dimanche 21 août 2011

RACINE : Phèdre ,Maria CASARES



Phèdre Maria CASARES 1958 TNP
Phèdre  (acte  II sc  5) L’aveu de Phèdre 

…. 
Ah ! cruel,  tu m’as trop entendue.
Je t’en  ai dit assez pour te tirer d’erreur.
Hé bien connais donc Phèdre et toute sa fureur.
J’aime. Ne pense pas qu ‘au moment que je t’aime,
Innocente à mes  yeux  , je m ‘approuve  moi-même,
Ni que du fol amour qui trouble ma raison
Ma  lâche complaisance ait nourri le  poison.
Objet infortuné des vengeances célestes
Je m’abbhorre encore plus que tu ne me détestes.
Les Dieux  m’en sont témoins, ces Dieux qui dans  mon flanc  ,
Ont allumé le feu fatal  à tout mon sang,
Ces Dieux qui se sont faits une gloire cruelle
De séduire le cœur d’une faible  mortelle.
Toi même en ton esprit  rappelle  le passé.
C’est peu de t’avoir fui, cruel,  je t’ai chassé.
J’ai voulu te paraître  odieuse,  inhumaine.
Pour mieux te résister j’ai recherché ta haine.
De quoi  m’ont  profité  mes inutiles soins ?
Tu me  haïssais plus , je ne t’aimais  pas moins.
Tes malheurs te prêtaient encore de nouveaux charmes.
J’ai langui ,  j’ai séché, dans les feux, dans  les larmes.
Il suffit de tes  yeux  pour t’en persuader.
Que dis-je ?  Cet aveu que je viens de te faire,
Cet aveu si  honteux, le crois-tu volontaire ?
Tremblante pour un fils que je n’osais trahir,
Je te venais prier de ne le point haïr.
Faibles projets d’un cœur trop plein de ce qu’il aime !
Hélas ! Je ne t’ai  pu parler que de toi-même.
Venge-toi !  Punis-moi d’un odieux  amour
Digne fils du héros qui t’a donné le jour,
Délivre l’univers  d’un  monstre qui  t’irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
Crois-moi, ce monstre affreux ne doit  point t’échapper.
Voilà mon cœur. C’est là  que ta main doit frapper.
Impatient déjà d’expier son offense,
Au-devant de ton  bras , je le sens qui s’avance.
Frappe. Ou si tu le crois  indigne de  tes coups
Si ta haine m’envie un supplice si doux,
Ou si d’un sang trop vil ta main serait  trempée,
Au défaut  de ton bras prête-moi  ton épée.
Donne.

samedi 20 août 2011

Max Bruch Romanze, Op. 85, for viola and orchestra

Miles Hoffman plays Bruch Romanze, Op. 85, for viola and orchestra

Mallarmé : Tristesse d'été./ F. Leighton :Flaming June

 

Tristesse  d’été

Le soleil  , sur le  sable,  ô lutteuse endormie,
En  l’or  de  tes cheveux,  chauffe un bain langoureux
Et consumant l’encens  sur  ta joue  ennemie,
Il  mêle avec les pleurs un  breuvage  amoureux.

De ce  blanc   flamboiement l’immuable accalmie
T’a fait dire, attristée, ô mes  baisers peureux
« Nous ne serons jamais une seule momie
Sous l’antique  désert et les palmiers heureux ! »

Mais  ta chevelure est une  rivière  tiède,
Où  noyer   sans  frissons l’âme  qui  nous obsède
Et  trouver  ce Néant  que tu  ne connais pas.

Je goûterai le  fard  pleuré par tes paupières,
Pour  voir s’il sait  donner au  cœur  que  tu  frappas
L’insensibilité de l’azur  et  des pierres.

Stéphane  Mallarmé


Flaming june   de  Frederic  Leighton  (1895)