« Que serait un monde sans la musique ? », disait un certain… « Que serait un monde sans images, sans couleurs, sans les mots ? Que serait l’homme sans émotions ? Son cœur est un luth suspendu ; sitôt qu’on le touche, il résonne. » – de Béranger
Brève biographie de l'artiste sur l'évolution de son oeuvre et mettant en valeur ses qualités de dessinateur assez peu signalées par les critiques et qui me semblent pourtant exceptionnelles pour donner à ses personnages cette étonnante présence !
Joaquín Sorolla (1863-1923), né à Valence, est l’un des grands peintres espagnols de la modernité. Orphelin très jeune, formé à l’École des beaux-arts de Valence puis marqué par ses séjours à Rome et à Paris, il commence par une peinture réaliste et sociale, attentive aux classes modestes et aux drames du travail. Ces œuvres lui valent une reconnaissance rapide dans les salons européens.
À partir des années 1890, Sorolla trouve sa voie propre : une peinture de plein air dominée par la lumière méditerranéenne. La mer, les plages, les corps au soleil deviennent ses sujets majeurs. Son succès est international, particulièrement aux États-Unis, où il reçoit de nombreuses commandes de portraits et réalise la vaste série Vision de l’Espagne pour la Hispanic Society of America. Cette ascension l’éloigne partiellement de la critique sociale au profit d’un monde plus harmonieux, parfois bourgeois.
Mais réduire Sorolla à un simple peintre solaire serait une erreur. Son talent majeur réside dans une compréhension exceptionnelle du corps humain en situation. Sorolla sait rendre le poids, l’effort, la résistance aux éléments, la transmission des forces dans des postures complexes. Les corps ne flottent jamais : ils s’ancrent, portent, compensent, avancent. Le mouvement est toujours fonctionnel, jamais décoratif.
Ce réalisme physique repose sur un dessin solide, presque invisible, que la couleur ne recouvre pas mais anime. La lumière ne dissout pas les formes : elle révèle leur densité. Même dans ses scènes les plus lumineuses, la vie n’est pas idéalisée abstraitement ; elle est saisie dans son épaisseur concrète, dans des gestes ordinaires mais justes.
Dans ses œuvres tardives, Sorolla revient discrètement vers des scènes modestes, non plus pour dénoncer, mais pour regarder. Son humanisme s’y fait plus intérieur, plus calme, fondé sur une attention patiente au réel.
Sorolla apparaît ainsi comme un peintre profondément vivant :
ni seulement mondain,
ni simplement hédoniste,
mais attentif à ce qui fait tenir un corps dans le monde.
Un peintre de la lumière, certes — mais surtout un peintre de la présence.
Avec Noomi Rapace ( Maria) et Hilmir Snaer Gudnason (Ingmar)
Musique Toti Guonason (et Sarabande de Haendel)
Isolés dans une vallée d’Islande balayée par le
vent, au sein d’unenaturehostile etmagnifique, MariaetIngvar s’occupent de leur ferme d’ovins. Un jour
une brebisde leur troupeaudonnenaissancedans des conditions
difficiles, àune créaturemi-humaine mi agnelle. Le couple éprouvéparlamort récented’un enfant, vit cette naissance monstrueuse commeun moyend’apaiser
leurchagrin, « un don du ciel »,
un substitut au bonheur dont lanatureles a cruellement privés.
Dès lors, le film bascule dans cette zone trouble
où l’amour devient transgression. La créatureprend lenom de l‘enfant perdue,Ada
, est élevée au sein du foyer,et la vie semblereprendreson coursnormaletapaisé. Enfin presque…
Ce “presque” est tout le film. Il emplit l’air,
le silence, les visages. Lamb hypnotise par ce non-dit permanent : on ne
sait plus s’il s’agit d’un conte, d’une parabole ou d’une hallucination.
L’étrangeté s’installe sans fracas, avec la lenteur implacable du réel. Cependant
des signestroublentimperceptiblement le quotidien , venant nous rappelerla transgression qui nie la frontière entre l’humain et l’animal,
la vie sauvageetla vie domestique.
Ce film ne condamne ni ne moralise. Il nous
laisse dans ce malaise où s’affrontent, l’ordre conventionnel et l’absurde, l’irrationnel
et la compassion . Le spectateur, comme María et Ingvar, ne sait plus où se situe
la justice : entre le droit de la nature et celui du chagrin.
Lamb agit comme un rêve lent qui s’effiloche au
réveil. Il ne cherche pas à convaincre, mais à hanter. Sa beauté naît de ce
conflit silencieux entre l’amour et la loi du monde — là où la douleur humaine
tente, un instant, d’imposer un miracle à la nature, avant de se soumettre au silence
des montagnes.
Scénario : Anthony Minghella, d’après le roman éponyme de Michael Ondaatie
Musique : Gabriel Yared avec variations sur les variatins Goldberg de JS Bach
Photographie : John Seale, montage : Walter Munch, production : Saul Zaentz.
Distribution principale
Ralph Fiennes: comte László Almasy ( Le patient anglais”)
Juliette
Binoche : Hana l’infirmière canadienne
Kristin
Scott Thomas : Katharine Clinton
Colin Firth : Geoffrey Clifton
Willem
Dafoe : Caravaggio
Naveen
Andrews : Kip Singh
Synopsis
Pendant la seconde guerre mondiale, une jeune infirmière,
Hana, soigne un homme grièvement brûlé, connu seulement sous le nom de “patient
anglais”, dans un monastère en ruines en Italie.
À mesure qu’il se remémore son passé, se révèle une histoire
d’amour tragique entre Almásy, explorateur hongrois et Katharine Clifton,
femme d’un cartographe britannique, dans les sables du désert du Sahara avant
la guerre.
Les souvenirs entrecroisent passion, trahison et
guerre — et l’amour devient, littéralement, une blessure incurable.
Deux intrigues en miroir
Anthony Minghella
orchestre deux récits qui se croisent sans jamais se confondre. L’un,
flamboyant, raconte la passion interdite d’Almásy et de Katharine, sous le soleil du désert. L’autre, plus discret, accompagne l’infirmière Hana
dans sa résilience au milieu des ruines de la guerre. Entre ces deux
univers — le sable et la pierre, la mémoire et le présent — se joue une
méditation sur l’amour, la perte et la possibilité de survivre.
La romance entre Almásy et Katharine, magnifiée
par la photographie de John Seale, semble venir d’un autre monde : dunes
dorées, vent infini, lumière qui efface tout. L’amour y est total, tyrannique. Mais il finit par se confondre avec la
mort. Le désert, splendide et indifférent, devient le miroir d’un absolu
impossible à vivre. Ralph Fiennes et Kristin Scott Thomas incarnent deux êtres
qui ne supportent pas les limites : ni celles de la morale, ni celles de la
guerre. Leur beauté se paie de solitude et de cendres.
À l’opposé, dans le monastère italien où le «
patient anglais » agonise, Hana elle aussi
meurtrie par la guerre trouve sa force
dans le soin qu’elle apporte
aux vivants. Elle représente la vie après la fièvre, la lumière qui
revient timidement. Juliette Binoche lui prête une douceur énergique, presque
enfantine, qui résiste à la laideur du monde. Sa relation avec Kip, le démineur
sikh, n’a rien d’épique : c’est un amour suspendu, attentif, conscient de sa
fragilité. Là où la passion d’Almásy et Katharine dévore, Hana et Kip réparent
— non pas en oubliant, mais en apprivoisant la douleur.
La musique de Gabriel Yared tisse cette
dualité avec une précision émotionnelle rare. Les envolées orchestrales
accompagnent la tragédie du désert, tandis que le thème des variations Goldberg de JS Bach, introduit un souffle spirituel, une clarté
apaisée. C’est tout le film qui respire à ce rythme.
Le génie de Minghella est d’avoir lié ces deux
mondes dans un seul corps, celui du patient : Almásy brûlé, défiguré, réduit à
une voix. À travers lui, les deux amours communiquent — l’un désespéré,
l’autre encore possible.
Ainsi, derrière l’apparente hégémonie des images
somptueuses du désert, n'est-ce pas l’histoire d’Hana qui illumine le film. Car si la
passion sublime et détruit, la compassion, elle, reconstruit. Le Patient
anglais n’est pas seulement un poème sur l’amour perdu : c’est une élégie
pour la tendresse qui survit à la guerre.