mercredi 11 janvier 2012

Schubert Allegretto D 915 David Fray



Schubert Allegretto D 915 David Fray





Le néo-impressionnisme Un courant fortement teinté d'anarchisme .

"Justice  en  sociologie,  harmonie en  art ,  même  chose   "  Paul  Signac

L'anarchisme   de  cette  fin  du   XIX ème  a  trouvé   son expression  dans le  mouvement   pictural qui  succéda   à  l'impressionnisme  , en  approfondissant    la   technique   des  prédécesseurs  par  une  approche  résolument  scientifique  des  effets  de l'optique  sur  les  couleurs et  la  vision  mais  également   en   s'attachant   à  des  thèmes  plus  sociaux  et  égalitaires  . Le  monde  du travail  ,  et  les  progrés  techniques,  liberation  autant  qu'aliénation , figurent   dans  leurs   représentations  tout  comme    les  aspirations   à  une   vie   plus  communautaire et  des  bonheurs  simples,   dépouillées  du  lyrisme  romantique .
Le mouvement  est soutenu par   Félix Fénéon critique  d'art  et   Emile  Verhaeren  théoricien    Belge de  l'anarchisme  

Signac  :  Palais  des papes  à   Avignon



Les Artistes et l'Anarchisme d'après les lettres inédites de Pissaro, Signac et autres
R. L. Herbert, Anne-Marie Rougerie and Jacques Rougerie
Le Mouvement social
No. 36 (Jul. - Sep., 1961), pp. 2-19
 
(article consists of 18 pages)
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/3777178


Un dimanche  après-midi   à  l'  île  de la   Grande  Jatte
Seurat  
Cette  toile   est  considérée  comme l'acte  de  Naissance  du  mouvement   en  1886 .



La  briqueterie (1886-1888)

Le  mouvement  est  rejoint par  Pissarro

Charles   Angrand  : La  Seine  à   Courbevoie  

Théo  van  Rysselberg :  Bateaux  dans l'estuaire




Albert   Dubois -Pillet   :  Le  Puy  en   hiver  (1889) 

Henri Edmond  Cross : Plage (1891)
Maximilien  Luce :  La  fonderie
Portrait  de  Maximilien  Luce
Anarchisme
L’originalité de son œuvre tient aussi à ses sujets, qui témoignent de ses convictions anarchistes. La technique picturale n’est en effet qu’un aspect de son travail, ainsi qu’il le suggère, dans une lettre à Cross des années 1890, où il évoque les marchands et les journalistes : « Vous n’avez pas idée combien ces gens-là sont cons [je le souligne] même les plus intelligents, ils sont là à vous parler du pointillisme, il n’y a rien qui m’exaspère comme ce mot, dire que ces salauds et ces mufles de journalistes ont colporté ce mot et n’ont jamais rien compris à ce que nous cherchions ; je ne parle pas de moi mais de tous les autres camarades, il est vraiment idiot de ne pas reconnaître en dehors de la technique le talent de peintre de Seurat. » La technique de Luce est également au service de sa vision de peintre résolument témoin de son époque, fixant les tons feutrés de l’Ile-de-France ainsi que les rues animées de Paris et les excès de l’industrialisation déshumanisante.
Luce s’est imprégné de l’esprit libertaire chez les vieux artisans « communards » des faubourgs de sa jeunesse. Avec son tempérament vif, épris de justice, il ne cessera jamais de s’identifier à ses frères laborieux. Encouragé par le cordonnier Eugène-Frédéric Givort, rencontré durant leur service militaire, et par l’ouvrier Eugène Baillet, il participe avec eux au Groupe anarchiste du XIVe arrondissement. À la fin des années 1880, il devient l’ami d’Émile Pouget et de Jean Grave, respectivement directeurs du Père Peinard et de La Révolte. Luce, qui abhorre l’armée, le clergé, les royalistes, les nationalistes, commence alors une longue et fructueuse collaboration aux journaux anarchistes. Il est l’un des premiers artistes à répondre à l’appel de Pouget pour collaborer au Père Peinard, en 1889, et il lui fournira plus de deux cents dessins ou lithographies jusqu’en 1914. Il sera également le principal illustrateur de l’hebdomadaire Les Temps nouveaux de Grave, de 1895 à 1914, auquel il fournit la première affiche, au titre emblématique : L’Incendiaire (1896). Signac voyait donc juste lorsqu’il fit le portrait de Luce, pour une couverture des Hommes d’aujourd’hui en 1890, en train de lire La Révolte, sur fond de soleil levant, symbole de lumière et promesse de temps meilleurs.
En juillet 1894, Luce est arrêté et incarcéré à la prison de Mazas, où il retrouve Fénéon, Grave et Sébastien Faure. Depuis 1892, une vague d’attentats secouait Paris. Alors qu’on exécutait Ravachol, Vaillant, Henry, les députés votaient les « lois scélérates », destinées à conjurer la vague anarchiste.

http://www.monde-libertaire.fr/portraits/13818-le-%E2%80%88realisme-superieur%E2%80%88-de-maximilien-luce

mardi 10 janvier 2012

Les Nourritures terrestres André Gide .les attentes

Nathanaël, je te parlerai  des  attentes. ...





III
Nathanaël, je te parlerai  des  attentes.  J'ai  vu  la plaine  pendant l'été,  attendre; attendre un peu  de pluie. La poussière  des routes  était  devenue trop  légère et  chaque  souffle  la soulevait. Ce n'était  même  plus un  désir  ;  c'était  une  appréhension .  La terre  se  gerçait  de   sécheresse comme pour   plus  d'accueil  de l'eau . Les  parfums des  fleurs de la  lande  devenaient presque intolérables. Sous le  soleil  tout  se pâmait.  Nous  allions  chaque  après-midi  nous  reposer  sous la terrasse, abrités  un  peu   de   l'extraordinaire éclat  du jour. C'était  le  temps  ,où les  arbres  à  cônes chargés  de pollen  agitent  aisément  leurs  branches pour  répandre  au  loin leur  fécondation. Le  ciel  s'était  chargé  d'orage  et  toute  la nature  attendait. L'instant  était  d'une  solennité  trop  oppressante, car  tous les  oiseaux  s'étaient  tus.  Il  monta  de la terre  un souffle  si  brûlant que l'on  sentit  tout  défaillir ; le pollen  des conifères sortit  comme  une  fumée  d'or des  branches. --Puis  il  plut.

J'ai vu le  ciel  frémir  de l'attente  de l'aube. Une  à une  les  étoiles se fanaient. Les prés  étaient inondés  de  rosée; l'air  n'avait  que  des caresses  glaciales. Il  sembla  quelque  temps  que l'indistincte   vie  voulut  s'attarder  au sommeil, et ma tête encore lassée  s'emplissait  de  torpeur. Je montai   jusqu'à la  lisière  du  bois; je m'assis ;  chaque  bête  repris  son  travail et  sa joie  dans la  certitude que le  jour va venir,  et  le mystère  de la vie  recommença  de  s'ébruiter par chaque  échancrure des  feuilles . -- Puis le jour  vint.

Nathanaël,  que  chaque  attente  , en  toi,  ne  soit même pas un désir, mais  simplement  une  disposition à  l'accueil. Attends  tout  ce qui  vient  à toi  . Ne  désire  que  ce que  tu  as.  Comprends  qu'à chaque  instant du jour   tu peux posséder  Dieu dans  sa  totalité. Que  ton  désir  soit  de l'amour, et  que ta possession  soit  amoureuse. Car   qu'est-ce  qu'un  désir  qui n'est pas  efficace?
[...]
Regarde   le soir  comme  si le  jour y  devait  mourir ; et  le matin  comme  si  toute chose y naissait.
Que  ta vision  soit  à  chaque  instant  nouvelle.
Le sage est  celui  qui  s'étonne  de  tout  .
Toute   ta fatigue  de  tête vient,  ô Nathanaël,  de la  diversité  de  tes  biens. Tu ne sais même pas  lequel  entre  tous  tu  préfères et  tu ne comprends pas  que l'unique  bien  c'est  la  vie. Le  plus petit  instant  de  vie  est  plus  fort  que la mort,  et la nie.
La  mort  n'est  que la permission d'autres vies, pour  que  tout  soit  sans  cesse  renouvelé; afin  qu'aucune  forme  de  vie ne détienne  cela plus  de  temps qu'il  ne lui en  faut pour  se  dire. Heureux l'instant  où  ta parole  retentit.  Tout le  reste du  temps,  écoute; mais  quand  tu  parles,  n'écoutes plus.

Il  faut  Nathanaël,  que  tu  brûles en  toi  tous les  livres .
...