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mercredi 23 novembre 2011

La véritable histoire de Galatée (2)


Puis  c'est  chez   Ovide  que    nous  trouvons l'histoire de ses  amours détaillée  .
 Poursuivie  par   le cyclope  Polyphène   c'est   Acis  qu'elle  aime  .
De dépit  et de  jalousie   Polyphène  tue   le bel  Acis  . Les dieux  toutefois le  change en  fleuve  .
Une autre légende dit  que  c'est Galatée  qui changea son bel amant  en  fleuve  pour  pouvoir  se  baigner dans ses eaux éternellement  .....

Ottin :Polyphène surprenant  Acis et  Galatée (jardin  du  Luxembourg  à Paris)


Ovide  Les Métamorphoses  chant  XIII

Un jour Galatée, pendant que Scylla lui nouait et dénouait ses beaux cheveux, lui dit avec un long soupir : « Que tu es heureuse, ô Scylla ! tu n’as pas de sauvages amants ; tu peux impunément refuser leurs vœux ; et moi, fille de Nérée et de la belle Doris, avec mes cinquante sœurs pour appui, je n’ai pu échapper qu’à force de pleurs à l’amour d’un Cyclope ». Les larmes étouffent sa voix ; Scylla les essuie de sa blanche main, et console doucement la déesse :
« Parle-moi, ô compagne chérie, lui dit-elle : ne crains pas de dire à ton amie la cause de ta douleur ». Galatée lui répond : « Acis était le fils de Faune et de la nymphe Symæthis : il faisait le bonheur de son père, de sa mère, et le mien surtout, car je l’aimais : il était beau, il avait seize ans, et un léger duvet dessinait les doux contours de ses joues. Je l’aimais, et le Cyclope me poursuivait de son amour. Si tu me demandes quelle était dans mon âme la passion la plus vive, de ma haine pour le Cyclope, ou de ma tendresse pour Acis, je crois qu’elles étaient égales. 0 Vénus, que ta puissance est grande ! Ce géant farouche, l’horreur des forêts, que nul n’avait pu voir impunément, le contempteur de l’Olympe et des dieux, sent ce que c’est que l’amour : épris de ma beauté, il brûle, il oublie son antre et ses troupeaux. Il songe à sa figure ; il veut plaire : il peigne avec un râteau sa rude chevelure, il coupe avec une faux sa barbe hérissée ; il se mire dans les eaux, il compose ses traits farouches.Ce n’est plus ce géant féroce, toujours altéré de sang et affamé de meurtre : les vaisseaux abordent au rivage et le quittent sans péril. Cependant Télémus, porté sur les côtes de la Sicile, Télémus fils d’Eurymidès, que les signes de l’avenir n’avaient jamais trompé, va trouver sur l’Etna le terrible Polyphème : « L’œil unique que tu as au milieu du front, Ulysse te le ravira, lui dit-il. - Tu mens, méchant devin, un autre l’a déjà ravi », répond le géant, avec un éclat de rire, et en se moquant de l’infaillible menace de l’augure. Tantôt il parcourait, de ses pas gigantesques, le rivage qui s’affaissait sous son poids, tantôt il allait, épuisé de fatigue, se cacher dans son antre. Vois-tu ce cap élevé qui s’allonge au loin sur les flots, et que la mer baigne de deux côtés ? C’est là qu’un jour le Cyclope vint s’asseoir au milieu de ses brebis, qui le suivaient d’elles-mêmes. Après avoir posé à ses pieds le pin qui lui servait de bâton, et dont on aurait pu faire un mat, il prit une flûte formée de cent roseaux, et les mers, les montagnes frémirent des sifflements horribles qu’il en tira. Caché sous les flancs d’un rocher, je reposais sur le sein de mon Acis ; et de loin, mon oreille recueillait ces paroles, qui sont restées gravées dans ma mémoire :

« 0 Galatée, tu es plus blanche qu’un beau lys, plus fraîche que les fleurs de la prairie, plus élancée que l’aune, plus brillante que le cristal, plus folâtre qu’un jeune chevreau, plus polie que le coquillage lentement usé par la vague, plus agréable que les rayons du soleil en hiver, et que l’ombre en été ; plus exquise que les fruits les plus exquis, plus noble que le haut platane, plus transparente que la glace, plus suave qu’un raisin mûr, plus douce que la crème et que le duvet du cygne, et, si tu ne fuyais pas toujours, plus belle qu’un frais jardin. Mais en même temps, ô Galatée, tu es plus sauvage que la génisse indomptée, plus dure que le chêne chargé d’ans, plus trompeuse que l’onde, que la branche de saule et le rameau flexible de la vigne, qui se dérobent sous la main, plus impassible que ces rochers, plus impétueuse que le torrent, plus fière que le paon dont on loue le plumage, plus irritante que la flamme, plus âpre que les ronces, plus farouche que l’ourse devenue mère, plus sourde que les profondeurs de l’Océan, plus cruelle que le serpent foulé par le pied du voyageur ; et, ce qui fait surtout ma douleur, plus agile que le cerf devant la meute aboyante, plus légère que l’aile du zéphyr. Ah ! si tu me connaissais, tu te repentirais d’avoir fui ; tu regretterais tes longs refus, tu ferais tout pour me retenir auprès de toi. J’ai sur le flanc de la montagne un antre creusé sous le rocher ; là, on ne sent ni la chaleur brûlante de l’été, ni les glaces de l’hiver : j’ai des arbres dont les branches plient sous les fruits ; j’ai de longues vignes aux raisins dorés, d’autres aux raisins colorés de pourpre : je t’en réserve les grappes. Toi-même, de tes mains tu iras cueillir la fraise parfumée, née à l’ombre des bois, les fruits d’automne du cornouillier, la prune au noir duvet, et celle, plus délicate, dont la couleur imite la cire nouvelle. Ni les douces châtaignes, ni les fruits les plus savoureux ne manqueront à mon épouse : tous les arbres serviront ses désirs. Ces troupeaux sont à moi : beaucoup d’autres errent dans les forêts et dans les vallées ; beaucoup reposent dans les antres de la montagne. Ne m’en demande pas le nombre, je l’ignore : c’est au pauvre qu’il convient de dénombrer son troupeau. Mes brebis sont belles ; mais viens en juger par toi-même : viens voir comme elles peuvent à peine soutenir leurs traînantes mamelles. Les jeunes agneaux sont dans de chaudes étables : d’autres sont remplies de jeunes chevreaux. J’ai toujours du lait blanc comme la neige : j’en garde une partie pour le boire ; je laisse l’autre s’épaissir en fromage. Près de moi, tu n’auras pas seulement de ces présents vulgaires, plaisirs si faciles à donner : des daims, des lièvres, des chevreaux, une paire de colombes, ou un nid enlevé sur la cime d’un arbre : j’ai trouvé, dans les montagnes, deux jeunes ours au long poil, qui pourront jouer avec toi : c’est à peine si tu sauras les distinguer, tant ils se ressemblent. Je les ai trouvés, et je me suis dit : je les garderai pour ma maîtresse. Viens, ô Galatée, lève ta belle tête au-dessus des flots d’azur ; viens et ne dédaigne pas mes présents. Je connais ma figure, je l’ai vue naguère dans une eau limpide, et son image m’a plu. Vois comme je suis grand ! Jupiter n’est pas plus grand dans le ciel ; car vous parlez toujours de je ne sais quel Jupiter, qui règne, dites-vous, sur le monde. Une épaisse chevelure domine mon large front, et, comme une forêt, ombrage mes épaules. Si mes membres sont hérissés de poils, crois-moi, ce n’est pas une laideur : la beauté de l’arbre est son feuillage ; la beauté du cheval, c’est la crinière qui ondoie sur son col impatient : l’oiseau a son plumage : la laine est l’honneur de la brebis : une barbe et des membres velus siéent à l’homme. Je n’ai qu’un œil au milieu du front ; mais on dirait un large bouclier : le soleil n’embrasse-t-il pas l’univers du haut des cieux ? Et pourtant le soleil n’a qu’un œil. C’est mon père qui règne sur vos humides demeures ; tu seras la belle-fille de Neptune. Prends pitié de moi, je t’en supplie ; écoute ma prière, car je n’ai jamais prié que toi.Je méprise Jupiter, son Olympe et sa foudre ; mais je tremble devant toi, ô fille de Nérée : ton courroux est plus terrible que son tonnerre. Je souffrirais moins vivement de tes mépris, si tu fuyais tout le monde, comme tu me fuis : mais pourquoi repousser le Cyclope, et chérir un Acis ? Pourquoi préférer à mes caresses les caresses d’Acis ? Eh bien ! qu’il se complaise en lui-même ; que toi aussi, pour ma douleur, ô Galatée, tu te complaises en lui ; mais qu’il me tombe un jour sous la main, et il sentira que ma force répond à ma taille. Je lui arracherai, tout vivant, les entrailles ; je lancerai ses membres déchirés à travers les champs, et jusque dans la mer où tu habites : oh ! ainsi, soyez-vous réunis ! car enfin je brûle, et la flamme irritée n’en est que plus vive et plus terrible : je brûle comme si l’Etna et tous ses feux étaient dans mon sein : et toi, ô Galatée, tu es sans pitié ! »

Après ces plaintes inutiles (j’observais tout), il se lève, et, comme un taureau furieux de la perte de sa génisse, il ne peut rester à la même place, il erre à travers les bois et les montagnes. Tout à coup, comme nous étions sans crainte et dans l’ignorance du péril, il m’aperçoit auprès d’Acis : « Je vous vois, s’écrie-t-il ; attendez, ce seront là vos dernières caresses ». Ce cri était terrible, comme celui d’un géant irrité ; l’Etna le répète avec horreur. Et moi, éperdue, je me précipite sous les flots : Acis fuyait : « A mon secours, Galatée, criait-il ; mon père, ma mère, à mon secours ! cachez-moi dans vos ondes, où je vais périr ! » Polyphème le poursuit ; il arrache le sommet d’une montagne et le lance ; et quoiqu’une extrémité de cette masse atteigne seule Acis, elle le couvre tout entier et l’écrase. J’ai fait pour lui tout ce que les destins permettaient, en lui donnant la forme et les attributs de son aïeul. Sous le roc qui l’avait écrasé, le sang coulait en flots de pourpre : et d’abord sa couleur commence à s’effacer ; c’est comme l’eau d’un fleuve, troublé par une orage ; peu à peu, c’est une source pure et limpide. Alors la pierre s’entr’ouvre ; de ses flancs surgit la tige vigoureuse de verts roseaux ; le flot s’ouvre, et s’échappe en bondissant du creux du rocher. Tout à coup, chose merveilleuse ! s’élève au milieu des eaux le buste d’un jeune homme : des cornes arment son front couronné de joncs flexibles : c’était Acis, mais plus grand, mais avec un teint verdâtre ; c’était Acis changé en fleuve ; et ces eaux ont conservé son nom ».
Galatée avait cessé de parler : les nymphes qui l’entouraient se séparent, et plongent sous l’eau profonde et calme.

mardi 22 novembre 2011

La véritable histoire de Galatée (1)

Gustave Moreau :Hésiode  et la muse


Comme on  l'a vu   Ovide n'a pas précisé   le nom de   la statue   sculptée   par  Pygmalion  . C'est  un auteur    de l'époque ,Thémiseul  de   Saint-Hyacinthe ,  qui  baptisa  Galatée la beauté féminine  du  marbre  de  Falconet  .
Galatée  naquit  dans   le fond   mythologique  grec  au temps  des  Démons  de  la mer (pré-olympiens   )  citée   par  Hésiode   dans  sa   théogonie  (VIIIème s  avant  JC) elle était une  des  Néréides comme Thétis  , la mère  d'Achylle   et  Amphitrite  qui  devint  ensuite l'épouse  de  l'Olympien Poseidon  dieu  de  la  mer.

Théocrite   poète  bucolique  grec  (315- 250 av   JC) nous raconte  dans   ses  Idylles   comment  Polyphène   le  cyclope  était  amoureux  d'elle  et comment  repoussé  à cause  de  sa laideur  il  calmait   ses  ardeurs   et  son  chagrin dans   l'étude  et  le travail  :



XIe IDYLLE  
LE CYCLOPE (47)  
Plaintes de Polyphème sur les rigueurs de la nymphe Galatée. L'étude et le travail, seuls remèdes des passions.
Ô Nicias (48) ! Les Muses sont l'unique remède à l'amour. Ce remède si doux, si efficace naît parmi les hommes, et cependant qu'il est difficile à trouver ! Mais tu dois le connaître, toi l'ami d'Esculape, toi si cher aux neuf sœurs.
Les Muses rendaient moins amers les tourments du célèbre Cyclope, lorsqu'il aimait Galatée, alors que sur ses joues brillaient à peine les premières couleurs d'un tendre duvet. Il ne chérissait pas les roses, les fruits, les cheveux bouclés ; mais les filles d'enfer rugissant dans son âme lui faisaient regarder d'un oeil de mépris le reste de la nature.
Souvent ses troupeaux retournaient seuls au bercail. Lui, errant dès l'aurore, sur le rivage couvert d'algue marine, il appelait Galatée, et portait dans son cœur le trait profond dont l'avait frappé la main redoutable de Vénus. Assis sur un rocher élevé, l'œil fixé sur la mer, pour adoucir ses peines il chantait : 
Ô belle Galatée ! Pourquoi fuir l'amant qui t'adore ? Quand tu me regardes, tu es plus blanche que le lait, plus douce que l'agneau, plus légère que la génisse ; mais quand tu détournes de moi tes beaux yeux, oh ! alors tu deviens plus aigre que le fruit de la vigne sauvage.
Tu viens sur cette plage quand le sommeil clôt mes paupières ; mais aussitôt que mon œil s'ouvre à la lumière du jour, tu fuis comme la brebis fuit le loup sanguinaire.
Je commençai à t'aimer, jeune Nymphe, le jour où, pour la première fois, tu vins avec ma mère cueillir des hyacinthes sur la montagne ; moi je montrais le chemin.
Dès lors plus de repos pour moi, je ne puis plus vivre loin de ta présence, et cependant, Jupiter en est témoin, tu n'as nul souci de ma peine.
Je sais, ô la plus belle des Nymphes ! oui, je sais pourquoi tu me fuis ; c'est qu'un épais sourcil ombrageant mon front se prolonge de l'une à l'autre oreille ; c'est que je n'ai qu'un oeil et que mon nez élargi descend jusque sur mes lèvres.
Pourtant, tel que je suis, je pais mille brebis, je presse leurs mamelles et je bois leur lait délicieux ; l'été, l'automne, à la fin de l'hiver, toujours mes clayons sont pleins d'excellent fromage.
Nul Cyclope ne m'égale dans l'art de jouer du hautbois, et souvent toi que j'adore, toi qui es plus douce que la pomme vermeille, souvent je te célèbre dans mes chants pendant la nuit obscure.
Pour toi je nourris onze faons que décore un beau collier, et quatre petits ours ; mais viens auprès de moi, et tout ce que je possède, t'appartiendra.
Laisse la mer azurée se briser contre le rivage ; tes nuits seront plus douces passées à mes côtés dans ma grotte ; là, croissent le laurier et le cyprès, le lierre noirâtre et une vigne chargée des raisins les plus doux.
Ma grotte est arrosée d'une onde fraîche que me verse l'Etna de ses rochers couverts d'une neige éternelle ; elle me fournit une boisson digne des dieux ; qui peut, à tant d'avantages, préférer le séjour des flots bruyants ?
Mais si ta vue est blessée des longs poils dont ma peau se hérisse, j'ai du bois de chêne et un feu qui ne s'éteint jamais sous la cendre ; viens, et je suis prêt à tout souffrir, je te livre mon existence entière, et mon oeil unique, cet oeil qui m'est plus précieux que la vie.
Hélas ! pourquoi la nature m'a-t-elle refusé des nageoires ? j'irais à toi à travers les ondes, je baiserais ta main si tu me défendais de cueillir un baiser sur ta bouche.
Je voudrais te porter le lis éclatant et le rouge pavot, dont la feuille résonne sous les doigts ; mais l'été produit l'un, l'hiver voit croître l'autre.
Jeune Nymphe, si un étranger aborde vers ce rivage, je veux qu'il m'enseigne à plonger au fond des mers ; j'irai voir quel charme puissant vous retient sous les ondes, toi et tes compagnes.
Quitte les flots, ô Galatée ! et sur ce rocher puisses-tu, comme moi, oublier ton humble demeure. Viens garder les brebis auprès de Polyphème, viens les traire, et faire des fromages en mêlant au lait pur une acide liqueur.
Ma mère seule a causé tous mes maux ; c'est elle seule que j'accuse : jamais elle ne t'a parlé de mon amour, elle qui chaque jour me voyait dépérir ; mais à mon tour aussi, pour la tourmenter, je lui dirai : je souffre, oui, je souffre beaucoup.
Ô Cyclope, Cyclope ! où est donc la raison ? Ne ferais-tu pas mieux d'aller tresser le souple osier, couper le vert feuillage pour tes agneaux ? Trais la brebis qui vient près de toi ; pourquoi courir après celle qui fuit ?
Tu trouveras une autre Galatée moins rebelle à tes vœux et peut-être plus belle. Plusieurs jeunes Nymphes veulent, à l'ombre de la nuit, m'associer à leurs jeux ; elles rient, et leur joie est extrême quand je me prête à leurs danses folâtres ; ainsi on compte donc Polyphème pour quelque chose sur la terre !  

C'était ainsi que par ses chansons, l'amoureux Cyclope soulageait ses peines cruelles, et son remède était plus puissant que s'il eût payé au poids de l'or les secrets du dieu d'Épidaure.  

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Site de Philippe  Remacle

Odilon  Redon: Polyphène et Galatée