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samedi 31 décembre 2011

Et un poète dit ,Parle-nous de la Beauté. Et il répondit :



Où chercherez-vous la  beauté et comment la  trouverez-vous, si  elle n'est  elle-même votre  chemin  et  votre  guide ?

Et  comment  parlerez-vous  d'elle, si  elle n'est  le fil qui  tisse le  chemin de  vos paroles ?

*
Les  affligés  et les stigmatisés  disent, " La beauté  est  bonne  et  douce.

Comme  une jeune  mère intimidée  par  sa propre  gloire, elle  passe  parmi nous."

Et les passionnés  disent, Non,  la  beauté procède  de  la puissance  et de la terreur.

Comme la  tempète elle secoue la  terre sous nos pieds, et  le ciel   au-dessus  de nos têtes. "

*
Et  les  fatigués et les las disent, " La beauté  est  faite  de doux murmures. Elle parle   en notre  esprit.

Sa voix cède à nos silences, comme une lumière   à peine  visible  qui  vacille  dans la peur de l'ombre. "

Et les impétueux disent, " Nous l'avons entendu  crier   à  travers les montagnes,

Et  avec  ses  cris viennent le  bruit  des  sabots, et  le  battement  des ailes et le rugissement  des lions. "

*
La nuit les  veilleurs  de nos cités  disent, " La beauté se  lèvera à  l'est  avec l'aurore. "

Et  à  midi, les travailleurs  et  les voyageurs  disent, " Nous l'avons vue  se pencher  sur  la  terre  des fenêtres  du couchant. "

*
En  hiver, ceux qui  sont  enneigés  disent, " Elle  viendra  avec le printemps, bondissant  sur les  collines. "

Et dans la chaleur  de l'été, les moissonneurs disent, " Nous l'avons  aperçue dansant  avec les feuilles  de l'automne, avec  des flocons  de neige  dans  ses  cheveux. "


Toutes  ces choses,  vous les avez  dites  de la  beauté,

Cependant , en vérité vous ne parlez pas d'elle, mais de  vos  besoins insatisfaits,

Et la   beauté n'est pas un  besoin  mais une  extase.

Elle n'est pas une  bouche  assoiffée, ni  une  main  vide   et  tendue.

Mais plutôt un coeur  embrasé et  une  âme  enchantée.

Elle  n'est pas l'image  que  vous voudriez voir ni  le chant que  vous voudriez   entendre,

Mais plutôt une image  que  vous voyez  bien  que   vous  fermiez vos  yeux, et  un chant  que  vous   entendez  quand  bien même  vous  bouchez  vos oreilles.

Elle n'est pas la  sève  sous l'écorce  desséchée, ni  une  aile  attachée à  une  serre,

Mais plutôt un  jardin  pour toujours  épanoui et  une nuée  d'anges  à jamais en  vol.

*
Peuple  d'Orphalese, la beauté est  la  vie  quand la vie  dévoile  sa face  sacrée.

Mais vous êtes la  vie  et  vous êtes  le  voile,

La beauté est l'éternité se  contemplant  dans un miroir.

Mais vous êtes  l'éternité  et  vous êtes le miroir.

Khalil  Gibran :  Le  prophète , sur  la  beauté .



dimanche 16 octobre 2011

Khalil Gibran, Le chant de la vague

Khalil  Gibran


LE CHANT DE LA VAGUE

Le rivage et moi sommes deux amants que la passion rapproche et que l 'air sépare. Je viens d'au-delà de l'horizon azuré mêler l'argent de mon écume avec l'or de son sable et rafraîchir de ma salive l'ardeur de son coeur.

A l 'aube , je récite les canons de l'amour passionnel aux oreilles de mon bien-aimé et il me serre contre sa poitrine . Le soir , je fredonne la prière du désir ardent et il me couvre de baisers.

Je suis insistante et impatiente alors que mon bien-aimé est un allié de la patience et un associé de l 'endurance.

Quand vient la marée haute j'étreins mon bien-aimé , et quand la marée basse la suit , je m'agrippe à ses pieds.

Que de fois ai-je dansé autour des sirènes , quand elles sortaient des abysses pour s'asseoir sur les rochers et contempler les étoiles! Que de fois j'ai entendu un amant se plaindre de son amour passionnel pour une belle créature et l'ai-je aidé à se soulager par des soupirs! Que de fois ai-je câliné les rochers alors qu'ils restaient inertes et que de fois les ai-je chatouillés en éclatant de rire et pourtant ils n'esquissaient aucun sourire !Que de fois ai-je arraché aux abysses des corps qui se noyaient et les ai-je ramenés au monde des vivants! que de fois ai-je volé des perles aux profondeurs pour les offrir à des déesses de beauté!

Dans la quiétude de la nuit , quand les créatures enlacent le fantôme du sommeil , je reste éveillée tantôt en chantant et tantôt en soupirant . Pitié, la veille m'a éreintée ! Toutefois je suis amoureuse et l'amour véritable se reconnaît par la veille .

Telle est ma vie , et tant que je vivrai , ainsi je resterai .

LARME ET SOURIRE , CHANTS
Khalil  Gibran