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mardi 24 mai 2011

mercredi 6 avril 2011

Vienne au lieu de Venise , erreur d'aiguillage ! Albinoni.

Tommaso Albinoni - Oboe Concerto / Andante


J'ai  perdu  de  vue  un temps Elena et  j'éprouve   un profond   sentiment  de tristesse   au  souvenir  de  cet  épisode .
J'aimais  beaucoup  Elena. Ses  défauts n'étaient  pour  moi  que  séduction et  j'étais  habitué  à  ses  fantaisies  que  je  décryptais   si  facilement  sur   son  visage  aussi  mouvant  que  ses  émotions  ! 
Elle  avait  gardé  des attitudes de  "gamine"  qui  m'attendrissaient parce  que ses  espiègleries  nous  faisaient  douter  du  sérieux  de  l'existence  :" La  vie   est  trop  courte  pour  qu'on  la prenne  au sérieux " aimait-elle  à dire dans ces moments  d'euphorie.
C'était  alors un  papillon  butinant  de  fleurs  en  fleurs les plus  petites joies  de  l'existence  où  même, vie  et mort  s'y  entremêlaient  joyeusement.
Instants privilégiés  où  tout  était  possible  , y compris  les  rêves les plus  fous , où  les  opinions  étaient  tranchées sans  nuances  , où  rouge et  noir  s'acceptaient  sans   se  confondre  . C'était  aussi  les  heures  d'effort, des défis  , des  grands  engagements .
 Puis tout  à coup  tout  s'effondrait  , brutalement  sapé  par   une  légère déception , un  chagrin ordinaire , une  trahison banale
 C'était  si  brutal  qu'il  était  inutile  de  lui tendre la main  .  Le  souvenir  de la  petite  fille  des instants précédents   vous   donnait envie  de la pendre  dans  vos   bras  pour  la  consoler  , mais vous  n'étreigniez  plus qu'un  être  en  loques arrogant   et  inaccessible.
Elle   vous  avait  quitté,  pris  un  autre chemin  et ... un nouveau  masque. Il aurait   fallu  beaucoup  d'amour  pour  la  suivre  et même   moi  , parfois  je  perdais le fil  ..et  c'est  ce  qui  se passa  sur   le parking  d'un  Centre  Commercial  de  banlieue . Dans la  laideur   la plus  absolue , d'un  univers de  béton , de plastique  et  de tôle , vagues de carcasses métalliques répétées  à l'infini,     je  l'avais  perdue  .

Nous nous  étions  un  peu  chamaillés . Je supportais  de  plus  en  plus difficilement de la voir  se morfondre  dans cette  aventure onirique.qu'elle prolongeait jusque  dans les  situations les plus   prosaiques  de la  vie  quotidienne ;  je la sentais  qui m'échappait.
 Nous n'étions  plus  deux mais  trois constamment et   je  ressentais  comme  une  intrusion   la  présence  fantasmée d' Emiliano . Je trouvais  qu'il  fallait  mettre un terme à cette  folie. Elena  semblait  s'y  épanouir  et  cet  épanouissement  m'effrayait  !
Quand  j'abordai  le problème,  elle  rit  et  nous  avons  continué  longtemps encore sur  le  ton  enjoué  de  la plaisanterie  . On  aurait  pu croire  qu'elle  me  narguait .
Et  puis   , débouchant  sur  le  parking au  grand  jour,   Elena  subitement  s'arrêta.
  Je  la  vois  encore  interrompant  un  geste  banal  pour  mieux  me  regarder   et  enfin  me   voir.  Elle  n'ajouta  rien et   silencieux nous  reprîmes  le  chemin de  la maison . Je la quittai  et  elle  ne  répondit  plus  à mes  appels  ou  mes  invitations.,m'ignorant  ostensiblement.
Je  revois   encore  son  visage  sur  le  parking , je  sais  que  là-bas  quelque  chose   s'est  brisé  comme  si  j'avais  sorti  brutalement  un somnambule  de  son  sommeil.
Elle  devait  partir  pour  Vienne   un voyage  prévu  de  longue .....   , et  je ne l'ai  pas  revue  avant  son départ  .
J'espérais  que  la capitale  autrichienne recouvrirait  Venise   comme  Venise  avait  recouvert  d'autres  vieux  démons . mais  Vienne  pouvait-elle réserver  autant  de  charmes  pour Elena ? Ses illustres  fantômes   ne lui appartiennent pas exclusivement :  ils habitent  chaque salle de  concert ,  voyagent  de  Musées  en Musées  ,  d'expositions  en  expositions . Le  Danube  peut  il rivaliser  avec la  Lagune  ?  Shönbrunn  avec  la Place  Saint  Marc  ? 
C'est  possible ... pour  celui  dont  la  valeur  des  choses  ne se mesure  pas exclusivement   à  l'aune  sentimentale...

Image  bleue   (aquarelle  Mj  2006)

mardi 15 mars 2011

Venise,Turner , Liadov, André Suarès....


Liadov - Prelude Op. 11, No. 1



On arrive  à  Venise comme, après  tous les méandres de l'insomnie, on finit  par  descendre  sur la plage  d'un songe. On  desespère  de  toucher  au  bonheur  .La ville  ne parait pas . Rien ne l'annonce. On  la cherche au  Levant.  On  s'attend  à  en voir  quelques  signes et sur le  ciel ,  flotter les pavillons de la chimère.  L'horizon  où  elle  se dérobe  est un  infini  muet, miroitant  et  désert . Parfois  on  a cru  découvrir une tour, un clocher  sur la plaine  marine;  mais on doute du  mirage  salin . Est-ce  la mer  ?  est-ce  la  terre  ferme? ou  plutôt  quel  mélange  fluide, quel  transparent  accord  des deux pâtes sur la palette  ?
Tout  est  ciel , c'est le  ciel  immense des  salines, une vasque de  rose  et d'azur  tendre, un océan de nacre , qu'irise ça  et là , quelque perle  de nuage. On  appelle la mer et on  l'a  au-dessus de soi, ce firmament  tranquille. Puis le  crépuscule  rougit. Une tache de  sang coule sur la voûte et s'étend  vers la  terre.  Venise n'apparait  toujours pas . Elle  est  là-bas ,  pourtant,  dans l'ombre lucide, d'un violet  si  délicat  et  si  languissant qu'on pense au  sourire de la  volupté douloureuse  . 
André Suarès,  Voyage  du  Condottière.

mercredi 23 février 2011

Le jour des masques-Il giorno delle maschere.



Vivaldi - Four Seasons (Winter)


Jour des masques , où tout bascule
Sur la place pavée qui résonne
Montaigus et Capulet ont encore croisé le fer ..
Se poursuivent autour du puits ,
où dorment les eaux profondes
Dans le murmure des non-dits
Des secrets qui se révèlent
Par l'ombre qui les trahit
Visant le coeur, échec et mat 
Jouant avec la mort, trichant avec la vie ,
Pas de deux et révérences
arabesques et entrechats
Souples capes rouge et noire
protégent, s'arrachent et s'envolent 
Quand se découvre baisse sa garde
L'un s'abandonne, le coup donné
l'autre jouit de sa victoire 
Ecrase le masque tombé.
Et nargue effrontément les étoiles.

lundi 31 janvier 2011

Venise... Senso , Visconti ...


Le matin  se  lève  sur les  quais  du  Rialto . Venise  laborieuse  s'agite, balayant  les   songes  qui  l'avaient  envahie à la faveur  de la nuit. Avec  les brumes  de  l'aube,   les rêves vont se dissiper, révéler  sans  scrupules,  la  réalité masquée , les contours  froids  et  humides des  pierres  et  des  façades. Le soleil viendra  bientôt  réchauffer  dans leurs couleurs  diurnes ces  murs maintenant gris  et  tristes .   Le  ciel illuminera,  sur  la surface  miroitante  de   l'eau, les   ponts  et les  venelles qui perdront  leur mystère.Les  cris  , les  chants   joyeux  remplaceront  les  chuchotements de la nuit et  les gondoles   feront  place   aux bruyants  vaporettos . C'est  encore l'heure indécise des rêveries qui s'attardent , défiant   le  temps  qui passe , étirant  l'éphémère ...
Mais toujours l’eau  coule  sous les  ponts,  également à  Venise.
[.......]


 
A. Bruckner - Symphony No. 7 in E major - II. Adagio