jeudi 15 septembre 2011

Diderot par Roger Pol Droit

Diderot par  Van  Loo


" IL  n'y a qu'une  vertu,  la  justice;  qu'un  seul devoir   celui  de se rendre heureux  ; qu'un corollaire,  de ne pas  se  surfaire la  vie et  de  ne pas  craindre  la mort  ". 
                                                                                                                        (Diderot )

Ce qu'en  dit  Roger  Pol  Droit
Diderot l'enchanteur
(préface  du Monde philosophique)   

....Voilà  en quoi  ,  philosophiquement ,  diderot  est  un enchanteur :  il  réanime le monde, lui rend une  sensibilité que  l'on  croyait  effacée par la science. Au "désenchantement  du  monde" qu'entraine le  déclin  des croyances religieuses, il répond par une  animation  universelle de toutes les molécules, une vie  partout présente.

Un  maître  à  vivre 

La plus  grande  singularité  de  Diderot  est  sans  doute  d'être moral  et  esthète en  matérialiste. Ce  n'est ni simple  ni  habituel. La difficulté vient  du  fait que   si nous ne sommes que  des amas de   molécules inertes,  on ne  sait  sur  quoi fonder la   dignité humaine,  la nécessité de la  respecter. Elle  se  pose  encore au  biologiste et au  physicien contemporain :  d'où provient  la régle qui  régente la relation entre deux êtres humains, s'ils ne  sont en  fait  que  deux brouillards de particules?  Les normes esthétiques  paraissent   aussi  mal  en  point  que  celles de l'éthique :  sur  quoi  se  fonde la  beauté  quand  tout, de  l'oeuvre   comme  du  spectateur, est  seulement  agencement  de matière  ?  
 Le matérialisme semble  donc  saper dans  leur   principe l'éthique  et l'esthétique.  Ce  n'est  évidemment qu'une première  impression . Les penseurs des lumières  se  sont  tous  diversement  employés à  la dissiper. Diderot y  parvient avec  une  grâce qu'on ne  trouve  chez  aucun  autre, faisant  découler la morale  de la nature, la piété filiale  des relations  familiales, les vertus de la sensibilité  inhérente  à  la matière.  L'émotion  esthétique  est elle aussi un  reflet  de la  nature , renforcé par  le  spectacle  de la vertu.

S'il ne  fallait retenir  qu'une  seule  phrase dans l'océan de  toutes celles écrites par Diderot on devrait  choisir  les dernières  de  Eléments de  physiologie. Ce livre   athée , intégralement  matérialiste , se termine en  effet par  cette  triple  recommandation :" IL  n'y a qu'une  vertu,  la  justice;  qu'un  seul devoir   celui  de se rendre heureux  ; qu'un corollaire  de ne pas  se  surfaire la  vie et  de  ne pas  craindre  la mort  " . Cette sagesse  s'appuie  sur la conviction qu'il  existe comme une  grammaire  spontanée  des  relations humaines et   du  rapport  à  soi-même. 

De ce point  de vue, cet  enchanteur est  aussi  un  maître à  vivre.  Il  enseigne que le  corps  est habité de  sentiments, la matière  traversée d'émotions, la pensée  composée  aussi  de passions.  Une  leçon  qu'on ne  répètera jamais trop.

Diderot , Rameau, Rousseau ...

Rameau, Rondeau des Indes Galantes

Diderot  par Greuze



Diderot par  Fragonnard (présumé) 1)


 Le Neveu  de Rameau   (1762 -1773)

produit de deux "frères" ennemis " et l' une des fameuses "digressions" de Diderot?

La querelle  des  bouffons   

(à partir  de 1742 ) 

Si la querelle qui  opposait  partisans  du classicisme  musical français et  les   novateurs  européens  regroupés   derrière  la bannière  italienne , vit surtout  la confrontation   directe  de Rameau  et  de   Rousseau  ,  Diderot   ne  pouvait  que  se  ranger  du  coté  de son ami  philosophe     (Diderot  entretint une  profonde amitié  avec  Rousseau  de   1742 à  1770 ).

C'est  d'ailleurs à  Rousseau  que   Diderot   confia les   parties   musicales de  son  Encyclopédie )

 La querelle  avait largement  dépassé  les limites  de la  musique .  Le musicien des  Indes   Galantes  ,  ou  plus   diplomatiquement , son  neveu fictif , fournit  à Diderot   l'occasion  d'un  dialogue   servant  aussi  bien   sa  critique de  la  société   conservatrice  que   l'humanisme  des  lumières , dans un relativisme   visionnaire  , face aux contingences de la réalité quotidienne .


1) Erreur au Musée du Louvre  Quoi  qu'il  en  soit  le  tableau  de  Fragonnard   reste   un chef  d'oeuvre  de   "caractère" même si  ce n'est pas  celui  de   Diderot   .

le supposé  Fragonard et  le portrait  de   Van Koo

Diderot et Chardin

La fontaine  de  cuivre (1734(?)

Le plus  grand admirateur  contemporain  de Chardin ,  (plus  tard  viendra    Proust) fut  probablement  Diderot qui  en  fit  l'éloge  dans  chacun  de  ses  Salons où  il  élabora la  théorie moderne de la  critique   d'art .
 Diderot  appréciait  aussi   Vernet   ,  paysagiste   et  peintre historique  ,  Fragonard   et  Greuze.

Pour  Diderot  l'artiste  doit  respecter  la  vérité  "Toute  composition   digne d'éloge  est  un  tout   et  partout  d'accord  avec la  nature " .Le grandiose de  Vernet  suscite  son  admiration , l'esprit  de  Fragonard sans  doute  sa complicité  ..
 Grand amateur d'art et juge  prolixe  dans  ses critiques ,  il   reste   dans   ses  éloges  pratiquement  silencieux  devant les  natures  mortes  de Chardin   pour lesquelles  il  ne  se  rend  qu'à  la   magie  .
 Peut  être submergé  par  la beauté  de ses  toiles qui  échappent   aux  descriptifs  littéraires, où  l'objet  ordinaire (utilitaire  )  acquiert dans  sa  représentation  une  dimension supérieure sans  toutefois   rien   céder au realisme fidèle , où  il  voudrait  bien  accorder  au  peintre  le  pouvoir   de  leur  donner  une âme , si ce  n'était là trop  d'entorses  à  ses  convictions ,    il lancera un  jour  ce  paradoxe   en  évoquant   le   Sublime  du  technique .


La voix du silence par René Démoris sur "Fabula"
René Démoris, "Diderot et Chardin : la voie du silence", Littérature et arts à l'âge classique 1 : Littérature et peinture au XVIIIe s., autour des Salons de Diderot, par R. Démoris, URL : http://www.fabula.org/colloques/document635.php