mardi 4 octobre 2016

Lucrèce sur le sacrifice d'Iphigénie



(fresque  de  Pompei,  conservée  au  Musée   archéologique  de  Naples )

 Encore une  fois   j'emprunte au site   si  riche  de  P. Remacle    

 Après l'éloge d'Epicure qui, à ses yeux, a délivré l'homme des superstitions causées par la religion, Lucrèce nous propose l'exemple d'un crime abominable perpétré au nom de la religion : le sacrifice d'Iphigénie.

 Extrait  de  Rerum   natura de  lucrèce:

... saepius illa
religio peperit scelerosa atque impia facta.
Aulide quo pacto Trivai virginis aram
Iphianassai turparunt sanguine foede
ductores Danaum delecti, prima virorum.
Cui simul infula virgineos circumdata comptus
ex utraque pari malarum parte profusast,
et maestum simul ante aras adstare parentem
sensit, et hunc propter ferrum celare ministros,
aspectuque suo lacrimas effundere civis,
muta metu terram genibus summissa petebat.
Nec miserae prodesse in tali tempore quibat
quod patrio princeps donarat nomine regem.
Nam sublata virorum manibus tremebundaque ad aras
deductast, non ut sollemni more sacrorum
perfecto posset claro comitari Hymenaeo
sed casta inceste, nubendi tempore in ipso,
hostia concideret mactatu maesta parentis,
exitus ut classi felix faustusque daretur.
Tantum religio potuit suadere malorum.


LUCRÈCE, de rerum natura, I, 82-101




(A ce propos, je crains que tu ne penses par hasard que tu t'inities aux éléments d'une doctrine impie et que tu ne t'engages sur les chemins du crime.) Au contraire, très souvent, c'est cette religion-là qui a enfanté des actes criminels et impies. Ainsi, à Aulide, les chefs élus des Danaïns ont souillé abominablement l'autel de la vierge Trivia du sang d'Iphigénie, eux, la fine fleur des guerriers. La bandelette sacrificielle a entouré sa chevelure virginale et est retombée sur ses joues en parts égales ; elle a vu son père se tenir là, devant l'autel, effondré. Elle a vu les ministres du culte pour cette raison cacher le fer ; elle a vu le peuple fondre en larmes à son aspect ; et aussitôt, muette de terreur, s'effondrant sur ses genoux, elle s'est jetée à terre. La malheureuse, il ne pouvait lui être utile d'avoir la première donné au roi le nom de père dans un tel moment. En effet, enlevée par les mains des guerriers et tremblante, elle a été conduite à l'autel, non pas pour qu'elle puisse être reconduite au chant clair de l'Hyménée une fois le rite solennel accompli, mais, demeurée pure criminellement dans la saison de son mariage, elle succombe, victime malheureuse, au sacrifice de son père afin qu'un départ heureux et favorisé des dieux fût donné à la flotte. Tant la religion a pu conseiller de malheurs (!
http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/Lettres/hplucrec.htm)



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