mercredi 27 avril 2016

Leopardi, le passereau solitaire




Traduction de  Michel  Orcel :

  D'en  haut  du faîte de l'antique tour
Passereau,  vers la plaine
Tu vas chantant jusqu'à  la mort  du  jour,
Et l'harmonie se perd  dans la vallée.
Alentour, le printemps
Brille dans l'air, au sein  des champs rayonne,
Tant  que le  coeur   à   sa vue s'attendrit.
Des troupeaux  bêlent,  des  boeufs mugissent;
Heureux tous les  autres oiseaux  jouent ensemble,
Et tournent  dans le  ciel  libre,
Fêtant ainsi  le meilleur  de leur  teps.
Toi, pensif, à  l'écart   tu  contempes:
Point de  vols,  point d'amis,
Peu  t'importe la  joie,  tu  fuis les jeux;
Tu chantes , et passes ainsi
De l'an et  de tes jours  la fleur  la  plus belle.

   Eh, comme  à  tes usages
Les  miens ressemblent !  Rire, plaisirs,
Doux familiers  du temps nouveau,
Et  toi,  frère de la jeunesse, amour,
Soupir amer  du  déclin,
Il ne m'importe ,  je n'en sais la raison; et même  d'eux
Je fuis  comme  au  loin ;
Comme  ermite , au  lieu 
Natal  étranger,
Je passe le  temps de l'existence.
Ce jour qui  déjà  cède  au soir,
C'est coutume  de  le fêter  au village.
On  entend  dans la  lumière un son  de cloche,
Et souvent  des coups de  feu  tonner

Qui  rebondissent  au  loin de ferme  en  ferme
Pour la  fête  parée,
La  jeunesse du  lieu
Laisse  les seuils, par les rues se  répand:
Elle admire ,  on  l'admire, elle  est gaie dans son coeur.
Moi, solitaire en ce coin
De campagne déserte m'éloignant,
Je remets  à  plus tard
Plaisirs et  jeux; et cependant,  les yeux
Perdus dans l'air brillant,
Me  blesse  le  soleil qui, dans  les monts lointains,
Après le  jour  serein
En baissant se  dissipe et  semble dire
Que  disparait aussi  la  béate  jeunesse.

   Oiselet solitaire, au soir  venu
Du jour  que les étoiles t'ont  donné
Toi, de  la vie, c'est  sûr,
Tu ne  te plaindras pas : car  de  nature est  fruit
Chacun de  vos   désirs
Mais  moi , si le  pas detesté de la vieillesse
Je ne puis l'éviter,
Lorsque muets  seront  ces  yeux  aux autres coeurs,
Quele  monde   leur sera vide, et le  jour  à venir
Plus lourd  que le présent, plus sombre,
Que  penserai-je d'un tel  désir  ?
Et de ces années là ?  et de  moi-même ?
Hélas ,  j'aurai du repentir : souvent
Mais  désolé, je me  retournerai  vers le passé.

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