lundi 28 juillet 2014

Réversibilité (Charles Baudelaire)

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu'on froisse ?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse ?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l'ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine ?
Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l'hospice blafard,
Comme des exilés, s'en vont d'un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres ?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secrète horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avides ?
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides ?

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé
Aux émanations de ton corps enchanté ;
Mais de toi je n'implore, ange, que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières !

samedi 26 juillet 2014

L'Arlésienne , sur Mezzo l'art total ..

L'Arlésienne , celle  qui occupe  tous les esprits  mais  qu'on  ne  voit  jamais  ;  c'est  d'abord  une  nouvelle   d'Alphonse   Daudet   dans  le recueil  des Lettres de  mon  Moulin , un classique   des enfants  de ma génération, où  l'on trouve également ,  le  secret de  Maitre  Cornille,  la Chèvre  de  monsieur   Seguin  ....Oh  ! l'émotion  inoubliable de ce dernier récit  :  "Elle  s'est  battue   toute  la  nuit  ,  et  au  petit matin  le  loup  l'a mangée  "  qui  tôt  dans  l'esprit  des enfants  fixe  le   prix de  la  liberté  . C'est en  fait un  peu  plus compliqué  car si  la  morale  veut  mettre en garde les enfants  contre les dangers  du  monde  exterieur   et insiter  sur  l'interet  qu'il y a   à  suivre les conseils des anciens  ,  est-il   raisonnable  de  demander  à  une petite  chèvre attachée   toute  la journée  dans  un  pré    de  renoncer  aux parfums des fleurs sauvages et   à  la clarté des étoiles la nuit  dans la montagne  ? 
Mais revenons  à  l'  Arlesienne   ......
Daudet  s'inspira pour   sa  nouvelle   d'un drame  familial  vécu par  un  de  ses amis  Fréderic  Mistral  .
L'histoire se  déroule  en  Provence  au  son des fifres et  des tambourin s :  un  jeune  homme   tombe  follement  amoureux  d'une  étrangère   à  sa  communauté qu'il  ne  retrouvera jamais ..L'amour déçu  tourne  à  l'obsession jusqu'à la mort .
De sa nouvelle  Daudet   ,  tira une  pièce  de  Théâtre   dont  Georges  Bizet  composa  la musique. plus tard  Bizet  en  fit  une  suite  pour  orchestre   dont les thèmes sont  devenus si  célèbres .

La Compagnie   Roland  Petit  en  fit  un  ballet   .
La chaine  de  TV  Mezzo  a diffusé   sa représentation  de   2010 dans une  somptueuse  interpretation  chorégraphique  où  Jeremie Belingard   incarne  frédéric  et   Eleonora Abbagnato  , Vivette, deux grands talents  et   en particulier  un  Frederic  poussant  à ses limites extrèmes l'expression  choregraphique  . Vivette est   tout  de  grâce  et  amour,  et   Frederic  d'une passion  absolue  .
La  mise  en  scène   était  très sobre   , minimaliste, mais la peinture   se  trouvait  au rendez-vous  de cette soirée  exceptionnelle   avec  en   fond de  décor  cette idée de la Provence  que nous ont  transmise Cézanne   ou   Van Goh , mais aussi   Courbet et son  célèbre autoportrait  qu'on  retrouve   à  mon  avis  délibérément   et  magistralement  exploité  dans  la ressemblance   de  Jerémie Belingard  dévoré  par  sa passion .

Les  vidéos  sur  Youtube   ne sont pas extraordinaires  . on  perd  notamment   les prouesses chorégraphiques du danseur  dont  les  jambes sont malheureusement  fondues  dans l'obscurité  du  décor du dernier acte .  Mais elles ont  le mérite  d'exister  et  je  remercie celui  qui  nous permet    en  les postant  de   revivre  ce spectacle  encore  et  encore .

4/6

5/6

3/6

1/6

2/6

6/6

samedi 19 juillet 2014

Wagner : le Vaisseau fantôme

Günther Schneider-Siemssen
Ballade  Senta  , Nina  Stemme

L' opéra de Wagner : Der  fliegende Höllander
Le livret serait inspiré d’un conte de Heine « Mémoires de  Monsieur  Schnabelewoski » et d’une vieille légende norvégienne .

Sur les côtes de Norvège 
Le navire  de Daland  vient de subir  une violente  tempête et s’est réfugié dans une anse où   il se repose avec ses marins 
Tandis que tout dort apparaît un mystérieux Vaisseau aux voiles couleur de sang.qui jette l’ancre lui aussi
Un personnage spectral en descend drapé dans un grand manteau
C’est  le  Hollandais  , un navigateur maudit  pour avoir insulté le ciel Il est condamné à errer sans répit jusqu’à ce  qu’il trouve  l’amour pur  qui lui rendra le repos éternel et tous les sept ans  il peut mettre pied à terre pour le chercher .
A son réveil  Daland qui ignore la réelle identité du  marin , est séduit par les richesses  de son navire   Il  lui propose son amitié et l’invite dans sa demeure où il vit avec sa  fille  Senta dont  il vante les qualités  .
Pensant avoir trouvé l ‘amour qu’il cherche , le marin  accepte  et promet  à Daland  de partager ses trésors s’il consent à lui donner sa fille  en mariage  .

Dans la demeure de Daland ,  Senta  admire un tableau du  marin maudit et apprend son histoire . Exaltée et émue par les malheurs de l’errant , elle  se sent prete à tout sacrifier  pour lui donner le repos.
 Quand Daland  et son compagnon  arrivent , Senta reconnaît le navigateur  et tous  deux s’éprennent l’un de l’autre  dès le premier instant  .
Senta avait été promise à Erik et celui-ci essaie  de reconquérir sa fiancée  .
Apercevant de loin  les deux  jeunes gens ,  le Hollandais se crois trahi et désespéré  il  s’apprête à repartir
 Senta le conjure de rester et tente  te lui  prouver son innocence  . Mais craignant d’entrainer Senta dans le parjure ,  le  marin s’enfuit  à bord de son navire . Comme le vaisseau s’éloigne elle donne  une ultime preuve de son amour  en se jetant dans la mer du  haut des rochers .
Le hollandais est enfin libéré  et le navire peuplé de  fantômes disparaît 
Le tableau final  montre les amants  dans l’au-delà , réunis par l’amour pour l’éternité  .

Richard  Wagner  composa la partie musicale   de son  opéra   en   1842 à  Meudon . Il en avait écrit le  livret   à  Paris  quelques  mois auparavant. Au cours d'un  voyage  en   1839 , son  voilier  avait   été pris dans  une  violente  tempête  , entre  Königsberg  et l'Angleterre , qui  l'avait repoussé sur les  côtes  scandinaves  .  Vivement   impressionné  par  le  déchainement  des éléments , la légende  du  Hollandais  volant ,  déjà  très  en vogue à cette époque, notamment  grâce   à  la nouvelle  du poète  Heine perpétuant   de vieux  mythes populaires ,  lui  fournit  l'argument  de  base  de son  opéra où  il  pouvait  développer  ses grands thèmes favoris  de la  malédiction et de la  rédemption dans la mort .
Cest dans  cette oeuvre  qu'il  introduit pour la première fois le leitmotiv  définissant  un personnage  ,  une idée  ou  un  sentiment .