vendredi 11 mars 2011

Tormenti innamorati (Adolphe de Benjamin Constant , Bruckner )

Anton Bruckner Symphony No.7 II Adagio. Sehr feierlich und sehr langsam 1 

 « Malheur à l’homme qui, dans les premiers moments d’une liaison d’amour, ne croit pas que cette liaison doit être éternelle. Malheur à qui dans les bras de la maitresse qu'il vient d'obtenir, conserve une funeste prescience, et prévoit qu'il pourra s'en détacher ! Une femme que son coeur entraine a dans cet instant , quelque chose de touchant et de sacré. Ce n'est pas le plaisir, ce n'est pas la nature, ce ne sont pas les sens qui sont corrupteurs; ce sont les calculs auxquels la société nous accoutume, et les réflexions que l'expérience fait naître. »

(Benjamin  Constant ,Adolphe  chap. III)   

"Guai all'uomo che, nei primi momenti di  una relazione d'amore, non credo eterna quella  relazione ! Guai  a  colui  che, tra le  braccia di un'amante che  ha appena conquistato, conserva una prescienza funesta e  prevede di  potersene staccare ! Una donna trascinata dal suo  cuore ha  in  quel momento qualcosa di  sacro e  di  commovente.  Non  è il piacere, non è la  natura,non sono  i sensi  a corromperci : sono i calcoli ai  quali la società ci avvezza ,  le riflessioni provocate dall'esperienza. Amai  , rispettai  mille volte più Ellenoredopo che mi si  fu  concessa.  " 
( extrait  de l' Alfabeto  dell'Amore de  Luigi La Rosa)




Benjamin  Constant  ajoute au  chapitre V
« C’est un affreux malheur de n’être pas aimé quand on aime ; mais c’en est un bien plus grand d’être aimé avec passion quand on n'aime plus. » 

 Pourtant   faut  -il  lire dans  sa  Réponse   sur laquelle  se  termine son livre ,  la conclusion  définitive  à   ces alternatives  :
Adolphe pose la question fondamentale de la responsabilité en matière amoureuse. L'une des phrases les plus connues du roman claque comme une sentence sans appel : 'La grande question dans la vie, c'est la douleur que l'on cause, et la métaphysique la plus ingénieuse ne justifie pas l'homme qui a déchiré le coeur qui l'aimait" (Réponse)





 

« Ô temps ! suspends ton vol, ..." Lamartine

Léo Ferré - L'étang chimérique

« Le Lac »

(Méditations  poétiques)

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
  Laissa tomber ces mots :

« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?


Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

Lotus  ( Aquarelle Mj 2007)

jeudi 10 mars 2011

Dovè sei .....Détournement imprévu vers la montagne !

Ravel  Pavane  pour  une infante  defunte 
Sviatoslav Richter  


Une page  musicale  qui  voudrait  simplement  notre abandon à la musique.. Une  mélancolie  sereine, juste  un peu  voilée de  tristesse, parce que les  moments  heureux  ici  bas  sont  rares  et  de  peu de  durée . Mais  que  ce n'est pas suffisant  pour  nous  faire  oublier  ce qu'il y a de beau  , ce que  nous  avons   connu,  ou  ce que  nous  connaitrons encore , comme le retour  du printemps,  , comme  l'azur  après l'orage  comme la  paix  après  la guerre ...
Nous  continuerons  le regard  fixé  sur  ces horizons  d'attente  , essuyant    s'il  le faut  d'un revers de main quelques   larmes qui  s'attardent dans  nos  yeux, esquissant  un sourire , prêts   à ramasser  notre  sac  et  à reprendre  notre  chemin pour atteindre   le col ....

La montagne  est  pour  ceux  qui  regardent  en  haut , dont  la seule  gloire  se gagne  par  la victoire  sur  soi  , l 'acte gratuit  par  excellence  , pour ceux  aussi  qui ne renoncent  jamais  à aller  voir l'autre  versant  des  choses  , non pour conquérir   ou  dominer  , mais  simplement  pour   savoir ou tenter  de savoir .
On pourrait  parler  de  chemins  de la connaissance mais  ce serait  encore bien  trop  présomptueux pour qualifier la démarche  de ces conquérants  de l'inutile.

 Et  voilà où la  musique  vous entraine ! Bien  loin  de  notre intention  première qui voulait  ne  parler  que  des " Mots".....
C'est magique  !!