jeudi 3 juillet 2014

Boutès , Pascal Quignard

Ainsi que  nous   l'a  transmis  Homère,  il  existait  aux temps Mycéniens ,  une  ïle habitée   par   les  Sirènes  , des  oiseaux  au  visage  et  aux  seins de  femmes  et  les  navigateurs  qui  s'aventuraient   trop   près  de son  rivage ,  envoûtés par le chant  des créatures  échouaient     leurs navires sur   les  écueils  et  périssaient  noyés  .
Sur le chemin d'Itaque Ulysse  pour satisfaire sa curiosité, déjoua le  sortilège  en se   faisant  attacher  solidement   à  son  mât après avoir protégé  ses compagnons  en  leur   bouchant les oreilles  avec de  la cire  .
Orphée  protégea  les  Argonautes  en couvrant  la voix des sirènes par la puissance   de  sa lyre  grâce à laquelle il   avait   su convaincre les  divinités infernales de  lui  rendre  Eurydice . Mais  un seul  d'entre  eux , Boutès,  l'imprudent , le  téméraire   , le  dissident   nous explique   Pascal   Quignard , défia  le sortilège , et sauta  dans la mer   pour   rejoindre  les sirènes .

Il  fut   sauvé  par  Aphrodite , la déesse née  de la mer   , qui  en  fit   son amant , l'installa  en   Sicile  et  lui donna   deux enfants  Eryx et   Polycaon.
Cette légende au centre  de laquelle  se  trouve  le  pouvoir ambivalent  de la musique  , musique   orphique  et   musique  originaire, envoûtement  et  émerveillement , excitation et   apaisement ,  désordre et  harmonie  ne pouvait   échapper  à  Pascal   Quignard qui  entretient  avec  cet  art  des relations  si  passionnées.
Elle  lui  a inspiré ce livre magnifique  dont  je vous livre  quelques  extraits qui  m'ont  particulièrement  touchée.:

"...Là où  la  pensée a  peur  ,  la  musique  pense .
La  musique   qui  est là  avant la musique , la musique  qui sait  se " perdre" n'a pas peur  de la douleur.  La musique experte en "perdition"  n'a pas besoin de  se protéger avec  des images  ou  des  propositions, ni de s'abuser  avec des  hallucinations  ou  des  rêves.
Pourquoi  la musique   est-elle  capable  d'aller   au  fond  de la douleur ?  Car elle   y  gît.
...
Il s'est  trouvé un  penseur pour penser  de  fond  en comble cet  état  d'abandon, de solitude,  de  carence, de faim  de  vide,  d'extrême  menace mortelle soudaine, de   nudité, de  froid,  d'absence de tout  secours, de nostalgie  radicale, éprouvé par  chacun  lors de  sa naissance.
Qui ?  
Schubert   .
...
(Vous comprenez   mon  enthousiasme  !)

La musique  commence   par murmurer à l'oreille de  celui qui  l'aime et  qui  s'approche  du  chant qui  l'enveloppe, où il consent  à  perdre  son identité et  son langage :  Souvenez-vous , un  jour ,  jadis, on a perdu  ce  qu'on  aimait. Souvenez-vous qu'un jour   vous avez tout  perdu de  tout  ce qui était  aimé. Souvenez-vous qu'il  est infiniment  triste  de  perdre  ce qu'on  aime. "

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