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samedi 12 octobre 2013

Mahâbhârata ,L’histoire de Bhîshma



Du (très beau) film de  Peter Brook au livre ...


Si  je reconnais une grande valeur  au film  qui  a su extraire  et restituer la beauté  épique  de  cette longue histoire qui se veut l’Histoire de  l’Inde,  il est intéressant  de s’attarder sur  les divergences de  certains passages avec le texte   notamment   quand  elles semblent   le dénaturer  ou s’en éloigner  avec trop  de  libertés ; intéressant  aussi  de suivre à la lecture   ce qui  peut   expliquer  des traditions qui nous sont peu  familières .


La véritable  histoire  de Bhîshma

Dans le film  Bhîshma nous est  montré  , lié par un  vœu  étrange   et qui  nous heurte   par sa rigueur . L’homme  parfait ,   valeureux guerrier  est un  Kshatriya  (membre de la deuxième caste, celle des rois et des guerriers  ) . Il repousse  et  encourt la malédiction, jusqu'au-delà  de  ce monde,   d’une  femme qui  implorait  sa protection et  son  amour(Amba).
Dans la tradition   c’est  une  faute  de   repousser l’amour  d’une femme  . « C’est un péché de refuser la femme qui aime ».
Bhîshma explique  ce manquement  par  le  vœu  qu’il  a  fait  de  ne  jamais   prendre   femme  , que ce vœu  a suscité  l’admiration  des   dieux   et  qu’en  contrepartie  il  a  obtenu  de pouvoir  choisir l’heure de sa mort 


Soit mais l’histoire est plus complexe :

A l’issue  d’une autre aventure  le grand  et  bon  roi  Shântanu  retrouve son  fils  . Il l’emmène  avec lui  dans la capitale    il   le destine  à  lui  succéder  en tant que seul  héritier  chéri par le roi . Ce fils reçoit le  nom de Devavrata  (vœu divin ) .
Les années passent  et  Devavrata  devient   un   prince  parfait  dans le corps et  dans l’esprit  .
Le roi Shântanu au cours d’un voyage dans ses terres ,  est  séduit  par  une très  belle  jeune  fille   , la  fille  du roi  pêcheur  Satyavatî et il désire   en faire  son  épouse  . Lorsqu’il  demande sa main  à  son père ,  celui-ci  accepte  à   la condition  que le garçon  qui naitrait  de ce mariage  sera  le  seul  héritier  du  trône  .
La mort dans l’âme  Shântanu  ne peut accepter  cette condition  qui   déshériterait   Devavrata  ,  et Il retourne  dans son  palais  .  Devavrata   s’inquiète de  sa tristesse   et   obtient  de  son père  l’aveu  des motifs  de  cette  mélancolie  .  Devavrata   se  rend chez le  roi pêcheur   dont il compte obtenir   pour son  père  la main  de   Satyavati .  
Devavrata   le roi pêcheur  réitère   sa condition . Le prince   promet  de  renoncer  au  trône   mais ce n’est pas suffisant pour  satisfaire le pêcheur   :  Si   Devavrata  abdique   ,  rien  ne peut assurer que  ses   fils  à venir  ne revendiqueront pas un  jour le trône  .  C’est alors  que  Devavrata  fait le vœu devant les   dieux  de   ne jamais  approcher  une femme, de se vouer au célibat et de  ne jamais  avoir  d’enfant .
 Ayant   prononcé ce vœu  surhumain (1) ,  son immense  sacrifice   suscite   l’admiration  des  dieux , il  devient   Bhîshma  (le terrible ) et  obtient de  vivre  aussi  longtemps  qu’il  le  voudra  et  la possibilité  de choisir  le  moment  de sa  mort  .

 La rencontre de  Shamtanu et de Satyavati


Alors Devavrata  , en présence des siens et  des sujets du  roi  des pêcheurs, déclara :
« Personne parmi  les mortels
N’a fait  jusqu’à présent  une telle promesse.

Eh bien   , il  en  sera  selon ma parole ;
Il en  sera selon ton désir , roi  des pêcheurs :
Le fils  de ta  Satyavatî
Héritera seul  du trône  de mon  père ;
Quant à  moi  j’y  renonce ,  J’ai dit . »

Le roi des pêcheurs paraissait  satisfait ; cependant une ombre   subsistait  dans   son esprit.  Il reprit :

Tes paroles t’honorent, Devavrata  ;
Ton  engagement  de renoncer au trône 
Témoigne   de  ta noblesse.

Mais un père doit penser
A sa fille  et à  ses descendants .

Je ne peux donc  accepter, car  il reste
La question  de tes propres enfants.
Tu n’es pas marié pour l’instant ;
Mais s’il  te vient  des héritiers,
Respecteront-ils à leur  tour
Ta promesse de maintenant ? »

Devavrata  comprit   ce que   désirait  le roi des pêcheurs. Ne pensant qu’à  son  père, il déclara :

« Ecoutez bien  tous
Vaillants guerriers et vous,  peuple  de pêcheurs
Soyez  garants de  ces paroles
Où je  prends les dieux à  témoin :

Dès  cet instant je me voue au  célibat.
Je n’ai  jamais  été marié   , jamais je ne le serai.
Même  sans enfant j’atteindrai les cieux . « 

[…]
Shântanu, profondément   ému par le sacrifice  sans réserve de son  fils, le bénit ainsi (2):
« Tu  vivras aussi  longtemps que tu  voudras ;
La mort ne t’atteindra jamais.
La vie ne te quittera qu’à  l’instant  choisi  par toi ,
Elle te sera  soumise  comme l’esclave à  son maître. « 

(1) On verra dans une autre histoire , combien  il  est essentiel   pour un Indien d'assurer  sa descendance
(2) Shântanu, mortel  avait la possibilité d'accorder  ce pouvoir   à  son  fils Bhîshma ?  Droit exceptionnel , droit du  père ?
Satyavati   film  indien


jeudi 3 octobre 2013

Aux origines du Mahâbhârata (pas à pas .....

N'hésitez pas à  ouvrir ce pearltrees (je n'ai  pas encore tout  exploré  !)
les vedas, hindouisme

A painting from the Mahabharata: Balabhadra fighting Jarasandha

Quelques points  de repère  quand-même

Religion  védique  :
Evolition  historique autour de quatre noyaux pour former au début  de notre ère l'hindouisme, large formation  de synthèse entre les courants divers  qui  emprunte à ce fonds multiculturel
- Civilisation  de  L'Indus jusqu'au  début  du   2ème millénaire av JC
- Le groupe dravidien repoussés au  Sud lors des invasions   aryennes (Arya)
- Les  Arya venus du  NOqui se  fixent  dans le nord de l'  Inde  vers   1800- 1500 av JC dans la vallée Indo-gangétique et  fondent   la culture  védique
- Les cultures tribales 

Quelques notions qui  forment le substrat implicite  d'une   même  conception  de  l'Homo Religiosus  en dépit  des particularismes  politiques,  historiques, géographiques :

Notion de   Sanatana Dharma  ( loi cosmique éternelle   incarnée dans la religion  hindoue

Notion  de   Karma  (Acte , rétribution  de l'acte, loi de cause à  effet)

Notion  de Samsara (Temps cyclique fondant le retour des êtres et des choses et  donc  la réincarnation ).

Notion  de  Moksa (Libération des  conditionnements du  moi , du temps et  des renaissances  .

Le corpus des textes  védiques  est  composé d'une multitude  de  textes  sacrés  (Shruti )ou   profanes  (Smirti ), de rituels , de  liturgie , à vocation ,religieuse (ex sutra), littéraire ou poétique   ou encore  philosophique .  Ils sont  en vers  ou en  prose ou encore  dans  une  forme particulière  répétitive et  rythmique  favorisant   mémorisation   et  concentration. (mantra)
Certains  textes  religieux sont   dits révélés    d'inspiration  divine,  les  autres  de mémoire  humaine   ou  de création  littéraire

 Les grandes épopées retraçant  l'histoire de  l'Inde ( Bharata ) sont attribuées à   un ermite   légendaire   Valmiki  pour  le  Ramayana, écrite  entre  le 3ème siècle av JC et le  3ème siècle ap  Jc  ,   et  au sage   Vyasa  pour  le  Mahabharata qu'on  suppose bien  antérieure  au   Ramayana.

Sources : 
sur Wikipedia Veda
et  Encyclopedue  des religions sous la dir  .  de Frederic Lenoir  et   Yse  T.  Masquelier

lundi 30 septembre 2013

Le Mahâbhârata., du film au livre ....

Comme  le papillon  autour  de    la lampe  je  tourne  autour  de   l'Inde ! Peut être ai-je  peur  de  me brûler les ailes à sa spiritualité  !
Sincèrement  je   crois qu'il  est très  difficile   d’appréhender  seul  cette  culture foisonnante  et je n'ignore pas le risque  de  confusions   ou  de  contre-sens  à force de  raccourcis trop  rapides  ou  d'analogies  superficielles. Pourtant par sa richesse elle  exerce  sur  notre  esprit  occidental   une sorte de  fascination  et   pour  cette  raison  je   ne peux  renoncer à  mes tentatives . Je prie donc à l'avance  les spécialistes  de  m'excuser  de très possibles erreurs et  recommande   aux moins initiés   de procéder à leur  propre vérification en explorant d'autres points de vue.
Ceci étant dit   ne   nous privons  pas  du plaisir  d'emprunter  les chemins qu'ont pris les plus anciens textes de l'humanité  pour parvenir jusqu'à nous , qu'ils soient   poétiques  ,  légendaires , religieux ou philosophiques , qui   au gré du temps  se sont  chargés des  nouvelles couleurs posées  par    les  générations successives les relayant  jusqu'à notre  présent.
Cette fois j'ai  choisi  comme porte pour  entrer  dans  cet univers    l'adaptation  cinématographique  de  Peter  Brook  du  Mahâbhârata.
L'adaptation  est  somptueuse  entre  théâtre et  chorégraphie avec  des  accents de  tragédie grecque  ..
La première impression   est  sans  doute dans la persistance  des  échos  de l'épopée  homérique,  dans la composition  , avec l'aède inspiré et  poète  tout d'abord  qui  transmet oralement son  récit  destiné  à  l'écrit et qui  se   substitue  au cours   de la narration   au chœur du théâtre antique , dans le sujet   également  qui est celui  d'une grande  épopée  relatant    la grande  bataille   opposant   Pandava et  Kaurava et à laquelle participent  les dieux.    Le déroulement  du  récit   frappe   ensuite  par  les   échos  avec nos propres mythes  Moïse,  Déluge, Œdipe  ,  Orphée etc  ......
Parti  pris  du  réalisateur   Peter  Brook , occidentalisation du légendaire indien  ?   Comment   échapper  à  la tentation  de ressortir la théorie  des origines  indo-européennes ? On est déjà  trop   familiers des phénomènes de recouvrement   , trop conscient  de l'amplitude   temporelle   .qui  mêle  sources  évènements  et  populations pour   poursuivre une seule piste  . La sagesse  serait-elle  dans   un strict   abandon  à  la poésie  ou  à la littérature   ?
Mais  dès  que   vous   prenez garde  aux  dialogues  la  curiosité devient   irrésistible. Les messages percent   bien  au-delà  de leur habillage   poétique  et   vous laissent  déconcertés  pour vous confondre dans votre ignorance où  l'incompréhension, avec un sens qui   vous échappe ou bouleverse   vos préjugés .
Sans  espoir de lever le voile  sur   la totalité du  mystère un besoin de référence au texte s'impose . Quelle  liberté  s'est autorisé  Peter  Brook  ?  Quel  est  son  degré de fidélité au  texte   ? Mon adhésion   à  son œuvre   mon admiration   pour le film  n'en sera pas   amoindrie ; ce film est    un chef d’œuvre . Mais   il  me donne  envie d'en savoir  plus.

A priori    , à défaut de  pouvoir  lire  en  anglais  et   plus encore  de ne   pas  être   apte à  déchiffrer le sanskrit ,  je devrai  me  contenter  d'extraits  ce qui  représente déjà   un  bon volume de 600 pages  environ  .
   .....
Le dvd  du film  de  Peter Brook