« Que serait un monde sans la musique ? », disait un certain… « Que serait un monde sans images, sans couleurs, sans les mots ? Que serait l’homme sans émotions ? Son cœur est un luth suspendu ; sitôt qu’on le touche, il résonne. » – de Béranger
Le plus grand admirateur contemporain de Chardin , (plus tard viendra Proust) fut probablement Diderot qui en fit l'éloge dans chacun de ses Salons où il élabora la théorie moderne de la critique d'art .
Diderot appréciait aussi Vernet , paysagiste et peintre historique , Fragonard et Greuze.
Pour Diderot l'artiste doit respecter la vérité "Toute composition digne d'éloge est un tout et partout d'accord avec la nature " .Le grandiose de Vernet suscite son admiration , l'esprit de Fragonard sans doute sa complicité ..
Grand amateur d'art et juge prolixe dans ses critiques , il reste dans ses éloges pratiquement silencieux devant les natures mortes de Chardin pour lesquelles il ne se rend qu'à la magie .
Peut être submergé par la beauté de ses toiles qui échappent aux descriptifs littéraires, où l'objet ordinaire (utilitaire ) acquiert dans sa représentation une dimension supérieure sans toutefois rien céder au realisme fidèle , où il voudrait bien accorder au peintre le pouvoir de leur donner une âme , si ce n'était là trop d'entorses à ses convictions , il lancera un jour ce paradoxe en évoquant le Sublime du technique .
La voix du silence par René Démoris sur "Fabula" René Démoris, "Diderot et Chardin : la voie du silence", Littérature et arts à l'âge classique 1 : Littérature et peinture au XVIIIe s., autour des Salons de Diderot, par R. Démoris, URL : http://www.fabula.org/colloques/document635.php
Je suis très sensible à ces " reprises " et, parcourant au hasard un de mes livres d'art , je croise à nouveau l'association de ces deux peintres , association fort bien choisie mais que je trouve saisissante dans l'infini des possibles suggérés par le sujet .
J'accepte l'émotion de ce hasard , tout en pensant qu'un critique d'art éclairé a bien pu faire école ou que le peintre contemporain a révélé quelque part son attachement à son vieux maitre .
Chardin
Jean-Baptiste Siméon Chardin : La tabagie
" L'équilibre de la composition est impressionnant : les objets sont disposés dans un ordre et selon une règle qui n'admettent pas la moindre modification , instaurant un rapport bien précis entre eux et l'arrière plan. En effet Chardin calibre l'espace avec une sensibilité rare et place ses objets avec un soin scientifique jusqu'à ce quil obtienne l'équilibre extraordinaire qui caractérise toutes ses compositions. L'harmonie chromatique - avec ses accords recherchés entre les tons clairs et les tons sombres , les tons froids et les tons chauds , et surtout l'empâtement des couleus - contribue à cette sensation d'équilibre avec des touches qi se superposent et se mélangent en créant des effets harmonieux . Pour obtenir les tonalités sobres et solides qui caractérisent ses oeuvres, Chardin travaille très longuement l'empâtement de ses couleurs, le redéfinissant pour chacune de ses oeuvres. Il peut y travailler pendant des mois. C'est pourquoi ses tableaux finissent par coûter fort cher . Chardin ne lésinera jamais sur le temps infini consacré à chacune de ses natures mortes, mais celà l'empêchera de répondre à toutes les demandes et l'obligera à recourir aux gravureset même aux copies. Dans ce tableau l'attention se porte sur l'élément vertical clair constitué par le broc, entouré de la tasse et du couvercle, à peine tacheté par les tons de la décoration bleue et rouge, qui se conjugue avec la pipe appuyée sur le volume carré de la mallette. Le jeu rythmé du plan horizontal du plan horizontal de la table en pleine lumière, du plan vertical du couvercle de la mallette doublé de vert et des plans successifs des objets, interrompus par la diagonale élégante de la la longue pipe, donne une vie mystérieuse à la composition .
Morandi
Giorgio Morandi : Nature morte 1919
Dans l'oeuvre de Morandi dont l'importance est à l'inverse de la modestie des sujets représentés, nous sentons l'admiration de l'artiste pour des peintres tels que Vermeer, Chardin ou Cézanne.
Ses fantastiques natures mortes acquièrent par leur composition une significatioon profonde qui dépasse le sujet , obéissent toutes à une "règle" naisant de la cohérence des rapports entre l'ordre des forme et les variations tonales dans la gamme réduite des blancs, des jaunes, des ocres et des gris .
(Textes extraits de Regards sur la peinture , éditions Fabbri )
-E - E' stata un'esperienza molto interessante. Mi ha fatto capire dove ha origine l'opera di Morandi, che ammiro molto. - -e - J'aurais bien aimé connaitre ton avis , toi qui a pu comparer les deux . Ne trouves-tu pas Chardin plus compatissant envers l'humain. C'est plus visible dans ses scènes d'intérieur ou la famille tient une grande place , mais je trouve qu'on le ressent aussi dans ses natures mortes . Morandi me parait plus froid , plus "constructeur" ? J'aime beaucoup la peinture de Morandi; bien que j'y trouve spontanément, plus de raison que d'émotion. Cette peinture me parait très intellectuelle. Mais je connais peu , je vais explorer davantage ... Dans ses natures mortes, je ne retrouve pas chez lui l'amour des objets qui prolonge la tendresse de Chardin pour l'homme naturel. - E- Io non posso vantare competenze per esprimere giudizi fondati in campo artistico. Se vuoi un parere personale, penso che Morandi fosse tutt'altro che freddo verso l'umano. Lo testimonia la scelta di vivere appartato in un'epoca di totalitarismi, a riprova del rispetto per ogni più piccola individualità. Semmai, rispetto a Chardin, si è tenuto ben lontano da qualsiasi agio che gli sarebbe potuto derivare dagli ambienti accademici: una vita quasi monacale, interamente dedicata alla ricerca artistica. Ciò che a te appare freddo, credo sia dovuto al largo intervallo di tempo che intercorre tra i due artisti: più di un secolo. La costruzione che attribuisci a Morandi era ben presente in Chardin. Pure comune è la scelta dei soggetti, in genere minori, così come quella delle tinte neutre. Infine, credo che Morandi abbia studiato a fondo la lezione di Chardin nell'arte di far dialogare fittamente tra loro gli oggetti delle loro rappresentazioni. Ma le mie sono solo impressioni personali.
-e- Je suis contente et j'apprécie ton avis sur nos deux peintres . C'est interessant de voir dans l'existence du peintre moderne , un appui pour soutenir son art . Je crois aussi que quels que soient les domaines on ne peut dissocier totalement l'homme de sa création . Simplicité des formes , des lignes et appel aux objets sans artifices , oui , je pense que la simplicité et l'authenticité peuvent réunir les deux artistes . Je les regarderai à nouveau . Tu as aussi benéficié de l'approche plus directe de la matière , ou bien tu le connais depuis plus longtemps que moi . merci pour cet avis éclairé .
G. Morandi Nature morte
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Deux peintres , deux points de vue ..
Le partage, l'échange, sur de telles oeuvres est toujours intéressant et enrichissant . Mais bien sur ici là n'est pas vraiment la question .
Le "divorce" était déjà consommé et ils tentaient de restaurer leur ancien mode relationnel .
Surtout du côté d'Elena et c'est ici que le dialogue peut être émouvant .
Ouverte à toute nouvelle expérience artistique , Elena n'était néanmoins pas très réceptive à cette peinture . Il lui aurait fallu l'analyser , la voir , trouver la source de l'émotion ... en un mot la lire .
Dans cette comparaison immédiate , le sens lui échappait et sa préoccupation réelle était dans sa relation avec Emiliano. Peu encline à juger favorablement une oeuvre qui ne lui parlait pas d'emblée , pour laquelle elle n'avait pas encore ressenti le "coup de foudre " nécessaire à son adhésion , elle sentait le besoin de se rapprocher de lui dont elle connaissait l'intérêt pour le peintre moderne .
Sincèrement conquis par son artiste et encore sous l'effet favorable de sa visite , les pensées d'Emiliano se concentraient sur l'unique objet de son plaisir esthétique .avec en plus la satisfaction de pouvoir se montrer pour une fois plus enthousiaste que son interlocutrice . Courtois et réservé il débita en son temps , sans précipitation , "son compliment" tandis qu'Elena en apparence attentive et intéressée tentait d'introduire dans la discussion l'émotion et le sentiment qui dominait sa pensée, en mettant en valeur les qualités humaines "évidentes" qu'on pouvait déceler dans la peinture de Chardin . Ce tableau Elena le "possédait pour l'avoir travaillé et reproduit avec tout l'amour puisé à la chaude palette du peintre . Elle avait pu apprécier à loisir la douceur des lignes d'un motif tout en courbes délicates ., l'absence totale des tons froids jusque dans les reflets d'argent, la simplicité des fruits mûrs et la modestie de tout l'appareil. Une tendre sérénité se dégageait de l'ensemble qui de surcroit ornait un mur de la salle où elle se tenait quotidiennement . Elle aurait tant voulu que celle-ci se répande sur leur échange ! Mais l'émotion d'Emiliano vibrait tout autant mais dans un ailleurs indifférent à sa sensibilité . L'énorme différence tenait à la confusion des sentiments d'Elena . .....
"Comme il faut habituer l'oreille à la musique , il faut habituer le regard à la peinture "