dimanche 8 mars 2020

Jacques Brel, Le plat pays

Après tant de temps passé  avec Emile  Verhaeren, les  plus belles chansons de   Jacques  Brel prennent de  nouveaux accents et  il  me semble  crédible  d'établir  entre les deux  poètes une subtile filiation . Magique !

Verhaeren et les peintres

Le  poète   noua  tout au  long de sa vie  de  profondes amitiés  avec  les peintres  appartenant souvent à la  mouvance  libertaire  des  courants anarchistes  belges  ou  français .

Théo van  Rysselberghe  (23.111862-13.12.1926)
Peintre Belge ,mouvement  divisionniste ami d'Elisée  Reclus et de  Paul  Signac , de Pissarro  Et de Seurat
Voyage  à  Moroco

La lecture (1903)

Pointe St Pierre  à  Saint  tropez

Coucher de  soleil  aux  Amblets

Paul  Signac (11.11.1863-15.081935)
peintre  paysagiste ,
Divisionnisme,  pointilliste
En  1888 séduit par  les  idéesanarchistes  des  français Felix  Fénéon, Jean  Grave,  Maximilien Luce et  Steinlen
Internationaliste  , il  fut très affecté  par la première  guerre  mondiale  et se rapprocha  des pacifistes avec  Romain  Rolland.
Le château des  papes  à  Avignon

Falaises du  calvados

Collioure  :  les  balancelles

Paul  Signac  sur  son bateau

Au temps d'harmonie
James  Ensor  13.04.1860-19.11.1949
Peintre expressionniste  Belge
Anarchiste  Il  fut aussi  l'ami de  Fernand  Khnopff
Verhaeren publia  sa monographie en  1908
Portrait au chapeau  fleuri

Nature morte aux  huîtres

Periode des  masques

Période des  masques
Fernand  Khnopff (12.09.1858-12.11.1921)
Peintre symboliste  Belge, influencé  par  les  préraphaélites , Edouard Burne Jones en particulier.
Influencera   Gustav  Klimt .
Paysage à Fosset

Rain

Sous les sapins

Solitude(détail)

Canal  à Bruges
Marthe Massin -Verhaeren (6.10.1860-2.06.1931
Peintre  Belge  et épouse  du  poète
Portrait  de l'artiste  par  j.Donnay

Verhaeren écrivant  à son  bureau


jeudi 13 février 2020

Verhaeren : L'amante


 Du recueil : Les forces tumultueuses (1902)
 
de  Théo  van  Rysselberghe
L'amante
Mon rêve est embarqué sur une île flottante,
Les fils dorés des vents captent, en leurs réseaux,
Son aventure au loin sur la mer éclatante ;
Mon rêve est embarqué, sur une île flottante,
Avec de grandes fleurs et de chantants oiseaux.

Pistils dardés ! pollens féconds et fleurs trémières !
Un rut immense et lourd semble tanguer dans l'air ;
Les blancs magnolias sont des baisers faits chair
Et les senteurs des lys parfument la lumière.

Les pivoines, comme des coeurs
Rouges, brûlent dans la splendeur ;
L'air pantelle d'amour et ses souffles se nouent ;
L'ombre est chaude, comme un sein sous la joue ;
De larges gouttelettes
Choient des branches, infatigablement,
Et les roses et les iris vont se pâmant,
Sur des lits bleus de violettes.

Je me suis embarqué sur une île éclatante
De pampres verts et de raisins vermeils,
Les arbres en sont clairs et leurs branches flottantes
Semblent, de loin en loin, des drapeaux de soleil.
Le bonheur s'y respire, avec sa violence
De brusque embrasement et de torride ardeur.
Le soir, on croit y voir s'entremordre les fleurs
Et les torches des nuits enflammer le silence.

- Y viendras-tu jamais, toi, que mes voeux appellent
Du fond de l'horizon gris et pâle des mers,
Toi dont mon coeur a faim, depuis les jours amers
Et les saisons d'antan des enfances rebelles ?

Mon île est harmonique à ton efflorescence,
Où que tu sois accepte, ainsi que messagers
Partis vers ta beauté sans pair et ta puissance,
Les parfums voyageurs de ses clairs orangers.

Arrive - et nous serons les exaltés du monde,
De la terre, de la forêt et des cieux roux,
L'univers sera mien, quand j'aurai tes genoux
Et ton ventre et ton sein et ta bouche profonde,
A labourer sous mon amour fécond et fou.

Je me suis embarqué, sur une île gonflée
De grands désirs pareils à des souffles venus
D'un pays jeune et ingénu ;
Un fier destin les guide et les condense, ici,
Comme un faisceau de voix, d'appels, de cris,
Au coeur des batailles et des mêlées.

Les yeux des étangs bleus et l'extase des flores
Regarderont passer notre double beauté,
Et les oiseaux, par les midis diamantés,
Scintilleront, ainsi que des joyaux sonores.

Nous foulerons des chemins frais et flamboyants,
Qu'enlacera l'écharpe d'eau des sources pures,
Un air de baume et d'or que chaque aurore épure
Assouplira notre corps en les vivifiant.

Nos coeurs tendus et forts s'exalteront ensemble
Pour plus et mieux comprendre et pour comprendre encor
Sans avoir peur jamais d'un brutal désaccord
Sur la fierté du grand amour qui nous rassemble.

Nous serons doux et fraternels, étant unis.
Tout ce qui vit nous chauffera de son mystère ;
Nous aimerons autant que nous-mêmes la terre ;
Les champs et les forêts, la mer et l'infini.

Nous nous rechercherons, comme de larges proies,
Où tout espoir, où tout désir peut s'assouvir :
Prendre pour partager, et donner pour jouir !
Et confondre ce qui s'échange, avec la joie !

Oh ! vivre ainsi, fervents et éperdus,
Trempés de tout notre être, en les forces profondes
Afin qu'un jour nos deux esprits fondus
Sentent chanter en eux les grandes lois du monde.