mercredi 24 août 2011

Delacroix , éléments de la biographie d'un grand homme ...

Eugène Delacroix 
1798-1863
Autoportrait
 
Delacroix par Maximilien  Gauthier  
 ( collection les plus  grands peintres  chez Larousse)

(Quelques   beaux  extraits  de   la  biographie du  peintre par  un grand   admirateur  .  )


Déboirs  et  compensations

… De son  propre  aveu,  il  aima la gloire : « Les  éloges, a-t-il  écrit sont  le  vent  qui  enfle la voile et nous pousse à aller plus loin. Il  faut être  doué  d’un furieux amour-propre pour pouvoir  se passer de  l’assentiment des autres,  et  j’avoue mon  faible à  cet égard. »

Il  eut l’amitié et   l’admiration de Stendhal, de Mérimée ;  Balzac lui a dédié  La fille  aux yeux d’or ;  Alfre d  de Musset,  qu’il  n’aimait  guère, le tint en  haute estime ;  Théophile  Gauthier le   célébra ; Sainte- Beuve  sut le deviner, le placer à  son  rang . De George Sand  à  Rachel,  de Chopin  à  Liszt,  de Cuvier à   Barye,  à peu près tous les illustres de son  temps  lui  ont  donné  ce surcroit d’assurance  et  de  courage dont il  eut la modestie de ressentir le besoin.
 Goethe  lui-même approuva son  Faust « Il faut avouer que  ce  Mr  Delacroix est un grand  talent  …Il  me  faut  convenir que  Mr Delacroix a  surpassé  les  tableaux  que je m’étais  faits des scènes écrites par moi-même. » 

Delacroix  et Baudelaire  

… en  1845 , s’était  accompli,  un des  plus hauts faits de l’histoire  de Delacroix :  sa  rencontre  avec Charles Baudelaire. Le peintre  avait   47 ans le  poète 24  C’était  donc la jeunesse  rendant  à  l’âge mûr  un hommage  aussi précieux, déjà  que capable  d’inspirer à  celui  qui le recevait une confiance  entière  sur l’avenir  .
Dans on  mémorable  salon  de 1846 Baudelaire a  écrit : «  Le romantisme  et la  couleur   me  conduise  droit à   Eugène Delacroix.  J’ignore s’il  est  fier de  sa qualité d romantique ;  mais sa  place est ici  parce que la majorité du public, l’a  depuis longtemps  , et même  depuis  sa première œuvre, constitué le  chef  de l’ Ecole moderne. »
Leurs noms sont  devenus inséparables
  …
   s’identifiant à  Delacroix   ,  il  a  transposé par  les mots, la cadence  et la  rime Le Tasse  en  prison . il y a  tant  de correspondances  entre Le  rebelle  et  la lutte  de  Jacob  et  de l’ange(terminé près  de 20 ans plus  tard )  qu’on  pourrait croire le premier directement  inspiré du  second .
Le  combat  de  l'ange  et  de   Jacob
Le rebelle
Un ange furieux fond du ciel comme un aigle,
Du mécréant saisit à plein poing les cheveux,
Et dit, le secouant : " Tu connaîtras la règle !
(Car je suis ton bon Ange, entends-tu ?) Je le veux !

Sache qu'il faut aimer, sans faire la grimace,
Le pauvre, le méchant, le tortu, l'hébété,
Pour que tu puisses faire, à Jésus, quand il passe,
Un tapis triomphal avec ta charité.

Tel est l'Amour ! Avant que ton coeur ne se blase,
A la gloire de Dieu rallume ton extase ;
C'est la Volupté vraie aux durables appas !"

Et l'Ange, châtiant autant, ma foi ! qu'il aime,
De ses poings de géant torture l'anathème ;
Mais le damné répond toujours : " Je ne veux pas !"
Charles Baudelaire
 
Entre le  génie  de  l’écrivain   et  celui du  peintre , il  existe une évidente parenté Delacroix  a pu  agir  sur Baudelaire  et Baudelaire sur  Delacroix Mais l’un  était l’ainé  et l’autre le  cadet, ce qui  explique le  ton respectueux, filial  des lettres  de Baudelaire à Delacroix  et la  réserve un  peu  hautaine  de  celui-ci  à  l’égard  de   celui-là , dont il n’approuvait  sans doute pas le  style  de  vie  …..


Les écrits  de Delacroix 

Delacroix a  beaucoup  écrit  ….
Il  n’écrivit  jamais   pour le plaisir  de  briller,  moins  encore  par passe-temps ou  pour en  retirer  quelque  avantage  matériel.  Son  seul  objectif fut de parvenir par  cet  exercice,  à se mieux connaitre lui-même :  précisant  sa pensée , analysant  ses sentiments, fixant  ses impressions  de lecture, ses observations sur la nature et sur les hommes, exprimant  son jugement  sur  les maitres d’autrefois et  les artistes de son temps, recueillant les exemples  à  suivre ou  à  ne pas suivre,  confiant au  papier le  secret  de ses aspirations, de ses projets et  de ses rêves. Cela  va de la recette  de pure technique aux  vues générales  sur la destinée humaine, du  portait particulier   à  la synthèse , du petit  rien   subtilement  choisi à des ouvertures  sur  des immensités de mystère .Ce  qu’il nous livre  en  somme, c’est la possibilité  de participer en  quelque sorte , à la vie  quotidienne  du  génie…. 


Le secret  de Delacroix  

Tel  Félix  Arvers,(1)  Eugène Delacroix  a-ti-il  stoïquement  subi  un  eternel  amour pour une  créature  douce  et  tendre , mais  qui  « à  l’austère devoir  pieusement fidèle »,  en  a  jamais rien  su ? 
  On ne s’est pas privé de le prétendre  , sans preuves  …
Loin  de  médire  du mariage ,  il a  écrit : « Une  épouse qui est  de  votre force  est le plus grand des  biens  . Je la préférerais  supérieure à moi  de  tous points, plutôt  que le contraire . »
 Cette  épouse  fidèle  ayant  omis  de  se présenter  sur  son  chemin , un labeur passionné ,  entrecoupé  de  diversions compensatrices,  , telle fut   bientôt la  règle  de son  existence  équilibrée.  Les nus  qu’il  a peints  ,  montrent  qu’il n’étaient pas insensible à  la grâce corporelle.  Mais il en  craignit  la  tyrannie  sauvage Nullement  romantique   à  cet  égard , son  idée  très haute  et  très   pure  de l’amour  véritable  fut  ce qui l’empêcha toujours  de se  jeter dans   les  aventures « folles et impérieuses « .  Malgré  l’admiration  et l’amitié  qu’il  eut pour elle ,  George  Sand   l’épouvantait  .  Il  plaignit  le pauvre Chopin Sa chance   ce fut  de rencontrer ,  Jeanne – Marie  Le Guillou, chez  des amis  où  elle  était  fille  de journée.  De  Jeanne  Marie,  anglomane  , il fit  Jenny.
  Elle n’était pas  belle,  ils  avaient  à  peu  près le même  âge , sans  que  cela  put  constituer un  péril … Cela  dura pendant  trente  ans,  il  fallut la mort pour les  séparer … Autour  de  celui  qu’elle  idolâtrait  , elle  aurait  voulu  faire le  vide. Il y  gagna  la tranquillité favorable à  la  méditation , aux  grandes entreprises,  au  repos.
Jenny  a  donné à  Delacroix le bonheur  de  connaître  et  de  dire  qu’il  existait  un être  dont  le  cœur  était  à  lui sans  réserve .

La mort  de Delacroix

Il  mourut à  soixante  cinq  ans  d’un rhume  qu’il  avait  commencé par   négliger
Le mal s’aggravant, il disait , si  je guéris comme je le pense,  je ferai  des choses étonnantes ».
Nous devons  à Théophile Silvestre le récit  de ses derniers jours. « Eugène  Delacroix,  c’était à  la fin  de  juillet, fait  appeler  son notaire, qui  ne peut  dit-il recevoir ses dispositions que  deux jours après. Mais le malade s  sans perdre  un instant,  se  fait relever sur  son   séant  avec une pile de  coussins et écrit  deux  heures ses  volontés d’une main  ferme. Puis,  malgré l’extrême  fatigue,  il parait   radieux.
« ---Hélas dit  jenny, étouffant ses pleurs, vous êtes brisé mon pauvre maître.
« ---Oui ,  mais je  suis content ;  j’ai  eu  le courage de  faire cela  pour  vous.
« le  12 aout, dans la nuit, tenant  dans ses mains   les mains de  sa servante, il respirait  difficilement, fixant  sur elle  des regards  profonds .  Son intelligence au lieu  de  défaillir , semblait prendre plus de  subtilité. »

On  entendit  sonner l’angélus  de Saint Germain des prés.
Le 13  aout  1863 à  sept heures c’était  fini
Par  son  exemple et  son enseignement, il  reste  actif, tous les jours parmi  nous.
C’était  un grand  peintre, un  grand  écrivain  et  un grand  homme  .
 ____________


(1) Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :
  Un amour éternel en un moment conçu.
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

Hélas ! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre  
Ce murmure d'amour élevé sur ses pas ;

À l'austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle :
« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.




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