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vendredi 4 avril 2014

Lamartine , la solitude ,haute montagne Carus

Carl Gustav  Carus  : Haute montagne

[...]

Salut, brillants sommets ! champs de neige et de glace !
Vous qui d'aucun mortel n'avez gardé la trace;
Vous que le regard même aborde avec effroi,
Et qui n'avez souffert que les aigles et moi !
Œuvres du premier jour, augustes pyramides
Que Dieu même affermit sur vos bases solides !
Confins de l'univers, qui, depuis ce grand jour,
N'avez jamais changé de forme et de contour !
Le nuage, en grondant, parcourt en vain vos cimes,
Le fleuve en vain grossi sillonne vos abîmes,
La foudre frappe en vain votre front endurci;
Votre front solennel, un moment obscurci,
Sur nous, comme la nuit, versant son ombre obscure,
Et laissant pendre au loin sa noire chevelure,
Semble, toujours vainqueur du choc qui l'ébranla,
Au dieu qui l'a fondé dire encor : Me voilà !
Et moi, me voici seul sur ces confins du monde !
Loin d'ici, sous mes pieds la foudre vole et gronde,
Les nuages battus par les ailes des vents
Entrechoquant comme eux leurs tourbillons mouvants,
Tels qu'un autre Océan soulevé par l'orage,
Se déroulent sans fin dans des lits sans rivage,
Et devant ces sommets abaissant leur orgueil,
Brisent incessamment sur cet immense écueil.
Mais, tandis qu'à ses pieds ce noir chaos bouillonne,
D'éternelles splendeurs le soleil le couronne
Depuis l'heure où son char s'élance dans les airs,
Jusqu'à l'heure où son disque incline vers les mers,
Cet astre, en décrivant son oblique carrière,
D'aucune ombre jamais n'y souille sa lumière,
Et déjà la nuit sombre a descendu des cieux
Qu'à ces sommets encore il dit de longs adieux. 

[...]

lundi 19 septembre 2011

Petrarque et Lamartine



Petrarque   vu par  Lamartine 
(Posface de  l'Edition  Orphée:  La vertu  et la  grâce)

""...Aucun hommage cependant   n'a été  mieux marqué , aucune  filiation spirituelle plus  affirmée que  celle  de Lamartine...."

Pétrarque  : son  amour , ses livres  et  ses   vers 


"Il y a deux amours : l'amour  des sens  et l'amour  des âmes.  Tous les dux  sont dans l'ordre de la  nature,  puisque la perpétuité de la race  humaine a été attachée à cet  instinct dans les  êtres  vulgaires et à ce  sentiment  dans les êtres d'élite. En cherchant bien  la  différence esssentielle   qui  existe entre  l'amour  des sens  et l'amour  des âmes,  on  arrive  à  conclure  ceci :  C'est  que l'amour des sens à pour mobile et pour  objet le plaisir, et  que l'amour  des âmes  a pour  mobile et  pour   objet la passion  du  beau;  ainsi le premier n'inspire-t-il que  des  désirs  ou  des appétits, et le  second  inspire-t-il   des admirations, des enthousiasmes et pour  ainsi  dire des cultes. Il  y a  plus,  l'amour  des sens inspire souvent  des  vices  et  des  crimes, l'amour  des  âmes  inspire  souvent  des chefs-d'oeuvres et des  vertus: C'est  ainsi  que vous voyez  dans l'antiquité l'amour sensuel   caractérisé  par  Hélène, Phèdre,  Clytemnestre ; et que  vous  voyez dans les temps modernes l'amour  des âmes  se caractériser   dans la  chevalerie, dans  Héloïse, dans  Laure , par l'héroïsme , par la fidélité, par la sainteté  même la  plus idéale  et  la  plus mystique (...)
Cet amour  des  âmes ou cette passion  du  beau, sentiment  qui  se  rapproche le plus du  pieux enthousiasme pour la beauté  incréee, devait par sa nature même  inspirer çà la terre sa  plus céleste poésie , car ce sentiment  est une  sorte de piété par  reflet ; piété qui  traverse la  créature comme un rayon  traverse l'albâtre pour s'élever  jusqu'àla contemplation infinie, Dieu.

Cette  pité transpire   dans les vers de l'amant  de Laure , Laure pour lui n'est pas une femme  , c'est une incarnation  du  beau, dans laquelle il  adore la divinté de l'amour  ....
Quant  à moi , je  considère  Petrarque   , sans  aucune  comparaison possible, comme le plus  parfait poète de l'âme de  tous  les  temps  et  de  tous les pys, depuis la mort  du  doux  Virgile....Toutes les  vagues de  l'Adriatique , toutes les collines de l' Arquà, toutes les grottes de Vaucluse, toutes les brises d'Italie, roulent  avec les larmes  ou les soupirs des amants  un vers de  Pétrarque. Ses sonnets  sont les  médailles du  coeur   humain  (...)
A dater  de  l'heure  où il vit  Laure , l'âme  de Pétrarque ne fut plus  qu'un  chant  d'enthousiasme, de désir, d'amour  de  regrets consacrée  à  cette  vision . Elle  était pour lui   la Béatrice  du  Dante  sortie  de l'enfance et du  rêve et  arrivée  à la réalité de laperfection de la beauté .   Cette publicité  de  culte  n'offensait  ni  la vertu de son idole ni la susceptibilité de son  époux. Laure  était  au-dessus de  tout  soupçon Hughes de  Sades   au-dessus  de la jalousie  . Un  tel  amour divinisé par  de  tels vers  était, à cette  époque , une gloire  et non un  affront pour  la famille...."

La retraite  de  Pétrarque   à  Fontaine  de Vaucluse  :

"Combien  de  fois  pendant  les nuits  d'été , à la  douzième  heure, après  avoir  récité  mon  bréviaire, je suis  allé  me  promener dans les montagnes  au clair  de la  lune.! Combien de fois même  suis-je entré seul , malgré les ténèbres intimidantes de  la  nuit, dans cet antre  terrible où,  le jour  même, et  en compagnie  d'autres  hommes , on  ne pénètre sans un  secret  saisisissement! J'éprouvais  une sorte  de plaisir en y  entrant ; mais je  l'avoue ce plaisir  n'était pas sans une certaine  voluptueuse  terreur.
Je trouve  tant  de  douceur  dans  cette  solitude, une si  douce  tranquillité,  qu'il  me  semble  n'avoir  véritablement  vécu que  pendant le  temps  que  je l'ai  habitée; tout le  reste de ma vie n'a été  qu'un  continuel  tourment. "

Son amours,  ses  livres  et  ses  vers  suffisaient  à sa vie Voici  comment il  parle  à  ces  amis mondains, qui  lui  reprochaient  sa fuite du  monde  :
" Ces  gens  là regardent les plaisirs   comme le  souverain  bien; ils ne comprennent pas qu'on  puisse y  renoncer . Ils  ignorent mes ressources J'ai  des amis dont la   société est  délicieuse pour moi. Mes livres  ce sont  des gens de tous les pays   et  de tous les  siècles  : distingués à la  guerre ,  dans la robe  et dans les lettres; aisés  à vivre , toujours  à  mes ordres; je les fais  venir quand je  veux, et je les   renvoie de  même;  ils  n'ont  jamais  d'humeur  et répondent  à  toutes mes questions.
 Les uns  font  passer en  revue  devant  moi,  les évènements des siècles passés; d'autres me  dévoilent les secrets de la  nature; ceux-ci  m'apprennent à  bien vire  et à  bien  mourir, ceux-là  chassent  l'ennui  par leur  gaîté, et m'amusent par leur  saillies;  il  y en  a  qui  disposent  mon  âme à  tout  souffrir, à ne  rien  désirer, et me  font  connaître à  moi-même. En  un mot  ils m'ouvrent  la  porte  de tous les arts  et  de toutes les sciences ;  je les trouve dans tous mes besoins.
Pour  prix de  si  grands  services ils ne demandent qu'une chambre bien  fermée  dans un coin de ma  petite maison, où ils soient   à l'abri  de leurs ennemis. Enfin,  je les mène  avec moi dans les champs, dont le  silence convient  mieux  que le tumulte des cités."

[...]
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dimanche 18 septembre 2011

C'est ...L'Automne ....( Lamartine)



Bouleaux

L'automne
Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards !

Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire,
J'aime à revoir encore, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois !

Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
A ses regards voilés, je trouve plus d'attraits,
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui !

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ;
L'air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d'un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel !
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel ?

Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu ?
Peut-être dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme, et m'aurait répondu ? ...

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphir ;
A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux ;
Moi, je meurs; et mon âme, au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.

Alphonse de Lamartine

vendredi 11 mars 2011

« Ô temps ! suspends ton vol, ..." Lamartine

Léo Ferré - L'étang chimérique

« Le Lac »

(Méditations  poétiques)

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
  Laissa tomber ces mots :

« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?


Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

Lotus  ( Aquarelle Mj 2007)