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samedi 19 mai 2012

"L'Après-midi d'un Faune", Debussy, Mallarmé, Noureiev







Prélude  à  l'après midi  d'un faune  . Debussy 

Dansé par   R. Noureiev


L’après midi d’un  Faune  
Eglogue 
(Stéphane  Mallarmé)

[…]
Inerte, tout brûle dans l'heure fauve
Sans marquer par quel art ensemble détala
Trop d'hymen souhaité de qui cherche le la :
Alors m'éveillerai-je à la ferveur première,
Droit et seul, sous un flot antique de lumière,
Lys! et l'un de vous tous pour l'ingénuité.
Autre que ce doux rien par leur lèvre ébruité,
Le baiser, qui tout bas des perfides assure,
Mon sein, vierge de preuve, atteste une morsure
Mystérieuse, due à quelque auguste dent ;
Mais, bast! arcane tel élut pour confident
Le jonc vaste et jumeau dont sous l'azur on joue :
Qui, détournant à soi le trouble de la joue,
Rêve, dans un solo long, que nous amusions
La beauté d'alentour par des confusions
Fausses entre elle-même et notre chant crédule ;
Et de faire aussi haut que l'amour se module
Évanouir du songe ordinaire de dos
Ou de flanc pur suivis avec mes regards clos,
Une sonore, vaine et monotone ligne.
Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne
Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m'attends !
Moi, de ma rumeur fier, je vais parler longtemps
Des déesses; et par d'idolâtres peintures
À leur ombre enlever encore des ceintures :
Ainsi, quand des raisins j'ai sucé la clarté,
Pour bannir un regret par ma feinte écarté,
Rieur, j'élève au ciel d'été la grappe vide
Et, soufflant dans ses peaux lumineuses, avide
D'ivresse, jusqu'au soir je regarde au travers.
[…]

Tête de   faune  de  jean  Carriès

 

vendredi 9 décembre 2011

Sibelius : association persistante....

"....Pour n'avoir pas chanté  la région  où vivre
Quand du stérile hiver a  resplendi  l'ennui....." 

(S. Mallarmé)


vendredi 29 avril 2011

Tombeau d' Edgar Poe par Stephane Mallarmé, Boeklin

Boecklin L'île des morts
 Tombeau  d'Edgar   Poe

Tel  qu'en  Lui-même enfin l'éternité le  change
Le  Poète  suscite  avec un  glaive nu
Son  siècle épouvanté de n'avoir pas connu
Que la Mort  triomphait  dans cette  voix étrange

Eux comme un vil  sursaut d'hydre  oyant jadis l'ange
Donner un sens plus pur  aux mots de la tribu
Proclamèrent  très haut le  sortilège bu
Dans le  flot  sans honneur  de  quelque noir mélange

Du sol  et  de la nue hostiles  ô grief
Si  notre idée  avec  ne  sculpte un bas-relief
Dont la tombe  de Poe  éblouissante  s'orne

Calme bloc ici-bas chu  d'un desastre  obscur
Que  ce  granit  du  moins montre à  jamais  sa borne
Aux noirs vols du  Blasphème   épars dans le futur.
S. M.

jeudi 21 avril 2011

La chair est triste hélas et j'ai lu tous les livres .... Mallarmé, Debussy



 

Claude Debussy - Reverie

 Brise marine

La chair est triste, hélas! et j'ai lu tous les livres.
Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux!
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature!
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs!
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots!
Stéphane  Mallarmé


Brezza  marina  


La carné è triste, ahimè ! e ho letto tutti i libri
Fuggire ! Laggiù fuggire ! Io sento ucelli ebbri
D'essere tra ignota schiuma e i cielli !
Niente, né antichi giardini riflessi dagli occhi
Terrà questo cuore che già si bagna nel mare
O notti! Né il cerchio deserto della mia lampada
Sul vuoto foglio difeso dal suo candore
Né giovanne donna che allatta il suo bambino .
Io partiro ! Vascello che dondoli l'albertura
L'ancora sciogli per una matura straniera
E crede una Noia, tradita da speranze crudeli
ancora nel ultimo addio dei fazzoletti !
E gli alberi forse; richiamo dei temporali
Son quelli che un vento inclina sopra i naufragi
Sperduti , né antenne, né antenne, ne verdi isolotti.
Ma ascolta, ô mio cuore , il canto dei marinai !

 

lundi 21 mars 2011

L'azur mallarméen, Debussy,préludes

 

Debussy: Préludes I - 7. Ce qu'a vu le vent d'Ouest (1909-1910)

L'Azur


De l'éternel azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs,
Le poète impuissant qui maudit son génie
À travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l'intensité d'un remords atterrant,
Mon âme vide. Où fuir? Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant?

Brouillards, montez! Versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Qui noiera le marais livide des automnes
Et bâtissez un grand plafond silencieux!

Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t'en venant la vase et les pâles roseaux,
Cher Ennui, pour boucher d'une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Éteigne dans l'horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l'horizon!

- Le Ciel est mort. - Vers toi, j'accours! donne, ô matière,
L'oubli de l'Idéal cruel et du Péché
À ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché,

Car j'y veux, puisque enfin ma cervelle, vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d'un mur,
N'a plus l'art d'attifer la sanglotante idée,
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur...

En vain! l'Azur triomphe, et je l'entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angelus!

Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu'un glaive sûr;
Où fuir dans la révolte inutile et perverse?
Je suis hanté. L'Azur! l'Azur! l'Azur! l'Azur!

Stéphane  Mallarmé

Mallarmé . Las de l'amer repos

Las de l'amer repos...


Las de l'amer repos où ma paresse offense
Une gloire pour qui jadis j'ai fui l'enfance
Adorable des bois de roses sous l'azur
Naturel, et plus las sept fois du pacte dur
De creuser par veillée une fosse nouvelle
Dans le terrain avare et froid de ma cervelle,
Fossoyeur sans pitié pour la stérilité,
- Que dire à cette Aurore, ô Rêves, visité
Par les roses, quand, peur de ses roses livides,
Le vaste cimetière unira les trous vides? -
Je veux délaisser l'Art vorace d'un pays
Cruel, et, souriant aux reproches vieillis
Que me font mes amis, le passé, le génie,
Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie,
Imiter le Chinois au coeur limpide et fin
De qui l'extase pure est de peindre la fin
Sur ses tasses de neige à la lune ravie
D'une bizarre fleur qui parfume sa vie
Transparente, la fleur qu'il a sentie, enfant,
Au filigrane bleu de l'âme se greffant.
Et, la mort telle avec le seul rêve du sage,
Serein, je vais choisir un jeune paysage
Que je peindrais encor sur les tasses, distrait.
Une ligne d'azur mince et pâle serait
Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue,
Un clair croissant perdu par une blanche nue
Trempe sa corne calme en la glace des eaux,
Non loin de trois grand cils d'émeraude, roseaux.

Stéphane  Mallarmé 


dimanche 13 mars 2011

Le vierge , le vivace et le bel aujourd'hui , Mallarmé,Sibelius

Comme  ce poème  doit  être  beau  en  italien  mais  certainement  si  difficile  à traduire  !

Il fallait Mallarmé , le  plus grand  symboliste pour  peindre  le  désespoir  du poète dans  ce  cygne  surpris  par   l'hiver, prisonnier  du gel  qui le retient  en  ce monde imparfait  ...



 Sibelius, le  cygne  de Tuonela

 

Le vierge , le vivace  et le bel aujourd'hui ...

Sonnet le Cygne  de Stéphane  MALLARME 

Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n'ont  pas fui !


Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n'avoir pas chanté  la région  où vivre
Quand du stérile hiver a  resplendi  l'ennui.
Tout son col secouera cette  blanche agonie
Par  l'espace  infligée à l'oiseau qui  le nie,
Mais  non l'horreur du sol  où  le  plumage est pris.
Fantôme qu'à ce  lieu son  pur éclat assigne,
Il s'immobilise au songe froid de  mépris
Que vêt  parmi  l'exil inutile  le Cygne. 

Cygne tragique   (aquarelle Mj 2004)