  vento
Odo  stormir  a  queste  piante, io  quello
 Infinito silenzio a questa  voce
Vo comparando : e mi  sovvien l’eterno,
E le  morte  stagioni, e la presente
E viva, e il suon  di  lei. Cosi  tra  questa
Immensità s’annega il  pensier  moi :
E il  naufragar m’è dolce in questo  mare.

Chant   :  XII
L’infini
Toujours tendre me  fut  ce  solitaire mont,
Et  cette  haie qui ,  de tout bord  ou  presque,
Dérobe aux  yeux,  le lointain  horizon.
Mais couché là  , et regardant, des espaces 
 Sans limites au-delà  d’elle, de surhumains
Silences, un  calme  on  ne peut  plus profond
Je forme  en mon  esprit,  où peu  s’en  faut
Que le cœur  ne défaille. Et  comme j’ois le vent
 Bruire parmi  les feuilles, cet
Infini  silence-là et  cette  voix,
Je les compare :  et l’éternel, il me  souvient,
Et  les mortes saisons, et la présente
Et  vive, et  son  chant.
 Ainsi par  cette immensité ma pensée  s’engloutit :
Et  dans  ces  eaux il m’est  doux de  sombrer .

jeudi 17 février 2011

l'Eloge de l'amour - Alain Badiou -Prokofiev




Prokofiev 
Roméo  et Juliette - Dance of  Knights


...]



Edvard Munch :  Les Vampires


Il est  effrayant  alors  de  songer   à la  vulnérabilité  de  ces  personnes  dans  toute  relation  virtuelle   apparentée  de près  ou  de  loin  à ces  espaces  de rencontre  où l'on vient  chercher   l'amour   comme  un  produit  de  consommation courante  .
  Alain  Badiou  ,  a su  mettre le  doigt  sur  cet  aspect de cruauté banalisée dans le  premier  chapitre  de  son court   essai  ou  plutôt  la synthèse  de son dialogue  avec  Nicolas   Truong  publiée  en  tant   que '"Eloge  de  l'amour ":
"....Ajoutons   tout  de même  que,  le risque n'étant  jamais éliminé pour  de  bon , la propagande   de ( M..) , comme  celles  des armées  impériales, consiste  à  dire que le  risque  sera pour les autres !  Si  vous  êtes  , vous, bien  préparé pour l'amour  , selon les canons  du  sécuritaire moderne, vous saurez, vous  ,  envoyer promener l'autre, qui n'est pas  conforme  à  votre  confort."zéro  mort". Les bombes  qu'ils  déversent tuent  quantité  de  gens  qui  ont le  tort  de vivre  dessous..  Mais  ce  sont  des Afghans, des  palestiniens . Ils ne sont pas modernes non  plus  .  L'amour  sécuritaire , comme  tout   ce  dont la norme  est la  sécurité , c'est l'absence  de  risque  pour  celui  qui  a une  bonne  assurance  ., une  bonne armée ,  une  bonne psychologie de la jouissance  personnelle et  tout le risque  pour  celui  en  face  de qui  il  se  trouve ....
 Nous  avons là   les deux ennemis  de l'  amour, au  fond :  la sécurité du  contrat  d'assurance et  le  confort  des  jouissances limitées  ..."



La lionne blessée -  Bas  relief assyrien

[...]

samedi 12 février 2011

Chardin / Morandi

 J.S.Bach
Concerto  Brandebourgeois n° 3 -Allegro
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Chardin  Le  gobelet  d'argent
-e- Celui-ci est mon préféré...


-E - E' stata un'esperienza molto interessante. Mi ha fatto capire dove ha origine l'opera di Morandi, che ammiro molto. - 
-e - J'aurais bien aimé connaitre ton avis , toi qui a pu comparer les deux . Ne trouves-tu pas Chardin plus compatissant envers l'humain. C'est plus visible dans ses scènes d'intérieur ou la famille tient une grande place , mais je trouve qu'on le ressent aussi dans ses natures mortes . Morandi me parait plus froid , plus "constructeur" ?
J'aime beaucoup la peinture de Morandi; bien que j'y trouve spontanément, plus de raison que d'émotion. Cette peinture me parait très intellectuelle. Mais je connais peu , je vais explorer davantage ... Dans ses natures mortes, je ne retrouve pas chez lui l'amour des objets qui prolonge la tendresse de Chardin pour l'homme naturel.
- E-  Io non posso vantare competenze per esprimere giudizi fondati in campo artistico. Se vuoi un parere personale, penso che Morandi fosse tutt'altro che freddo verso l'umano.
Lo testimonia la scelta di vivere appartato in un'epoca di totalitarismi, a riprova del rispetto per ogni più piccola individualità. Semmai, rispetto a Chardin, si è tenuto ben lontano da qualsiasi agio che gli sarebbe potuto derivare dagli ambienti accademici: una vita quasi monacale, interamente dedicata alla ricerca artistica.
Ciò che a te appare freddo, credo sia dovuto al largo intervallo di tempo che intercorre tra i due artisti: più di un secolo.
La costruzione che attribuisci a Morandi era ben presente in Chardin. Pure comune è la scelta dei soggetti, in genere minori, così come quella delle tinte neutre.
Infine, credo che Morandi abbia studiato a fondo la lezione di Chardin nell'arte di far dialogare fittamente tra loro gli oggetti delle loro rappresentazioni.
Ma le mie sono solo impressioni personali.


-e- Je suis contente et j'apprécie ton avis sur nos deux peintres .
C'est interessant de voir dans l'existence du peintre moderne , un appui pour soutenir son art . Je crois aussi que quels que soient les domaines on ne peut dissocier totalement l'homme de sa création .
Simplicité des formes , des lignes et appel aux objets sans artifices , oui , je pense que la simplicité et l'authenticité peuvent réunir les deux artistes .
Je les regarderai à nouveau . Tu as aussi benéficié de l'approche plus directe de la matière , ou bien tu le connais depuis plus longtemps que moi .
merci pour cet avis éclairé .


G. Morandi  Nature morte

(1)


Deux  peintres  , deux  points de  vue  ..
 Le partage, l'échange, sur  de telles oeuvres  est  toujours intéressant et  enrichissant  . Mais   bien  sur  ici  là  n'est pas  vraiment  la  question .
 Le "divorce"  était  déjà  consommé et  ils tentaient   de restaurer   leur  ancien  mode  relationnel .
Surtout  du côté  d'Elena et   c'est ici  que   le dialogue  peut être  émouvant  .
 Ouverte  à  toute  nouvelle expérience  artistique  ,  Elena n'était  néanmoins  pas  très  réceptive   à cette  peinture  .  Il  lui   aurait  fallu  l'analyser ,  la  voir  ,  trouver  la source  de  l'émotion  ... en un mot   la lire .
Dans  cette comparaison immédiate , le sens   lui  échappait  et  sa  préoccupation  réelle  était  dans  sa  relation  avec  Emiliano.  Peu  encline   à  juger  favorablement  une  oeuvre  qui  ne lui  parlait  pas  d'emblée  , pour laquelle  elle n'avait  pas  encore  ressenti le  "coup de  foudre " nécessaire  à  son  adhésion , elle sentait  le  besoin  de se  rapprocher  de lui  dont  elle  connaissait  l'intérêt  pour  le  peintre  moderne  .
 Sincèrement   conquis  par   son  artiste  et  encore  sous   l'effet   favorable  de  sa  visite ,  les  pensées  d'Emiliano se  concentraient  sur  l'unique  objet  de  son  plaisir  esthétique  .avec en  plus  la satisfaction  de  pouvoir   se montrer pour une  fois  plus enthousiaste que  son  interlocutrice . Courtois  et  réservé il  débita  en son  temps  , sans  précipitation , "son compliment"   tandis  qu'Elena  en apparence  attentive et  intéressée  tentait   d'introduire  dans la  discussion  l'émotion  et  le  sentiment  qui  dominait  sa  pensée,  en mettant  en valeur   les qualités humaines "évidentes" qu'on  pouvait   déceler   dans la peinture  de Chardin  .  Ce tableau   Elena  le  "possédait  pour  l'avoir   travaillé  et  reproduit  avec tout  l'amour  puisé  à  la chaude palette  du  peintre  .  Elle  avait  pu  apprécier à  loisir   la  douceur  des  lignes  d'un motif   tout  en courbes délicates ., l'absence  totale  des  tons froids  jusque  dans  les reflets  d'argent,  la   simplicité  des  fruits mûrs et la modestie  de  tout l'appareil. Une  tendre sérénité  se  dégageait  de  l'ensemble qui  de surcroit  ornait  un mur  de la salle  où  elle  se  tenait  quotidiennement  . Elle  aurait  tant voulu  que  celle-ci  se  répande  sur leur  échange ! Mais  l'émotion  d'Emiliano vibrait  tout autant   mais dans un  ailleurs indifférent à sa sensibilité  . L'énorme  différence tenait  à  la confusion  des sentiments d'Elena . .....

"Comme il  faut   habituer  l'oreille   à la musique , il   faut   habituer le  regard  à la peinture "

 http://lucamaggio.wordpress.com/2010/10/05/giorgio-morandi-l%E2%80%99arte-di-annullare-il-tempo/ 

vendredi 11 février 2011

Smetana : La Moldau

 27 décembre 2010, 02:54 



La Moldau de Smetana

 Un thème   si   célèbre qu'il  impose de lui-même,  immédiatement, l'image  d'un long fleuve   tranquille  , paisible ,  dans son indifférence  aux  évènements  qui  se  déroulent  sur  ses rives  et  dont  il  pourrait être  le  témoin  , spectateur   de   la grandeur  et  de la  folie  des hommes  . Espoir ,  plénitude  , emphase  ...

 L'heure  était  aux  envies  de  voyages  et  au-delà   à des  envies de  projets,  de concrétisation d'une situation  en  suspens,  mais  dans le  non-dit  , le  suggéré,   dans  cette crainte intuitive de la  fragilité de leur  rêve  !
Envie  d'évasion  ,  à deux   bien  sur  !

Incapable  de  s'en  tenir  à  une  conversation  ordinaire ,  toujours elle  faisait   dévier  le  discours  vers  une  sphère  plus "élevée" . C'était sa  manière  de fuir  la réalité  Comme  toujours elle  anticipait  dans  cette  fuite  en avant  , accumulant  les images  pour noyer dans leur  flot ,  les révélations  de  son désir profond  .
 . Mais   ses  élans  étaient  sincères ,  Les  natures émotives  enchainent   les  idées  ,  et  les  images  .  Dans  l'émotion  ,  elles  sont  souvent  submergées  comme  si   des digues se  rompaient ,   comme  si  une  image  pouvait   immédiatement  se  démultiplier et  éclater en une  multitude  d'autres sensations venues  de  lointaines réminiscences , conservant  indéfiniment  leur empreinte dans  la  matière  vulnérable  de l'esprit  hypersensible. ....

 

jeudi 10 février 2011

Franz Schubert: Andantino from Sonata D 959


Revenons  encore  une  fois à Schubert  .
Elena trop  imprégnée  de  l'esprit  du  compositeur , ne  pouvait  persister  longtemps  dans  ses illusions .
Il lui fallut  beaucoup  de  temps  , beaucoup  de  larmes  et  beaucoup  de  souffrances  pour accepter  le fait  qu'il  ait  disparu  définitivement  de  sa  vie  .
Un dénouement  plus  tragique  lui  eut  paru  plus  conforme  à  l'idée  qu'elle  se  faisait  de  sa  chute .
Elle  n'ajouta   qu'un  bémol à  sa vision  du  monde .
Son  orgueil  finalement  très  relatif  ,  cessa  de lui  masquer  la  triste  réalité  des  choses  . Elle  s'était  laissée  aller  à  un rêve  impossible  et  aussi  dérisoire . L'auréole  dont  elle  avait  coiffé Emiliano  n'était  formée  que  de ses  fantasmes nourris par  son  ennui  infini . Au rythme  de  cette  andantino qui  laisse  exploser  sa  révolte  en  son  milieu, elle  sut  aussi  calmer sa vaine  fureur  et   elle  reprit son chemin  avec un  peu plus  de modestie  . Modérant  autant  qu'elle le pouvait ses enthousiasmes , elle  adopta  une allure  qui n'était  plus  que  tristement  tranquille  .
 Il ne lui  avait  pris  que  ses  illusions  , trompé  sans  scrupules  sa   confiance  naïve .
Dans  un  schéma  d'une  banalité  navrante  , elle  n'avait  été  qu'un  jouet  , mais  bien  consciente  de la  facilité  avec  laquelle  elle  s'était  abandonnée  à  ce  jeu ,  elle  ne  s'autorisa  pas  le  droit   à l'amertume .
L'envie  de vengeance  ne  fit  que  l'effleurer .

Mieux  exprimée par  la  mélodie  mélancolique  dans laquelle  s'achève cet  andantino désabusé , sa peine  devait  faire place  à la résignation : elle convint  que  le  monde  n'avait  brillé  que  selon son  désir, qu'il  était  ce  qu'il  était :  morne  et  gris  ,  et  que prétendre  franchir  les  portes  du  rêve  n'était  qu'une  vélleité d'échapper  à  la  réalité   dont  les règles finissaient  toujours  par  vous  écraser  .